• 1978: solidarité

    Troisième année de guerre et combien de souvenirs émouvants à raconter, avec beaucoup de solidarité. Toujours un peu de mouvements avec le retour de Pierre Baaklini de Loppiano qui vient apporter son expérience au focolare. Leila, Ghada et Josyane ont fini aussi leur période de formation en Italie, mais seule Ghada va rester au Liban. Josyane va partir tout de suite pour la Turquie et Leila bientôt pour l’Algérie. Puis c’est au tour de Joseph de s’en aller à Loppiano où il aurait dû se rendre déjà depuis plus de quatre ans, mais il n’avait pas de passeport : maintenant tout est réglé et une nouvelle aventure va commencer pour lui aussi.

     Jacques et Pierrette vont encore animer les débuts du Mouvement au Caire. La famille continue à grandir avec un beau noyau de volontaires qui comprend Maurice, Gaby, Albert, Georges Breidi et d’autres qui se préparent. Les volontaires femmes, autour de Janine sont déjà un beau groupe. La présence d’Aletta et Guido, avec leur expérience humaine et spirituelle tellement riche, est la garantie que tout se développe en harmonie et en sagesse. On se sentait toujours à l’aise avec Aletta et Guido, dans un véritable climat de famille.

    A la Journée-Rencontre que nous avons pu organiser malgré tout chez les Sœurs Franciscaines de Badaro, à quelques centaines de mètres de la ligne de démarcation, il y avait 750 personnes. Le thème de la rencontre était : « Devenir un » ! Folie au milieu de la guerre ? Et pourtant qui pourra jamais empêcher quelqu’un de vivre pour l’unité, même si le monde entier semble contre lui : affaire de choix personnel qui libère. Un des nouveaux participants nous a laissé cette belle impression personnelle au sortir de la salle : « Maintenant ma vie ne peut plus être comme avant. J’ai connu l’amour qui aime sans rien attendre en retour. »

    Nous avons même pu organiser encore une Journée de jeunes. Il y avait beaucoup de nouveaux visages, comme ceux de Garo Amidi, Jihad Moukarzel, Jihad Metni, Béchara Azar. Je n’oublierai jamais les premières discussions avec Garo qui pouvaient durer des heures si on ne s’arrêtait pas. Les circonstances extérieures dramatiques invitaient bien sûr tout le monde à se poser beaucoup de questions sur le sens de la vie, des relations humaines. Moment terriblement difficile, mais qui aide finalement à se poser les vrais problèmes. Les jeunes se retrouvaient tout le temps, même quand il y avait du danger. Les « gen » filles avaient elles aussi leur local pour se retrouver, comme les « gen » garçons.

    On finissait presque par s’habituer à la guerre, avec ce rythme bizarre où il fallait toujours tout faire le matin, études, travail, achats, visites, avant de courir chez soi dès le début de l’après-midi pour être plus en sûreté à la maison, relativement au moins, au moment où la bataille journalière allait commencer, pour ne plus s’arrêter avant des heures avancées de la nuit. Mais, quand il y a des armes partout, cela finit toujours par déborder quelque part. Début juillet ce fut le début de la bataille d’Achrafieh, le quartier chrétien de Beyrouth, et de toutes les zones chrétiennes : une guerre bien plus forte cette fois-ci entre les milices de la région et l’armée syrienne qui occupait le pays, soi-disant pour le sauver de la violence. La population locale en avait assez et les miliciens multipliaient les actes de résistance, avec évidemment des réactions terribles de représailles et de bombardements le plus souvent aveugles.

    Notre appartement avait la malchance de se trouver à 100 mètres de la villa de Camille Chamoun, ex-président de la République Libanaise et chef d’une importante milice. Il était évidemment un des premiers visés par ces bombardements syriens ou autres. Et qui en subissait les conséquences ? Les immeubles des alentours, qui recevaient souvent des obus, comme le nôtre si bien placé en temps normal, en haut de la colline avec une vue magnifique, mais si mal placé maintenant car il servait de bouclier aux milices qui se cachaient dans le quartier. Notre immeuble à lui tout seul a reçu 26 obus en six mois cette année-là. Il faut bien imaginer que ce ne sont pas des bombes d’avions, ce sont des obus de mortiers ou de canons, ils ne peuvent pas faire s’écrouler un immeuble en béton armé, mais ils font des trous partout dans les murs, ils mettent tout par terre, les vitres évidemment pour commencer, les meubles, les plantes, les étagères. Et si quelqu’un a la malchance de se trouver là au mauvais moment, un petit éclat de rien du tout peut vous tuer ou au moins vous envoyer à l’hôpital.

