• Je viens de voir à la télévision David Cameron, le premier ministre britannique, en colère contre l’arrivée des migrants venus de France et qui réussissent à traverser la Manche malgré les forces de la police française. Mais le comble, c’est lorsqu’il dit, sans doute pour éviter un problème diplomatique avec la France, qu’il faut aller résoudre le problème à la source, là où ces migrants se jettent à l’eau pour traverser la Méditerranée au risque de leur vie.

    Oui, pour un comble, c’est un comble et insupportable. Mais David Cameron n’est pas le seul responsable. Je crois que presque tous nos dirigeants européens pensent la même chose, ou au moins font semblant de la penser. Car la source de tout ce drame, messieurs les hommes politiques qui tenez plus à votre carrière politique qu’à la justice et à la solidarité humaine, cette source du problème c’est nous ! Ce sont nos pays occidentaux qui exploitent les pays africains et s’enrichissent sur leur dos en les abandonnant à leur misère qui sont la source de ce désespoir.

    Mais peut-on vraiment penser un seul instant que ces « fous » qui se jettent à l’eau dans des barques de fortune au milieu des vagues de la Méditerranée, le font en toute sérénité, par hobby ou plaisir de l’aventure ? Ne voyons-nous pas que nous continuons à lancer nos produits européens sur toutes les chaines mondiales de télévision, en faisant croire à ces pauvres gens que « l’Europe c’est le paradis », pour ensuite leur dire : cette richesse que nous avons construite sur votre dos, excusez-nous, nous ne pouvons pas la partager, restez chez vous dans votre misère et débrouillez-vous.

    Quand est-ce que nous ouvrirons nos yeux et nos cœurs sur la réalité ? Je sais bien que des centaines et des milliers d’européens se battent pour ce combat de simple reconnaissance de la justice. Mais ce n’est pas suffisant tant que nos institutions et nos gouvernements continuent cette politique hypocrite.

    En tous cas, la nature progresse toujours avec la loi des vases communicants. Si nous ne sommes  pas capables de partager spontanément ces richesses, en partie volées, avec nos frères dans le besoin, ils viendront un jour ou l’autre nous les prendre de force. Et s’ils n’ont pas la force des armes ou de l’argent, ils auront au moins la force du nombre contre laquelle nous ne pourrons finalement rien faire. Ce ne serait pas mieux  de nous décider à résoudre ce problème véritablement à la « source » qui est en nous, avant d’en arriver à de nouvelles catastrophes humanitaires ?


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  • Oui, « ma vie est belle si celle des autres l’est aussi ». C’est ce que j’avais écrit en effet dans l’article « Tu n’as rien compris » du 27 avril dernier  (rubrique « Provocations »).  Une de mes lectrices me dit que « ça mérite réflexion et peut-être explication ». Je vais essayer bien volontiers d’en dire ici un peu plus, en changeant de rubrique, comme vous le voyez. Car je suis sûr que mon bonheur, ma joie et ma paix sont bien dépendants du bonheur, de la joie et de la paix des autres. Et tout cela bien sûr dans la réciprocité. Plus je suis heureux et en paix avec moi-même et plus je peux déverser tout cela sur mes compagnons de voyage.

    Vous allez me dire que c’est vrai, mais qu’il ne faut pas exagérer.  Je ne peux évidemment pas me sentir en paix et heureux si tout le monde pleure autour de moi. Mais si je suis heureux, je ne vais pas chaque fois gâcher mon bonheur en me rappelant à tout prix qu’il y a encore des personnes malheureuses sur cette terre. Un peu de bon sens et de simplicité. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.

    Je suis sûr qu’on peut pourtant dépasser cette première réflexion un peu simpliste. Il ne s’agit pas ici de voir si, en ce moment, je me sens bien, tranquille, heureux ou non. Il s’agit de voir en ce moment tout le sens de ma vie, depuis que je suis né jusqu’à maintenant, en me projetant même un peu vers l’avenir, dans la mesure où je peux déjà la prévoir en partie.

