• 1973: développements

    [Suite des années 1971 et 1972, déjà publiées ci-dessous]

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    Déjà deux ans que je suis arrivé au Liban. C’est impressionnant de voir comment la vie de notre petite famille se développe comme une tache d’huile. A la Journée Rencontre annuelle ouverte à qui voudrait nous connaître, 500 personnes sont présentes. Au cours de l’été nous ferons une dernière Mariapoli au collège de Champville avec encore plusieurs centaines de personnes, avec l’aide encore une fois de l’orchestre international Gen Verde de Loppiano : c’est la dernière Mariapoli parce que les salles sont désormais trop petites pour accueillir tout le monde, il nous faudra aller chercher ailleurs l’année prochaine, mais nous remercions beaucoup les Frères Maristes qui ont été si généreux avec nous pour accompagner nos premiers pas.

    Mais pourquoi cet engouement, cette facilité à se faire connaître, alors qu’en Europe il faut beaucoup plus de temps pour les mêmes résultats ? Il y a sans doute au départ une grande différence de mentalité. Le Libanais est curieux de nature, dans le bon sens du terme, comme nous l’avons déjà dit. Tout ce qui est nouveau l’intéresse. Il y adhère sans se poser trop de questions : les relations sociales quelles qu’elles soient lui plaisent presque par nature. L’Européen en général et le Français en particulier est plus méfiant, plus circonspect au premier abord, il a la critique beaucoup plus facile. Il met beaucoup plus de temps à se laisser entraîner ou convaincre. Mais, pour être juste, chaque mentalité ou chaque culture a ses aspects positifs et ses aspects négatifs. Le Français est plus difficile à apprivoiser, mais lorsqu’il est devenu votre ami, il ne va plus vous lâcher. Je veux dire par là que le Libanais ne sera pas aussi fidèle ? Ce serait une honte d’avoir une telle pensée, avec tous les amis tellement merveilleux qui sont entrés dans ma vie au Liban et dans tout le Moyen Orient. Mais ce que je veux dire est plutôt au niveau de cette foule de 500 personnes, tellement ouverte à nous connaître, sans jugements à priori : en fait nous nous apercevrons peu à peu que beaucoup d’entre eux sont simplement venus voir, comme ils continueront à aller voir ailleurs, pour profiter de toutes ces occasions que la vie sociale peut offrir : tous ne pourront pas devenir véritablement nos amis et c’est bien normal. Mais en fin de compte un ami est un ami, qu’il soit au Liban ou en France. L’approche est différente simplement, mais le résultat final est le même : nous sommes tous frères en humanité.  

    Et une autre raison pour expliquer cette rapidité à faire connaissance, c’est que les Libanais se déplacent souvent en famille, et quand on dit famille, il faut parfois penser au clan tout entier. Ce n’est pas toujours vrai, comme l’histoire de ces familles où certains nous ont acceptés et d’autres non, mais les Libanais se laissent facilement entraîner par un frère, un enfant, une tante, un voisin même et cela finit par faire soudain beaucoup de monde. Il n’y a qu’à voir l’affluence lors des mariages ou des enterrements, il n’y a jamais assez de place dans les églises, beaucoup de gens doivent attendre dehors la fin de la cérémonie, car tout le village peut-être a tenu à être présent. Parfois cela peut être étouffant, mais au moins on ne se sentira jamais seul, comme cela se produit aujourd’hui dans certaines villes d’Europe ou les personnes âgées en particulier se sentent bien souvent abandonnées.

    Je ne vais pas faire la liste maintenant de toutes les familles qui se sont ajoutées peu à peu à notre grande communauté, comme Gaby et Loulou, on n’en finirait pas. Et pourtant chacun est unique. Chacun a une histoire et les histoires des Libanais sont souvent des aventures de gens qui ont beaucoup séjourné à droite ou à gauche, dans tous les pays du Moyen Orient ou en Europe. Certains sont parfois nés à l’étranger ou ont des ascendances étrangères comme Loulou justement avec ses origines italiennes d’Egypte, certains ont trouvé à se marier à l’étranger comme Jean qui a épousé Marejke venue de Hollande, certains viennent de Syrie. Le Liban a été de tous temps un carrefour de civilisations.