    Que faire quand la bataille s’intensifie ? Rester enfermer toute la journée à la maison ? Parfois il est vraiment urgent de sortir, pour s’approvisionner, pour aller aider quelqu’un, ou simplement pour aller à la messe pour prier : on sent beaucoup le besoin de prier plus encore que d’habitude dans une telle situation. Parfois il y avait de fortes discussions entre nous pour trouver l’équilibre entre la générosité et la prudence : ce n’était pas facile du tout de décider. Une fois où j’avais été à la messe et que je revenais à la maison en rasant les murs, sur le trottoir, car on s’y sent plus à l’abri qu’au milieu de la chaussée, voilà qu’une voiture stationnée sur le trottoir m’empêche de continuer. Tant pis, je contourne la voiture et je vais donc au milieu de la rue et, alors que je suis à la hauteur de la voiture, j’entends : « Tic ! ». Une balle perdue vient faire un trou dans le capot du moteur : la voiture m’a sauvé la vie, en m’empêchant de marcher sur le trottoir.

    Combien de fois nous avons senti qu’il devait y avoir une protection d’en haut. Quand on passe par exemple à un endroit quelques secondes avant ou après une explosion. Comme cette fois-là où nous descendons de la montagne en voiture, pressés de rentrer vite à la maison sans trainer, à cause du danger. Nous nous souvenons que nous devions apporter un paquet à une famille qui l’attendait avec une certaine urgence, mais cela veut dire tout un détour et vingt minutes en plus sur la route. On y va quand même, la famille nous remercie beaucoup : dans ces moments là les remerciements sont tellement plus profonds que d’habitude. Mais lorsque nous arrivons finalement devant notre immeuble, nous voyons des voisins en train de balayer jusque dans la rue des morceaux de vitres et des gravats : des obus étaient tombés sur plusieurs immeubles à côté de chez nous, et l’un d’entre eux avait explosé juste au-dessus de l’endroit où nous mettions toujours notre voiture. Si nous étions arrivés plus tôt, nous serions peut-être morts dans l’explosion, mais ce qui est sûr c’est que notre voiture aurait été complètement détruite.

    Une autre fois la famille de Jean et Denise s’était réfugiée avec tous les voisins de leur immeuble et même des immeubles voisins dans un dépôt en partie en sous-sol, mais qui s’élevait tout de même à un bon mètre au-dessus du niveau de la rue. Il faut dire que les armes étaient de plus en plus sophistiquées. La guerre est une aubaine pour les marchands d’armes, ils peuvent essayer des armes toujours plus performantes, c’est-à-dire toujours plus mortelles. Ils avaient inventé un obus qui n’explosait plus au premier choc, mais seulement au troisième impact : on peut imaginer les dégâts dans un immeuble où un obus venu d’en haut perfore plusieurs plafonds de suite ; on ne se sent plus jamais à l’abri. Et voilà que ce jour-là une quarantaine de personnes attendent apeurés la fin de la bataille, lorsqu’un obus perfore le mur du dépôt par le haut, entre dans le dépôt au-dessus de la tête de ces pauvres gens complètement paniqués et, on ne sait pas par quel miracle, change de trajectoire et au lieu de continuer à descendre, il ressort de l’autre côté et va pulvériser une voiture en stationnement devant l’immeuble. S’il avait continué sa course normale, cela aurait été un véritable massacre et ces gens-là, y compris nos amis, n’oublieront plus jamais ces instants comme un cauchemar qui finit bien.