     Imaginez que je suis assis chez moi en train de regarder la télévision et je ressens tout à coup un certain malaise quelque part dans mon corps : surprise, gêne, angoisse peut-être, ma soirée va évidemment être gâchée. Imaginez maintenant que je marche sur les pentes d’une montagne depuis des heures, je n’en peux plus, j’ai mal un peu partout, j’ai envie de m’arrêter, mais le sommet est désormais tout près, dans quelques minutes je vais contempler un panorama qui va me récompenser de tous mes efforts. Je vais raconter à mes amis que c’était un des plus beaux jours de mes vacances. Et j’oublierai bien vite tous mes malaises.

    Ce que l’on ressent en ce moment est donc au fond bien relatif, c’est l’ensemble de notre vie qui compte et qui peut nous faire dire ou non que « la vie est belle ». Je suis bien conscient qu’il y a trop de souffrances dans notre monde pour me permettre de me sentir égoïstement tranquille. Mais en même temps, je sais que mes souffrances, comme celles des autres, sont toujours une occasion de lutter, de s’entraider, de donner sa vie pour les autres. Et c’est cela qui va rendre ma vie belle ou non.

    Beaucoup de Libanais m’ont demandé pendant les années de guerre terrible que nous avons vécues ici pourquoi  je ne retournais pas en France où j’aurais été bien plus tranquille, plutôt que de vouloir rester au Liban au risque de ma vie. Eh bien je vous assure que c’est en France que je ne me serais pas senti tranquille : avoir laissé tomber tous mes amis libanais simplement par peur du danger, pour me mettre moi-même à l’abri ? Quelle honte cela aurait été pour moi, qui m’aurait sans doute accompagné jusqu’à la fin de mes jours. Tandis que tenir le coup jusqu’au bout, arriver tous ensemble jusqu’au jour où les bombardements ont cessé, et où l’on pouvait enfin respirer, même si nous savions bien qu’il y aurait encore d’autres problèmes à résoudre, quelle expérience merveilleuse cela a été, de joie partagée et multipliée. Et quand je rencontre aujourd’hui encore, presque 25 ans plus tard, un de ces amis avec qui j’ai vécu ces moments inoubliables, il y a toujours un sentiment de forte émotion qui nous envahit. Cela a été terrible, mais jamais comme alors notre vie n’a eu un sens aussi profond, d’aller ensemble au delà de nos limites, de découvrir au milieu du drame combien est beau le cœur de l’homme.

    Alors, oui, il y aura toujours des souffrances autour de nous sur cette terre. Nous mourrons sans avoir pu résoudre tous les problèmes des gens qui nous sont chers (et tous les gens au fond nous sont chers !), mais notre vie aura pu être belle si nous le voulons vraiment de tout notre cœur. Cela ne dépend absolument pas des circonstances extérieures. Je crois en fait que ma vie est belle parce que j’ai rencontré des personnes qui m’ont fait faire cette découverte extraordinaire. Et je me lève chaque matin avec la passion de partager un peu plus cette même découverte. Et chaque fois que je trouve un ami de plus qui se laisse prendre lui aussi par cette vision merveilleuse de la vie, c’est un nouveau tressaillement de joie qui ne s’arrête jamais. Cela n’a rien d’égoïste, bien au contraire, c’est comme une flamme qui brûle tout sur son passage.

    Alors, pour reprendre notre phrase initiale, je crois pouvoir dire que ma vie est belle non pas tellement « si » la vie des autres l’est aussi, mais « parce que » la vie des autres l’est aussi. Le problème c’est que nous n’en avons pas toujours conscience, on pourrait même croire que c’est souvent le contraire. Et pourtant je connais des gens qui, en ce moment, en Syrie et en Irak trouvent que la vie « est belle ». Ils sont peut-être fous ou inconscients? Demandez-leur s’ils auraient préféré ne pas exister, et vous verrez que la vie, quelles que soient les circonstances, vaut toujours la peine d’être vécue.


