• « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » (Mc 16, 15)

    Nous voilà à la conclusion de notre Evangile. Si nous voulons continuer à vivre avec le Christ, il ne s’agit surtout pas de s’enfermer entre nous, de nous encourager les uns les autres à nous considérer les meilleurs du monde, à juger et mépriser « ceux qui n’ont pas compris comme nous la vérité », ou je ne sais quelle bêtise de ce genre toujours prête à envahir notre esprit et notre cœur comme un piège maléfique.

    Non, la seule chose à faire est d’abord de sortir, de sortir de nous-mêmes et de notre horizon toujours trop étroit, de nos préjugés, de nos habitudes, de nos peurs et de nos croyances rigides, pour vivre avec le monde entier. Le monde qui nous suit et qui nous aime, mais aussi le monde qui nous rejette et qui nous hait, le monde qui est indifférent ou qui se replie sur lui-même, le monde qui cherche à progresser et celui qui échappe à la réalité parce qu’elle lui semble trop dure.

    Suivre le Christ sera donc nous mettre dans une sorte de mouvement perpétuel qui ne s’arrêtera que le jour de notre mort. Et proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création ne voudra pas dire tellement multiplier les déclarations et les bonnes paroles, mais « vivre » cette vie nouvelle du Christ en nous, en silence ou en paroles, en action ou en contemplation, en donnant ou en accueillant, mais toujours en sortant de nous pour entrer en relation avec les autres.

    Suivre le Christ, c’est entrer définitivement dans cette dynamique des Trois Personnes de la Trinité qui sont venues habiter en nous et parmi nous pour toujours et qui voudraient en nous se répandre comme une tache d’huile sur toute l’humanité qui attend. Ce n’est pas une option parmi d’autre, c’est simplement là notre identité irremplaçable, notre respiration et le sang qui coule dans nos veines. Quelle chance avons-nous eu de rencontrer cet Homme qui est venu nous donner la vie et qui ne nous lâchera plus !

     

     


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  • Vous savez déjà que j’aime beaucoup les verbes, car ils sont la vie de la phrase, alors que les noms qui dérivent des verbes sont souvent des mots dangereux, sources de problème. C’est ce que nous avons déjà remarqué avec le verbe « pouvoir » qui ouvre sur des horizons infinis, alors que le nom « pouvoir » est souvent synonyme de quelque chose de monstrueux qui veut s’imposer aux hommes pour les dominer et les écraser.

    Il en va de même pour un autre dérivé du verbe pouvoir qui est le nom « puissance ». Vouloir étaler sa puissance à la face du monde est le jeu maléfique que certains pays sont en train de jouer, au risque de déclencher une nouvelle guerre qui ne s’arrêterait même plus, sauf si l’humanité tout entière venait à disparaître à cause de la folie des hommes.

    Car la puissance est malheureusement la tentation de tous les égoïsmes et les orgueils du monde. On s’en sert parfois seulement pour se protéger, pour se défendre, mais on tombe vite dans le piège de forcer l’autre à faire finalement ce que nous voulons pour être sûrs, soi-disant, d’être libres, mais finalement pour s’adonner au plaisir de se sentir plus grand parce qu’on domine les autres. C’est ce que j’appelle une « puissance de mort », car elle finit par détruire sur son passage, sans états d’âme, tout ce qui la dérange et l’empêche de se développer selon ses caprices. C’est la puissance des armes ou celle de l’argent en particulier.

    Mais ce serait terrible de ne voir dans la « puissance » qu’un danger ou un mal abominable. C’est là que nous devons nous concentrer sur la « puissance de vie » que chaque homme porte en lui. Car si l’humanité porte déjà en elle cette puissance de se reproduire sans cesse au-delà de la mort, comme toute la nature qui nous entoure, chacun de nous a aussi en lui la capacité d’une puissance de bien, de paix et de solidarité. Je peux en effet toujours chercher et trouver des solutions positives, là où tout semble nous conduire vers un précipice sans fin.

     

    La religion d’un Dieu tout puissant, comme nous pouvions l’imaginer, est en train de disparaître car les hommes sont fatigués de cette comédie d’utiliser la religion pour dominer les autres. Nous sommes arrivés maintenant à une époque où l’on peut croire à un Dieu tellement puissant qu’il est capable de se faire petit pour nous servir. C’est la seule religion qui pourra rester pour les siècles à venir. La religion de la puissance du pardon et de l’amour qui donne sa vie pour le bien des autres. Il faut être terriblement puissant pour avoir le courage de donner sa vie. C’est cela la « puissance de vie » qui peut encore faire espérer l’humanité.