    Nous aussi nous descendions souvent à l’abri à cette époque-là. Le positif, c’est qu’une grande amitié naissait maintenant avec tous les voisins de l’immeuble, même avec ceux qui jusque-là nous saluaient à peine. Mais quand on dit abri, c’est en fait toujours un dépôt commercial qui n’est le plus souvent pas complètement sous terre, mais c’est tout de même mieux que d’être dans une pièce de la maison avec de grandes baies vitrées. Un soir que la bataille faisait rage, plusieurs obus sont tombés tout près, l’un d’entre eux à deux ou trois mètres de l’immeuble, dans un bruit assourdissant, c’était impressionnant. Puis finalement l’immeuble même est atteint, on sent que cela doit être dans les étages supérieurs, mais tout l’immeuble a tremblé. Le propriétaire risque tout de même de monter pour voir s’il y a des dégâts et il découvre un début d’incendie au 5e étage vide: heureusement avec le peu d’eau qui reste encore dans nos réservoirs on arrive à éteindre l’incendie. Mais cette nuit-là on dort dans les couloirs de la maison (si on peut dire qu’on dort réellement !) Et pendant la journée, c’est toujours l’occasion de vivre une grande solidarité avec amis ou voisins, comme Pierre LV qui a pu aider une dame âgée à être transférée dans un hôpital de montagne plus en sécurité, alors que sa propre famille ne savait plus comment faire, ou Guido qui a aidé une religieuse à acheter le pain pour tout un hôpital en difficulté, celui où travaillait alors Joseph, tout près de la ligne de démarcation et des francs-tireurs.

    De fait la situation devient insoutenable. Au bout de quelques jours nous décidons de partir à la montagne. Mais où ? Tout le monde fuit à la montagne. A l’IRAP (chez Janine, Souad et maintenant Thérèse Zoghbi qui s’est ajoutée et qui ne les quittera plus) il y a déjà le focolare féminin et beaucoup de familles, entassées comme elles peuvent, souvent avec des matelas par terre. Beaucoup dorment à la chapelle qui est le lieu le plus sûr, le cœur de la maison dans tous les sens du mot. Chaque jour il y a la messe, parfois avec une centaine de personnes entassées les unes sur les autres : ce sont des moments émouvants. Les petites sourdes de l’IRAP qui sont restées dans la maison voient soudain leur grande famille se transformer complètement : une belle expérience de découverte réciproque.

    Nous, nous avons la chance de trouver l’hospitalité chez Joseph et Jeanne Abikaram, toujours à Aïn Aar, avec la grand-mère et leurs trois enfants, Christine, Marie-Noëlle et Jean-Pierre, le plus petit, qui doit avoir juste sept ans. On nous installe dans un étage à moitié en sous-sol, en dessous de leur grande villa. Ce n’est pas encore très bien aménagé, mais dans ces circonstances, c’est comme être dans un hôtel de cinq étoiles. Nous nous retrouvons une dizaine, tout le focolare et quelques « gen » qui nous ont suivis, avec des matelas par terre et l’image de Jésus abandonné que Chiara et ses premières campagnes avaient accrochée au mur pendant la guerre mondiale dans leur petit appartement où il n’y avait presque rien. Joie, pauvreté et communion : c’est une grâce de revivre cette expérience. Nous pensions nous réfugier là-haut pour quelques jours ou quelques semaines, mais nous y resterons en fait six mois. Moments inoubliables !

    On se partageait bien sûr les tâches ménagères, on vivait tous ensemble comme une unique famille. On allait retrouver souvent les autres réfugiés à l’IRAP ou ailleurs : il y en avait beaucoup dans la région. L’unité redonne du courage. On prend bien soin de ceux qui sont dans le besoin, qui n’ont pas de voiture pour se déplacer ou pour s’approvisionner, ou bien pas assez d’argent pour subvenir à leurs besoins. La pauvreté se fait de plus en plus sentir avec la guerre, le travail qui devient plus rare et les difficultés de toute sortes, à commencer par le manque d’électricité. Pendant les périodes d’accalmie, on commence à s’organiser en mettant des sacs de sable un peu partout, devant les portes et surtout les fenêtres, car les obus arrivent aussi à la montagne, même si ce n’est pas avec la même fréquence qu’à Beyrouth. Et c’est lourd un sac de sable, même quand on le porte à deux. J’étais jeune à l’époque et je ne me préoccupais pas trop, mais mon dos qui se plaint aujourd’hui n’a pas dû beaucoup aimer ce genre d’exercices.

    Quand on a un peu d’essence, on sillonne la région pour avoir des nouvelles de tout le monde. C’est que le téléphone ne marche pas toujours. On est souvent inquiet de n’avoir plus de nouvelles de telle ou telle famille qui a quitté elle aussi sa maison dans un quartier dangereux et qui a dû se réfugier aussi quelque part, mais où ? Et là quand les nouvelles arrivent finalement et surtout quand on réussit à se retrouver à partager tout ce que nous avons vécu, en ayant souvent échappé de peu à la mort, on ressent une joie indescriptible. La joie d’une période de guerre est comme une lumière qui brille sur un fond obscur, un soleil qui se lève après une nuit de tempête : des moments qui resteront pour toujours gravés dans notre mémoire.