    Et lorsqu’on dit que chacun amène avec lui toute sa famille ou tout son clan, cela va des enfants aux grands-parents, aux oncles et aux tantes. Combien d’enfants y avait-il à chaque rencontre ! Et comme j’étais un des plus jeunes du groupe, on me demandait souvent si je pouvais m’occuper d’eux, inventer des activités de toutes sortes qui leur fassent expérimenter, par des jeux plus que par des discours, la même atmosphère de fraternité que les grands goûtaient dans la salle de réunion pour adultes. Ces enfants n’étaient pas toujours faciles, loin de là, les Libanais ont une vivacité incroyable dès leur plus jeune âge, mais combien de beaux moments nous avons passés ensemble dont nous nous souvenons aujourd’hui encore, 40 ans après, avec une certaine nostalgie. Quand je pense à Patrick qui est maintenant un brillant médecin en France, les trois frères Doummar qui sont de brillants ingénieurs également en France, ou à Camille, leur cousin, emporté si jeune par une leucémie, quand je pense à Michel qui me faisait perdre presque la patience et qui est maintenant un avocat devenu tellement patient et calme, ou bien Nada, René (qui avait un mois lorsque je suis arrivé au Liban et qui dirige aujourd’hui la grande entreprise de son père), Natacha, Fouad, Hani, Loubna...Je suis encore ému rien que d’y penser.

    Il faudrait consacrer tout un chapitre aux grands-parents, présents dans les rencontres ou lors de nos visites dans les maisons, car les grands parents habitent souvent avec tout le reste de la famille. Cela donnait parfois des résultats un peu comiques lorsque telle grand-mère, qui ne comprenait pas exactement ce que nous faisions au Liban, nous regardait à l’évidence comme un bon parti pour marier une de leurs petites filles en âge de fonder une famille : avec un étranger, français ou italien, pensez-vous, ce serait comme une promotion pour la famille, au moins certains le pensaient et le pensent peut-être encore. En tous cas c’était beau de connaître ces personnes qui en avaient vu de toutes les couleurs dans leur jeunesse ou leur âge adulte, le mandat français, la guerre mondiale, l’indépendance du Liban, la peur des conflits régionaux, mais toujours la fierté d’appartenir à ce pays où coule le lait et le miel, comme le dit la Bible.

    Le groupe des jeunes grandissait lui aussi. A l’époque, il y avait quelques activités communes, mais le plus souvent nous du Focolare masculin passions notre temps avec les jeunes gens et la nouvelle communauté du Focolare féminin, à peine arrivé, suivait le groupe des jeunes filles. Depuis la fameuse Mariapoli de 72 les jeunes étaient vraiment assidus. D’autres nouveaux visages s’ajoutaient de temps en temps et certains décidaient de venir plus régulièrement. Souvent en semaine nous nous rencontrions à la messe après le travail chez les Sœurs des Saints Cœurs près de chez nous et nous passions des soirées ensemble. Il y avait le frère de Joseph, Béchara, Gilbert Chehab, cousin de Nadine et émir comme elle (descendants d’une de ces nobles familles qui ont fait l’histoire du Liban), Toufic qui aimait toujours beaucoup discuter (finalement je trouvais quelqu’un pour me rappeler mes vieilles discussions entre étudiants en  France), Jean-Pierre, le frère de Josyane, René, jeune Français vivant alors au Liban, Freddy et Christian, les cousins de Joseph, et d’autres encore. Sans compter Jean, le seul à avoir une voiture à sa disposition à l’époque (la fameuse « coccinelle » Volkswagen) dans laquelle nos jeunes s’entassaient comme des sardines.

    Parmi nos activités : les débuts de l’orchestre Gen (« gen » dans le langage de notre Mouvement veut simplement dire « génération nouvelle »). Pierre et Michel à la guitare, Rino, Jean-Pierre et moi comme chanteurs, Pierre, le cousin de Rosette, à la batterie, mais nous chantions tous, je jouais même parfois plus ou moins mal à la guitare des chants que je venais de composer. La plupart de nos chants étaient des chants italiens du Gen Rosso, traduits en français ou quelques-uns en arabe. Même si la culture libanaise est souvent francophone, j’étais frappé de voir que l’esprit italien, méditerranéen et très convivial, était en fait plus proche des Libanais que l’esprit français, un peu trop sophistiqué à leur goût. Cet orchestre animait toutes nos rencontres mensuelles et créait déjà une belle atmosphère.  