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  • Accueillir est encore un des plus beaux verbes qui existent. Ce n’est pas pour rien que je l’ai choisi dans ma « vision des quatre verbes » avec être, donner et refuser. Et pourtant, si vous faites des recherches, vous verrez qu’il n’est pas si souvent utilisé. Vous ne trouverez pas aussi facilement des citations du verbe accueillir que celles de chercher ou d’ouvrir, les deux premiers verbes sur lesquels nous nous sommes penchés.

    Pourquoi cela ? Sans doute parce qu’accueillir donne une certaine idée de passivité. L’homme préfère peut-être faire, dire, travailler, être celui qui prend l’initiative. Tandis qu’accueillir est seulement une réponse à l’initiative de l’autre. Cela est-il tellement gênant ?

    Il suffit de réfléchir un seul instant et d’essayer de penser comment nous sommes venus au monde pour nous rappeler que la vie, au moins au départ, est toujours un don reçu. Reçu de Dieu pour ceux qui croient en lui, ou au moins reçu de nos parents, de la nature. A un certain moment une réalité immense et mystérieuse nous a été transmise. Et tout le début de notre vie a été consacré à recevoir, recevoir de l’affection, de l’attention, des paroles, des conseils, toute une éducation qui nous ont peu à peu formés.

    Alors fallait-il partir d’abord du verbe recevoir pour être plus logique ? Pourquoi pas ? Ce serait intéressant de méditer aussi sur ce verbe merveilleux. Mais je crois qu’accueillir a en général une qualité en plus. Accueillir est normalement extrêmement positif. Je sais qu’on peut dire : j’ai été mal accueilli dans cette famille ou dans ce pays, mais le plus souvent accueillir quelque chose ou quelqu’un signifie le recevoir en ouvrant tout grands son cœur ou ses bras.

    Pour accueillir il faut donc d’abord que quelqu’un soit venu nous donner quelque chose ou simplement se présenter lui-même. Je vais donc accueillir un cadeau, une nouvelle ... Je vais accueillir chez moi, ou dans mon bureau un visiteur, quelqu’un que je connais depuis longtemps, ou au contraire un inconnu qui m’a été envoyé pour que je m’occupe de lui.

    Dans l’accueil il y a souvent un aspect nouveau de surprise, un nouvel engagement avec quelqu’un, pour quelques minutes, pour quelques jours ou peut-être même pour toute la vie.

    Accueillir est déjà prendre une belle responsabilité, parce que si je refuse ou je rejette ensuite celui que j’ai accueilli, je vais provoquer un conflit, un drame peut-être qui va envenimer ma vie et celle de celui que j’avais bien reçu au début, mais avec qui je ne veux pas continuer la route, parce qu’il m’a peut-être déçu, trompé, fait du mal, ou simplement parce que je suis tout à coup occupé à autre chose de plus important et je n’ai plus le temps d’aller au bout de mon premier accueil. Combien de blessures, de traumatismes naissent d’un accueil interrompu, souvent sans qu’on en comprenne les raisons profondes !

    Si l’on apprenait chaque jour un peu plus à accueillir, je crois qu’il n’y aurait plus de routine ou d’ennui dans notre vie et beaucoup de problèmes s’évanouiraient comme par enchantement. Car je peux accueillir ma journée lorsque j’ouvre mes yeux le matin, je peux accueillir de manière positive les nouvelles qui m’arrivent quelles qu’elles soient. Je peux accueillir le nouveau travail qu’on me propose au bureau, le problème de mon voisin, la question compliquée qu’on vient de me poser, la demande d’aide ou de service.

    Mais surtout ce sont des personnes que je vais accueillir tout au long de la journée, des élèves à l’école, des clients dans un magasin, une vieille dame perdue qui ne sait pas ce qu’elle doit faire ni où elle doit aller, un collègue qui cherche une bonne adresse pour soigner son enfant malade, un touriste qui n’arrive pas à s’exprimer.

    Je peux même accueillir des difficultés ou des problèmes que j’aurais eu envie de fuir au premier abord. Mais n’est-ce pas en me concentrant de tout mon cœur sur un problème que j’ai plus de chance de le résoudre ? Alors que si j’essayais de l’ignorer parce qu’il me dérange, il finirait par me retomber dessus et me gâcherait la journée.