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  • Une citation m’a encore profondément choqué ces jours-ci, c’est celle d’un acteur français, Gérard Klein, qui dit tout simplement : « La lâcheté commence là où cesse la puissance. »

    J’aimerais bien connaître ce monsieur de plus près pour ne pas interpréter de travers ses paroles, mais comment comprendre cette phrase autrement ? Cela semble dire que l’important dans la vie, c’est la puissance, car si on ne parvient plus à être puissant, il ne reste plus qu’à se sauver et à fuir comme un lâche devant les réalités au lieu de les affronter.

    Sauve qui peut, vraiment, si c’est cela la mentalité courante de notre pauvre monde ! Pour faire face aux évènements et aux personnes, il faudrait donc se baser d’abord sur la puissance ? Etre puissant, être fort, ne pas avoir peur, dominer les autres peut-être ou même les écraser ? Car comment comprenez-vous la puissance ?

    Je comprends bien que pour ne pas être démuni devant les épreuves de la vie, il faut de la force, mais dans le sens du courage, de la détermination, de la persévérance, tout cela serait éminemment positif. Pourquoi ce sentiment de puissance ou d’impuissance et de lâcheté devant la vie et les personnes ? Serions-nous revenus à la loi de la jungle ? Il est sûr que les nouvelles de la politique internationale ne nous poussent pas à être très optimistes à ce niveau-là…

    Mais je crois quand même que la plus grande force revient encore à la confiance et à l’amour. On ne pourra jamais rien contre quelqu’un qui aime les autres, qui les sert de tout son cœur, qui est prêt à donner sa vie pour ceux qu’il aime, qui est prêt à pardonner à ceux qui lui font du mal. Si, bien sûr, on pourra le tuer physiquement, mais même après sa mort il continuera à faire du bien !

     

     Si on appelle le pardon une puissance, alors je suis d’accord avec notre auteur, mais ce serait important de le préciser. Il y a une puissance considérable dans l’humilité et la bonté qui voient toujours le positif même chez les personnes les plus mauvaises, les plus misérables. Ne nous laissons pas impressionner par ce genre de slogans qui voudraient nous enlever l’espoir. J’ai appris dans la vie que lorsqu’on nous demande de choisir entre deux solutions qui sont mauvaises toutes les deux, il faut toujours chercher une troisième solution positive, quitte à l’inventer si elle n’existait pas. 


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  • Au fond, vous savez pourquoi l’amour est si difficile de nos jours ? C’est d’abord parce que notre monde moderne veut tout prévoir et tout sécuriser, en pensant par-là être plus tranquille. Sans se rendre compte que c’est cela qui tue l’amour.

    Car prévoir l’amour c’est le condamner à être une sorte de répétition monotone et de plus en plus ennuyeuse de beaux moments du passé. Alors que le véritable amour s’invente chaque jour, il n’est pas la découverte d’un trésor qui existe déjà à l’avance, mais la création d’une surprise que l’inspiration du moment me fait à chaque jour imaginer et réaliser.

    Sécuriser l’amour, pour l’empêcher de dégénérer, de dévier, de nous trahir, c’est le mettre en cage et l’empêcher définitivement de voler : quel pauvre amour, quelle caricature de l’amour va-t-on trouver à partir de là ! C’est sûr qu’on sera déçu.

    Mais le pire de tout, c’est la mentalité de la société de consommation qui ne cesse d’envahir notre planète, à commencer par les pays dits « développés ». L’homme qui se sent, à juste titre peut-être, le maître de l’univers, pense que désormais il peut tout acheter selon ses caprices du moment. On se retrouve comme devant un immense supermarché où chacun est libre de choisir ce qui lui plaît selon ses besoins et ses goûts. Qu’on achète des objets matériels, passe encore. Mais on prétend bientôt acheter la nature. Puis on veut acheter le plaisir, la joie, le bonheur. On achète des divertissements, on achète du sport et même l’art ou la beauté. On pense en arriver à acheter des relations sociales avec les autres où tout se passerait selon nos convenances…

    Et à la fin, on voudrait peut-être choisir, dans notre grand supermarché, l’amour qui est fait pour nous. Il ne s’agit plus alors de supermarché, mais de supercherie. Car on oublie que l’amour ne s’achète jamais : l’amour peut seulement se donner ou se recevoir comme un cadeau. C’est dur à accepter peut-être, mais c’est la réalité. Et ce n’est pas, comme on dit, la « triste réalité », bien au contraire, car c’est cela qui va laisser pour toujours l’amour capable de voler et de nous faire rêver.