    Une chose amusante, c’est que tout n’était pas aussi simple au début avec les familles. C’est vrai que certains parents pensaient que leurs enfants avaient chez nous au moins de bonnes fréquentations et qu’ils apprendraient à être plus sages à la maison. Mais lorsqu’ils commençaient à rentrer un peu tard le soir du Focolare, les permissions diminuaient et certains parents faisaient plus de problèmes à leurs enfants qui revenaient à 10h du soir de chez nous que s’ils rentraient à minuit d’une soirée dansante. Et puis ils passaient trop de temps avec ces activités, ils risquaient d’oublier leurs études. Nous nous sommes aperçus que plusieurs parents s’étaient finalement ligués contre nous, ils se téléphonaient les uns aux autres pour se donner des informations et s’encourager à faire barrage à ce nouveau mouvement sympathique mais un peu trop dangereux ou pour le moins dérangeant à leur avis. Mais tout cela n’a pas duré bien longtemps et beaucoup de parents sont devenus bientôt nos amis.

    Du côté du Focolare féminin, le groupe des jeunes grandissait aussi rapidement : sœurs des uns, cousines des autres, élèves de certains professeurs, comme Gilberte en particulier, qui transmettaient à leurs classes cet esprit d’amour réciproque et créaient une véritable révolution. C’est ainsi que nous avons connu Ghada, qui allait devenir notre grande spécialiste de traduction en arabe pour tout le Moyen Orient, Leila, Paulette, Nelly, sa soeur Ingrid et sa cousine Gladys, Marlène, avec sa soeur Thérèse et son frère Maroun, Léna qui allait vite se fiancer et nous faire connaître son fiancé Philippe.

    Notre petite famille élargissait ainsi peu à peu ses rayons d’action. Désormais nous avions des connaissances dans tous les quartiers de Beyrouth et c’était beau de se sentir chez soi d’Achrafieh, à Furn el Chebbak (qui veut dire le « four de la fenêtre »), à Sinn el Fil (« la dent de l’éléphant »), à Aïn el Romaneh (« la source de la grenade ») ou à Hamra (« la rouge »). On apprenait à se déplacer partout comme les Libanais, qui n’utilisent presque jamais de cartes ou de plans de la ville, qui ne connaissent pas les numéros des habitations dans les rues, mais qui savent toujours se retrouver en mémorisant d’une manière incroyable tous les lieux publics, commerciaux... « Tu veux aller dans tel magasin ? Il suffit d’aller derrière la banque Untel, cent mètres après le Café de Paris, en face de telle pharmacie et juste après un grand magasin de chaussures à la devanture rouge : tu ne peux pas te tromper. » Combien de noms pittoresques de rues et de quartiers où nous apprenions à connaître tout ce qui était important pour la vie de tous les jours. Les magasins et le marché populaire (le souk) du centre-ville, avec toutes les stations de taxis-services et d’autobus pour toutes les directions du Liban, les bars et les cinémas de Beyrouth Ouest, avec ses belles promenades le long de la mer, une vie grouillante presque 24 heures sur 24. Et à Beyrouth le commerce est roi. Les Libanais ont un talent extraordinaire pour le commerce, depuis l’antiquité déjà, du temps des Phéniciens. Bien sûr il faut faire attention à ne pas se faire rouler. Mais si l’on rentre dans ce jeu de discuter sur les prix, de faire semblant de se fâcher et de revenir, on peut faire des affaires et surtout on se fait des amis parmi les commerçants, on devient de fidèles clients. Le commerce est tellement important, mais le client ne se sent jamais un numéro anonyme : la vie sociale passe aussi par là.