    Accueillir, c’est le début de la sagesse, c’est le premier pas pour une relation avec les autres, c’est la porte ouverte sur mille découvertes, c’est le secret de l’aventure humaine sur cette terre. Si je me levais chaque matin pour accueillir sincèrement tout ce qui va m’arriver et tous ceux que je vais rencontrer, la vie vaudrait vraiment la peine d’être vécue. Mais je suis sûr que tout le monde en a déjà fait l’expérience. Il faut seulement se donner du courage pour ne pas s’arrêter en route, ne pas se fier aux apparences en commençant à mettre des conditions à notre accueil : l’accueil jouera vraiment son rôle s’il sait s’ouvrir à 360 degrés quelles que soient les circonstances ou les personnes. C’est alors que commencera sans doute la vraie liberté. Facile à dire ? Bien sûr. Mais ce n’est pas si difficile que cela à réaliser, surtout que celui qui sait accueillir ne se sentira au fond jamais seul et il retrouvera une foule d’amis pour l’accueillir à son tour le jour où tout semblera s’obscurcir devant lui. Qui sème l’accueil ne peut que récolter un jour ou l’autre l’accueil de l’autre, dans la symphonie harmonieuse des relations humaines.   

     

     

     

    Citations à méditer

     

    « Je me lève, je suis très calme. Les mois et les années peuvent venir. Ils ne me prendront plus rien. Ils ne peuvent plus rien me prendre. Je suis si seul et si dénué d'espérance que je peux les accueillir sans crainte. » (Erich Maria Kramer)

    « Ne reculer devant rien ; accueillir l'inconnu avec joie ; ne pas gémir inutilement sur la souffrance, mais en faire, avec fermeté, un fond noir pour les joies claires afin d'accroître leur éclat. » (Elizabeth Goudge) 


    « Un
    esprit qui s'est agrandi pour accueillir une idée nouvelle ne retrouvait jamais ses proportions originales. » (Roger Jon Ellory) 


    « Le
    bonheur amoureux est la preuve que le temps peut accueillir l'éternité. » (Alain Badiou) 


    « Ma
    vraie liberté, c'est ma présence - accueillir ceux qui viennent à moi, irradier vers ceux qui m'accueillent. Je ne suis libre que si je peux quitter mon Moi. Non plus me répéter, mais me transformer, devenir. » (Vincent Cespedes) 


    Au-delà de la rencontre amoureuse, j'appelle relation d'amour un partage inconditionnelcelui qui aime peut accueillir et amplifier l'amour de l'autre et offrir le sien sans réticence ni limite. » (Jacques Salomé) 


    « Au
    fond, tout vrai lecteur est également bibliophile. Car qui sait accueillir un livre et l'aimer de tout son cœur souhaitera aussi le faire sien, le relire, le posséder et le savoir toujours à portée de main. » (Hermann Hesse) 


    Mon patriotisme ne connaît aucune exclusive. Il est prêt à accueillir le monde entier 
    Pour moi, patriotisme rime avec humanité. Je suis patriote parce que je suis homme et humain. » (Mohandas Karamchand Gandhi) 


    « La
    France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part. » (Michel Rocard) 


    « La
    seule façon de renforcer notre intelligence est de n'avoir d'idées arrêtées sur rien, de laisser l'esprit accueillir toutes les pensées. » (John Keats) 


    « Un
    esprit qui s'est élargi pour accueillir une idée nouvelle ne revient jamais à sa dimension originelle. » (Oliver Wendell Holmes)

     

    « Ils (les jeunes) sont à l'âge où la société devrait les accueillir à bras ouverts; or elle se présente face à eux comme une forteresse bouclée, cadenassée ... » (Albert Jacquard) 


    « L'
    amour est un cadeau qu'il vous faut être prêt à accueillir, sinon vous ne pouvez l'apprécier à sa juste valeur et vous risquez alors de le laisser s'enfuir. » (Catherine Bensaid)

     

     