    Et il y en a beaucoup de ces moments là, comme l’expérience d’Arlette qui dormait sous la tente avec quelques « gen » filles, toujours à l’IRAP, sur une terrasse, évidemment sans aucune protection. Voilà qu’une de ces « gen » commence à paniquer, elle ne veut plus dormir sous la tente, elle a peur que des obus arrivent, elle insiste pour dormir dans les bâtiments, même s’il n’y a pratiquement plus de place à l’intérieur. Arlette et quelques autres trouvent que ce n’est pas raisonnable, mais il est souvent plus important de perdre ses idées par amour de l’autre que de vouloir avoir raison. Elles s’installent donc dans la maison et voilà qu’éclate une nouvelle bataille inattendue. Les obus pleuvent et des éclats viennent trouer les tentes qui sont sur la terrasse, heureusement vides : que serait-il arrivé si nos amies étaient encore dedans ?

    A cette époque, les combattants avaient fait venir de nouveaux canons : c’était ce qu’on appelait les « orgues de Staline » : des séries de six ou douze petits canons attachés les uns aux autres comme les tuyaux d’un orgue, justement. Ils lançaient des fusées l’une après l’autre, à peu près chaque seconde, dans un bruit assourdissant, et ces fusées venaient exploser aussi l’une après l’autre dans un rayon de cent ou deux-cents mètres, semant la peur, la mort et la désolation. Voilà qu’un jour où nous sommes bien à l’abri dans notre refuge, en pleine bataille, nous commençons à entendre le bruit terrible des orgues de Staline qui se déchainent tout près de nous. Une série d’obus a dû tomber à environ un kilomètre de nous. Mais où ? Nous pensons bien sûr à tous les amis que nous avons là-haut. Puis la bataille se calme, même si on ne sait jamais si c’est un calme provisoire ou définitif. Rino et moi prenons la voiture et courons à l’IRAP pour prendre des nouvelles. Rien à l’IRAP, mais Janine est angoissée : c’est tombé sans doute tout près de la maison de Jacques, son frère et pas moyen de savoir s’ils sont encore sains et saufs.

     « Si vous avez le courage de monter là-haut, nous demande Janine,  et de dire à Jacques et Pierrette qu’ils viennent se réfugier eux aussi à l’IRAP, on trouvera bien encore quelques places ici pour eux ! » Pas de problème, nous reprenons la voiture. Et nous trouvons Jacques, Pierrette et les enfants comme des miraculés. Une des fusées est tombée à quelques mètres de leur immeuble, des éclats ont pénétré dans la cuisine vide où ils se trouvaient à peine quelques secondes plus tôt. Personne n’a rien eu : seulement des dégâts matériels. Nous voyons des voisins complètement paniqués. Jacques et Pierrette se laissent convaincre et vont donc aussi loger à l’IRAP. Avant de retourner chez nous, nous passons encore prendre des nouvelles d’une autre famille tout près  de là, celle d’Alida, la sœur de Wadad. Ils sont terrés au fond de leur couloir : une autre fusée est tombée en face de leur maison, pas de blessés heureusement mais le déplacement d’air dû à l’explosion les a plaqués contre le mur ; ils s’en sont tirés avec une belle frayeur. Ils nous demandent si nous avons du pain : heureusement oui, on emporte toujours des provisions à partager en temps de guerre. Presque 40 ans plus tard, Alida continue à nous remercier pour cette « apparition » qui leur a fait tellement de bien dans un moment tragique. Chaque petit geste prend évidemment une toute autre dimension dans un contexte pareil.