    Mais ce qui nous surprenait le plus, sans nous surprendre au fond puisque nous étions bien convaincus que le message apporté par Chiara est vraiment fait pour l’homme de notre temps, c’est aussi la rapidité avec laquelle notre  « tache d’huile » se répandait non seulement dans les quartiers de Beyrouth et dans toutes les régions du Liban dont nous avons déjà parlé, mais aussi dans tous les pays environnants. Nos voyages en Syrie pour visiter surtout le Père Michel de Homs devenaient de plus en plus réguliers et nous y reviendront. Un prêtre chaldéen irakien, le Père Stéphanos Katchou, était venu nous rendre visite à Aïn Aar, durant notre période de vacances et de repos à la montagne. Il avait connu les Focolari en Italie et comptait bien répandre cette « bonne nouvelle » dans son pays. Nous l’avions même aidé à acheter à Beit Chabab une cloche pour son église et à l’expédier en Irak. Il allait bientôt devenir évêque, mais malheureusement décéder très tôt d’un accident de voiture. Durant l’automne 73, avec notre petit orchestre débutant, Guido et Aletta nous avaient demandé de les accompagner pour animer la deuxième Mariapoli de Chypre, à Nicosie. Expérience émouvante. Nous ne savions pas le grec et c’était le Père Guglielmo Rossi, Père franciscain, engagé lui aussi avec les Focolari qui assurait la traduction : il nous avait fait un accueil formidable. C’était un peu fort pour moi de devoir chanter en anglais des chants appris par cœur, mais dont je ne comprenais presque rien. C’était beau surtout de voir que, dans cette culture grecque, si différente de la culture libanaise, l’atmosphère de la rencontre était à peu près la même, avec les mêmes fruits de joie partagée et de rencontre profonde avec Dieu et le prochain.

    Mais une aventure allait me marquer tout particulièrement cette année-là : la découverte de la Terre Sainte. Un Père Salésien italien, le Père Armando Bortolaso, qui avait connu les Focolari en Belgique, avait commencé à lancer cette spiritualité parmi les jeunes et il nous demandait de l’aide. Mais comment faire puisque les contacts étaient interdits entre nos pays en guerre ? Comme j’avais plus de vacances que les autres de par mon travail d’enseignant, Guido m’avait proposé de profiter des vacances de Pâques pour faire là-bas une première visite. Il fallait garder là-dessus pour l’instant le plus grand secret. J’étais donc parti pour Chypre, chez ce Père Guglielmo et je devais raconter à tout le monde au Liban que j’étais allé me reposer 10 jours à Chypre. La vérité c’est que j’avais passé toutes ces vacances à rencontrer des jeunes, des familles, des religieux et des religieuses dans diverses villes de Terre Sainte et à visiter les lieux où Jésus avait vécu. Je rentrais ému, choqué, enthousiasmé, fatigué, mais heureux : cela n’avait pas été en tous cas un repos. Ce n’était que le premier d’une série de beaux voyages. En été, j’étais retourné là-bas avec Miranda (Miriam), nouvelle focolarine italienne arrivée à Beyrouth en provenance de Suisse au début de l’année. Nous étions revenus tellement conquis que nous avions convaincu Aletta et Guido de partir à leur tour organiser l’année suivante une première Mariapoli en Terre Sainte. Heureusement que, par la suite, le ministère libanais de la Défense avait changé ses lois et il donnait des permis officiels de passage « au sud » pour des activités à caractère religieux avec la responsabilité de l’Eglise : nous allions pouvoir passer sans plus raconter d’histoires. Mais tout cela sera relaté plus tard dans d’autres chapitres.

    Notre famille grandissait ainsi en largeur mais surtout en profondeur. Au début, bien sûr, tout ou presque reposait sur l’expérience que nous étions en train d’apporter de l’extérieur. Mais, peu à peu chacun prenait ses responsabilités, se lançait dans de nouvelles initiatives : le début d’une inculturation dans la culture locale qui était certainement notre but final. Les plus engagés étaient contents de commencer à participer à des rencontres de formation ou d’approfondissement en Italie. Rosette, la première Libanaise à avoir senti cet appel à tout quitter pour se consacrer à cet idéal d’unité, allait partir justement pour deux ans d’expérience à l’Ecole de formation des focolarines à Loppiano. Joseph, qui sentait la même vocation mais qui ne pouvait pas aller à Loppiano car il n’avait pas de passeport, allait bientôt entrer directement avec nous dans notre communauté à vie commune de Sioufi, tout en continuant ses études de médecine.