    Dans la Bible

     

    « Le séjour des morts s'émeut jusque dans ses profondeurs, Pour t'accueillir à ton arrivée ; Il réveille devant toi les ombres, tous les grands de la terre, Il fait lever de leurs trônes tous les rois des nations. » (Is 14,9)

     

    « Nous devons donc accueillir de tels hommes, afin d'être ouvriers avec eux pour la vérité. » (3 Jn 1,8)

     

    «  L'Éternel exauce mes supplications, L'Éternel accueille ma prière. » (Ps 6,10)

     

    « Quand on châtie le moqueur, le sot devient sage ; Et quand on instruit le sage, il accueille la science. » (Pr 21,11) 

    « Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » (Mc 6,11)

     « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé. » (Mc 9,37) 

     

    « Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux. » (Lc 15,2)

     

    « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » (Rm 15,7)

     

    « Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabé, au sujet duquel vous avez reçu des ordres (s'il va chez vous, accueillez-le). » (Col 4,10)


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  • Nous avons déjà médité sur quelques lignes de Chiara Lubich (cf. l’article de cette même rubrique : « Regarder toutes les fleurs » du 11 mars dernier) et nous continuerons à le faire de temps en temps, car il nous semble que « Chiara » a beaucoup à dire à l’homme d’aujourd’hui.

    Nous revenons aujourd’hui sur les premières lignes de son article de 1949, « La résurrection de Rome », publié en 1996 par Nouvelle Cité dans le petit volume : « Voyage trinitaire ».

    « Si je regarde Rome telle qu’elle est, mon Idéal me semble aussi lointain que l’époque où les grands saints et les martyrs rayonnaient d’une lumière éternelle et éclairaient jusqu’aux murs des monuments qui se dressent aujourd’hui encore, témoins de l’amour qui unissait les premiers chrétiens.

    En un contraste criant, le monde domine Rome aujourd’hui par ses obscénités et ses vanités, dans les rues et, plus encore, loin des regards, dans les maisons, où règnent la colère, l’agitation et toutes sortes de turpitudes.

    Et je dirais mon Idéal utopie si je ne pensais au Christ, qui a pourtant connu un monde semblable à celui-ci et, au point culminant de sa vie, a paru englouti lui-même, vaincu par le mal.

    Lui aussi regardait toute cette foule qu’il aimait comme lui-même. Il l’avait créée et aurait voulu tisser des liens pour l’unir à soi, comme des enfants à leur Père, et unir chaque frère à son frère. Il était venu pour réunir la famille : de tous, faire un.

    Ses paroles de Feu et de Vérité consumaient la broussaille des vanités qui étouffent l’Eternel qui se trouve en l’homme et passe parmi les hommes. Pourtant, même s’ils comprenaient, les hommes, tant d’hommes, ne voulaient rien entendre et demeuraient le regard éteint, car ils avaient l’âme obscure.

    Pour quelle raison ? Parce qu’il les avait créés libres.

    Descendu du ciel sur la terre, il aurait pu les ressusciter d’un seul regard, mais il fallait qu’il leur laisse – ils avaient été créés à l’image de Dieu – la joie de conquérir le ciel librement. C’est l’éternité qui était en jeu et, pendant toute l’éternité, ils pourraient vivre en fils de Dieu, comme Dieu, créateurs de leur propre bonheur, par participation à sa toute-puissance.

    Il voyait le monde tel que je le vois, mais il ne doutait pas.

    Insatisfait, attristé par ce monde qui courait à sa perte, il contemplait, la nuit, le Ciel au-dessus de lui ainsi que le Ciel en lui, et il priait la Trinité qui est l’Etre véritable, le Tout concret, tandis qu’au dehors cheminait le néant qui passe.

    Moi aussi, j’agis comme lui pour ne pas m’éloigner de l’Eternel, de l’Incréé qui est racine du créé, et donc vie de tout, pour croire à la victoire finale de la Lumière sur les ténèbres.