    L’amour ne va pas être sauvé avec plus de sécurité dans des protections extérieures, mais avec plus de confiance dans sa dynamique intérieure. La seule assurance que me donne l’amour, je la trouve en moi chaque jour, si je le laisse se développer selon sa force intrinsèque qui se renouvelle à chaque pas, selon la réciprocité surprenante qui m’arrive de l’autre au moment où je ne m’y attendais pas et qui m’émerveille chaque fois un peu plus.

     

    C’est cet amour qui me fait tomber peu à peu amoureux de toute l’humanité et qui est devenu tellement rare de nos jours qu’il est sûr de réussir. Car chaque homme, chaque femme sont faits pour aimer et être aimés et quand ils trouvent un amour vrai, sincère, désintéressé, ils ne peuvent pas ne pas répondre d’une manière ou d’une autre. Et il n’y a plus qu’à se laisser porter par la vague de cet amour qui me surprend toujours, car elle arrive peut-être à droite quand je l’attendais à gauche, un peu brusque quand je l’attendais plus douce, mais elle arrive toujours car la mer de l’amour ne s’arrête jamais… 


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  • Je suis tombé il y a quelques jours sur une phrase d’Angélique Planchette qui m’a fait beaucoup réfléchir : « L’homme veut certitude et réciprocité, d’où sa difficulté à aimer »

    Oui, c’est évident, c’est tellement beau d’aimer et tellement difficile en même temps. Alors que faire ? Aimer moins intensément, aimer moins souvent pour éviter les problèmes ? Aimer quand on est vraiment sûr de l’autre, quand on a de véritables « certitudes » sur la suite de notre amour. Aimer seulement si l’autre nous a donné suffisamment de signes de « réciprocité » comme le dit notre phrase ? Tout cela ne vous semble-t-il pas un peu trop terre à terre ?

    Car l’amour a besoin de voler, de rêver, il ne peut pas continuellement rester collé à des calculs d’intérêt qui seront le plus souvent déçus, car ils décevront l’autre avant même de nous décevoir nous-mêmes. Il n’y a donc pas d’autre solution que de décoller, de sauter dans le vide, de s’habituer à cette impression de risque perpétuel, mais nous verrons bien vite ainsi l’amour grandir en nous avec une telle énergie, une telle force, que les petites difficultés rencontrées nous sembleront soudain bien peu de choses.

    Car c’est cela le secret de l’amour : ne jamais s’appuyer sur des certitudes extérieures qui n’existent pas, mais sur la force même de cet amour qui nous entraîne. Et c’est cela qui va provoquer la réciprocité. Parce que personne ne peut rester indifférent à un amour vrai, gratuit, désintéressé, entier, sans calcul, il donne trop envie de répondre de la même façon.

    Mais voilà, cette réponse de réciprocité n’arrivera jamais comme on l’attend, ni au moment où on l’attend. La vraie réciprocité ne sera jamais une « certitude » que je connais à l’avance, sinon la réponse de l’autre serait comme un jouet entre les mains de mes caprices, l’autre serait comme un robot qui obéit automatiquement à mes attentes.

     

    Non, la réciprocité sera toujours une surprise, parce que l’autre est différent de moi, il ne me répondra pas à ma façon, mais à sa façon, pas au moment que j’aurais voulu, mais quand lui le sentira bon. La réciprocité ne peut exister que dans la pleine liberté justement réciproque. La réciprocité est chaque fois une nouvelle invention que jamais je n’aurais pu prévoir. Et cette réciprocité fait beaucoup de bien, car c’est évident que se sentir aimé chaque fois d’un amour tout neuf, qui se renouvelle sans cesse, c’est certainement un baume sur le cœur qui va me pousser à dépasser moi-même chaque fois les limites de mon amour. Mais il faut accepter la règle du jeu qu’il n’y a dans l’amour aucune certitude, surtout liée au passé, car l’amour est à réinventer chaque jour et le cadeau qui a plu hier ne plaira pas forcément demain. La seule certitude de mon amour est cet amour lui-même dans lequel je me sens chaque jour un peu plus réalisé… Affaire à suivre…


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