    Dans tout cela, on essayait quand même d’avoir une vie la plus normale possible. On se reposait quand on pouvait, on dormait plus tard le matin quand il y avait eu la bataille  la nuit. Je me souviens qu’une fois je m’étais réveillé en disant à mes amis que j’avais rêvé qu’il y avait eu des bombardements. « Ah, oui, tu as rêvé ! Non, tu n’as pas rêvé : il y a eu des bombardements ! » Je ne m’étais donc même pas réveillé, comme ceux qui dorment à côté d’une gare et qui ne font plus attention au passage des trains car le bruit est devenu familier : la nature trouve toujours des moyens de se défendre. On jouait aussi beaucoup aux cartes ou au trictrac pendant les longues heures où nous ne pouvions pas sortir. Je me souviens qu’une fois, las d’être enfermés en bas si longtemps, nous avions eu l’idée, Walid et moi, de monter à l’étage supérieur et de jouir du silence de la nuit en regardant les étoiles sur le balcon de la villa, avec des lueurs de bataille en bas à Beyrouth. Et nous étions là, tranquilles et heureux, lorsque tout à coup a retenti le sifflement d’un obus qui est passé à quelques mètres à peine au-dessus de nos têtes pour aller s’écraser tout près dans le jardin d’un voisin. De quoi glacer le sang dans les veines et nous avons tout de suite redégringolé les escaliers quatre à quatre pour nous remettre à l’abri : pas moyen d’être tranquilles une minute !

    Le plus difficile, c’est lorsque Guido, Pierre LV et Rino sont partis à Rome avec Aletta, Agape et Zena pour l’Assemblée générale du Mouvement. Guido m’a dit : c’est toi qui seras le responsable du focolare pendant cette période. J’ai eu un peu peur : devoir prendre des décisions dans des circonstances pareilles, ce n’est pas évident. Mais tout s’est bien passé finalement, avec le climat de solidarité et de confiance qu’il y avait entre nous tous. La seule décision un peu bizarre que j’ai prise, sans demander l’avis de personne, a été celle de distribuer la communion à certains des nôtres qui étaient habitués à participer à la messe chaque jour et qui se trouvaient tout d’un coup sans messe du tout, parce que les prêtres n’arrivaient même plus à se déplacer pour dire la messe. Alors je me suis dit que prendre quelques hosties consacrées dans la chapelle de l’IRAP et faire une bonne surprise à quelques-uns ne pourrait que faire du bien, et que sûrement le Bon Dieu était d’accord. Heureusement que je n’ai pratiquement jamais raconté cela à personne, cela aurait pu scandaliser, mais mettez-vous à ma place !

    L’année s’est finalement assez bien terminée et nous avons pu aller à Rome à notre tour pour participer à la rencontre annuelle de tous les focolarini d’Europe. Je n’oublierai jamais cette rencontre. Nous avions préparé un montage de diapositives pour montrer un peu à tout le monde comment nous vivions au Liban : murs défoncés, sacs de sable, mais aussi visages souriants de nos rencontres pleines de joie malgré les difficultés… Ces diapositives, avec le commentaire improvisé de Guido qui expliquait en détail notre vie de tous les jours, ont eu sur toute la salle l’effet d’une bombe, si l’on peut dire. Tout le monde nous regardait comme si nous étions des héros, alors que nous sentions seulement une grande reconnaissance envers ce Dieu qui nous avait protégés et fait faire une expérience tellement unique. Je me rappelle en particulier les focolarini d’Allemagne qui ont passé toute la soirée entre eux à commenter nos diapositives, en nous remerciant ensuite, parce que notre témoignage prouvait que l’Evangile est vrai et leur donnait un courage nouveau pour affronter les problèmes de leur pays.

     

    Ce qui est sûr, c’est qu’à partir de là, chaque fois qu’un Libanais ou une Libanaise allait au Centre du Mouvement à Rome pour y participer à une rencontre, de jeunes, de familles ou autres, on lui demandait gentiment s’il pouvait ou si elle pouvait donner à son tour son témoignage sur la vie pendant la guerre, parce que, paraît-il, cela faisait du bien à tout le monde. C’est sûr que tout cela était aussi une grâce pour nous, de nous rendre compte qu’au-delà de la souffrance Dieu nous avait comblés bien plus encore que ce qu’il était possible d’imaginer. Il y a même eu comme cela des épisodes comiques, comme le jour où Joseph a raconté devant un groupe de bouddhistes japonais, amis du Mouvement, comment il avait été kidnappé pendant la guerre et avait réussi à vivre cette épreuve dans la paix grâce à notre idéal. Le problème c’est que personne au Centre de Rome n’était au courant du kidnapping de Joseph, car Guido avait caché la chose jusque là pour n’alarmer personne : une belle gaffe au fond, finalement vite pardonnée ! Cela faisait du bien en tous cas de s’arrêter de temps en temps pour reprendre souffle et énergie, car l’épreuve allait encore durer bien des années, mais comment pouvions-nous le savoir ?


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