    Je passe par les rues de Rome, mais je ne veux pas la voir. Je regarde le monde qui est en moi et m’attache à ce qui possède valeur et être. Je ne fais qu’un avec la Trinité qui habite mon âme, l’illumine d’une lumière éternelle et la remplit du ciel entier avec les saints et les anges, eux qui ne sont soumis ni au temps ni à l’espace et peuvent ainsi, en ma petitesse, se recueillir avec les Trois personnes en une unité d’amour... »

    Ce texte (que nous continuerons prochainement) parle déjà de lui-même. On y trouve une vision des réalités, terrestres et célestes en même temps, qui fait respirer. Dans le plus grand respect de la liberté de l’homme (comme Dieu l’a créé) on y découvre aussi une immense passion pour ce Dieu qui nous a tout donné, avec l’invitation à se brancher vraiment sur lui de manière radicale si nous ne voulons pas nous laisser enfermer par des problèmes apparemment sans solution, si nous regardons en particulier tout ce que le mal fait encore aujourd’hui dans notre monde.

    Chiara connaît bien ce mal, qu’elle a dû affronter déjà personnellement durant la seconde guerre mondiale. Mais elle a su en même temps, avec ses premières compagnes, ne pas tomber dans la tentation de combattre ce mal sur son terrain. Non, ce mal ne peut se combattre qu’en étant plus fort que lui à l’intérieur de soi. Utopie ? Illusion ? Chiara revient à l’époque de Jésus et des premiers chrétiens qui ont bien semblé complètement vaincus par ce mal, et pourtant ce sont eux qui l’ont emporté à la fin. L’empire romain avec toute sa puissance, ses aspects positifs comme ses ombres terribles, n’aura pas duré longtemps après le passage du Christ. Le communisme mondial, dans sa bonne intention de départ et ses dérives horribles par la suite, n’a même pas tenu aussi longtemps que l’empire romain.

    Chiara croit en la bonté de l’homme, parce qu’elle est sûre que Dieu bon est présent en lui. Mais ce Dieu bon, ce Dieu amour nous a laissés libres. Jamais il ne nous obligera à le suivre, parce que nous serions comme des robots, des marionnettes entre ses mains. Si nous voulons l’imiter nous devons réapprendre de lui cet amour gratuit qui donne sans jamais rien demander en retour. Nous, les chrétiens du XXIe siècle, tombons encore souvent dans ce piège de vouloir convaincre les autres, de vouloir même les dominer, comme malheureusement nous l’avons trop souvent fait par le passé. Les chrétiens ne seront forts que quand ils seront libres dans leur cœur et dans leur esprit, pas parce qu’ils obligeront les autres à les imiter. S’ils savent être comme Dieu, capables d’aimer leurs frères et sœurs sur cette terre sans rien attendre de retour, ils sauront peut-être s’émerveiller de la beauté mise par Dieu en chacun de ces frères et sœurs, même ceux qui semblent peut-être se détourner de lui (mais se détournent-ils de lui ou des excès et des erreurs des chrétiens ?).

    Notre monde retrouvera son âme lorsqu’une poignée peut-être insignifiante de personnes sera capable de vivre comme Dieu sur la terre, en toute liberté, sans se préoccuper des résultats apparents. Et n’oublions pas que notre idéal est d’être Dieu dans ce sens, pas même d’être chrétien. La figure de Gandhi, que nous avons rappelée dans cette rubrique, est pour nous une bonne leçon. Dieu n’est pas chrétien. Il « est » tout simplement. Il est certainement beau et utile d’être chrétien dans le sens de communier avec des gens qui partagent le même idéal que le Christ. Mais attention à ne pas faire de cette appartenance une identité qui finit par rejeter les autres ou se sentir supérieure à eux. Dieu en lui-même doit être libre de tout cela, sinon il ne serait pas Dieu. Et il nous invite à faire de même si nous voulons vraiment redonner l’espoir à l’humanité.

     


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  • Vous n’avez pas l’impression que certains médias essayent de nous faire croire que notre époque est une nouvelle ère de guerres de religions ? Une excuse pour vendre et revendre des armes toujours plus sophistiquées, toujours plus mortelles qui ne peuvent laisser que le désespoir sur leur passage ?