    Jacques et Pierrette, ainsi que Michel et Gilberte, allaient à leur tour participer aux Ecoles de formation pour focolarini mariés et prendre tout de suite la responsabilité de nos familles, pour le Liban mais aussi tout le Moyen Orient. Au cours d’une de ces rencontres à Rome, Jacques a pu ouvrir son cœur à Lionello, un de nos responsables au Centre du Mouvement. Car il sentait en lui un dilemme : comment harmoniser cet appel à se consacrer à Dieu dans un esprit de chasteté et de pauvreté et mener en même temps une carrière d’entrepreneur qu’il pouvait déjà prévoir avec un brillant avenir et beaucoup d’argent à brasser. Et Lionello l’avait tranquillisé : c’est exactement cela la vocation au Focolare, être dans le monde, dans n’importe quelle situation sociale ou économique et en même temps témoigner de la force de l’Evangile de tout son être. C’était le départ d’une grande aventure, comme pour Robert avec la grande usine et l’entreprise commerciale dont il avait hérité de son père.

    Avec tout cela grandissait aussi l’unité entre nous et l’esprit de famille. On ne peut pas oublier ces moments au restaurant où Jacques nous invitait dans la montagne libanaise pour nous reposer des efforts intenses de la Mariapoli. Là haut, à plus de mille mètres d’altitude, avec un panorama extraordinaire entre la vue sur la mer et les sommets arides au-dessus de nous, nous nous retrouvions avec tout le « levain » comme nous disions. Nous étions le levain dans la pâte de cette belle tarte en train de s’épaissir, jour après jour. Nous avions l’impression de nous connaître depuis des dizaines d’années alors qu’il ne s’agissait que de deux ou trois ans au maximum. Et combien nous nous sentions au paradis, en imaginant qu’au paradis on doit beaucoup rire, car Guido n’arrêtait pas de nous faire rire jusqu’aux larmes par ses remarques ou ses jeux de mots, comme un feu d’artifice. Nous ne pouvions pas savoir alors que Dieu était en train de consolider le cœur de notre nouvelle famille avant les épreuves imprévisibles et terribles qui allaient bientôt nous tomber dessus.

    Parallèlement mon expérience d’enseignant mûrissait. Je commençais finalement à me sentir à l’aise dans ma nouvelle école. Parfois nous avions des rencontres au consulat de France avec d’autres coopérants. J’avoue que je m’y sentais très mal à l’aise. Je n’arrêtais pas d’entendre des remarques négatives sur le peuple libanais, comme si, entre Français nous nous sentions supérieurs. Alors je remerciais vraiment Dieu de m’avoir fait entrer au Liban par une tout autre porte. C’est peut-être normal pour une personne étrangère dans un pays de chercher des compatriotes pour ne pas se sentir trop seul. Mais moi, je n’étais pas là pour deux ou trois ans pour repartir ensuite chez moi, j’étais là pour me faire libanais avec les Libanais, entrer dans leur culture. C’était une expérience très forte, vécue dans la réciprocité.

    Un aspect important  de cette culture était aussi celui de l’Eglise libanaise ou orientale. Avec l’aide de l’étude de l’arabe, nous allions de plus en plus prier dans les églises des différents rites orientaux, maronite, byzantin, syriaque, arménien...Quelle richesse dans ces liturgies, dans les textes de la messe, comme ce moment de la liturgie byzantine où le prêtre se tourne vers les fidèles en disant : « Aimons-nous les uns les autres...pour pouvoir confesser d’un seul cœur notre foi. » Comme pour indiquer que la profession du « Je crois en Dieu », qui est d’ailleurs au pluriel en Orient (« Nous croyons en Dieu »), n’a aucun sens s’il n’y a pas entre nous d’amour réciproque : c’est exactement le cœur du message de l’unité de Chiara. C’était beau d’ailleurs d’entendre à la Mariapoli un de nos amis, empreint de théologie orthodoxe, s’extasier devant le nouveau thème de Chiara sur la Vierge Marie en disant : « Mais, c’est extraordinaire, on dirait exactement une vision orthodoxe ! » Comme pour nous confirmer que l’Esprit Saint est vraiment au travail pour nous amener à l’unité.


  • Commentaires

    1
    Elie Kebbe
    Mercredi 6 Mai 2015 à 14:22

    J'ai bien aime. c'est comme si on est entrain de lire Les Actes Des Apotres. Bravo

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