    Et pourtant, la religion n’existe pas ! Si on y pense sérieusement un seul instant, la religion est seulement un mot inventé par les hommes pour se comprendre, un mot qui veut sans doute dire beaucoup à ceux qui l’expriment, mais cela reste toujours un mot abstrait comme la liberté ou le progrès.

    Dans notre vie de tous les jours la plupart des mots que nous utilisons sont des mots concrets, ils parlent de choses que nous pouvons voir, toucher, entendre, comme la nourriture, la maison, la ville, les champs, les montagnes, les habits, l’argent, l’eau ou le feu. D’autres mots expriment des sentiments comme le bonheur ou la peur, l’amour ou la haine. Mais nous avons aussi créé des mots abstraits pour nous comprendre, pour pouvoir dialoguer, échanger, progresser dans nos relations.

    Le mot religion essaye d’exprimer « un ensemble de pratiques et de croyances », comme nous le dit le dictionnaire. Mais effectivement la religion n’existe pas. Ce qui existe c’est Dieu (au moins pour les croyants) et ce sont des hommes et des femmes qui croient, qui prient, qui espèrent, qui mettent en pratique les paroles du Dieu qu’ils ont rencontré. Ce qui existe aussi ce sont les familles de croyants, comme l’Eglise pour les chrétiens ou la Ummah pour les musulmans, comme existent aussi les tribus, les clans, les peuples, toutes les associations ou communautés de personnes qui sont unies par une origine commune, un but commun, une vie commune. Mais la religion elle-même n’existe pas, au sens réel et propre du terme.

    Alors faire la guerre contre une religion ou pour une religion n’a pas de sens. On ne pourra jamais vaincre une religion sur un terrain de bataille. On pourra tuer des gens qui croient et qui prient. Et après ? La guerre en soi est déjà absurde. La mort ne conduit qu’à la mort. Je peux comprendre un peuple qui se défend par les armes parce qu’il est agressé par un autre peuple. Même si moi, personnellement je ne me battrai jamais avec des armes contre personne : je suis trop convaincu de la stupidité de la guerre et de la force réelle du dialogue ou au moins d’une vraie non-violence comme celle de Gandhi pour résoudre les conflits entre peuples et communautés.

    Il n’y a pas si longtemps des catholiques en France massacraient des protestants au nom de leur religion. On trouve encore en Afrique du Sud des habitants aux noms français, descendants de ces pauvres protestants persécutés qui n’ont eu d’autre solution pour survivre que de se sauver au bout du monde. Belle image que la religion qui veut faire la guerre parce qu’elle pense être supérieure ou détenir la vérité ! Pourquoi l’homme tombe-t-il encore dans ce piège ? Mes frères ou mes sœurs ont d’autres convictions, d’autres croyances que moi : la belle affaire ! Ne restent-ils pas mes frères ou mes sœurs ? N’y a-t-il pas moyen de s’entendre tout de même sur tellement de choses importantes pour continuer à faire progresser l’humanité ?

    La vérité c’est que l’homme, chacun de nous, est tenté par l’aventure du pouvoir, le désir de dominer l’autre, et la religion a souvent été, le long de l’histoire de l’humanité, un beau prétexte pour assouvir ces tendances égoïstes,  malsaines et destructrices. On se cache derrière la religion car aucune raison humaine ne peut en fait justifier une guerre. Halte à l’hypocrisie ! Et si certains hommes veulent encore nous faire croire à ces illusions malfaisantes, laissons-les faire, fuyons-les s’ils ne nous laissent pas dialoguer avec eux : ils se retrouveront bien vite isolés et ridicules. Tomber dans leur piège serait leur faire croire qu’ils ont raison. L’humanité a fait tellement de progrès en un siècle, au niveau scientifique ou technologique en particulier : ne peut-elle pas se réveiller pour de bon et arrêter de faire des caprices comme un enfant de deux ans pour des réalités qui ne devraient pas exister,  mais qui finissent par devenir mortelles ?


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