• [A l’occasion de mon anniversaire, je remercie Dieu pour ces 70 ans de vie tellement pleine, mais je tiens à remercier par cette lettre « personnelle » chacun et chacune de ceux qui ont illuminé ma route par leur présence et leur amour : ils se reconnaîtront !]

    Oui, c’est toi, mon plus grand trésor. Car sans toi, jamais je n’aurais pu être moi, ce moi si fragile et toujours en recherche, mais qui est bien moi et que j’ai appris à aimer malgré toutes ses ombres, ses contradictions, ses conflits, mais aussi cette soif d’infini, ce désir immense de paix, cette joie débordante à partager, ce cœur qui palpite avec tous ceux qui sont prêts à l’accueillir et qui rêve de soulager toute la souffrance du monde.

    Mais c’est toi qui m’a donné la force d’aimer ce moi qui se serait perdu, si tu n’avais pas été là. Car tu as été le miroir où j’ai commencé à comprendre qui je suis, malgré les moments de brouillard et d’incertitude. C’est parce que j’ai découvert peu à peu combien ton « moi » à toi est tellement beau, que j’ai commencé à prendre courage de regarder en face ce « moi » qui me faisait peur et à me laisser convaincre que moi aussi je dois être « aimable », moi aussi j’ai le droit d’aimer et d’être aimé. Avec cette passion désormais, jusqu’au dernier souffle que Dieu me donnera, de transmettre cette conviction et ce courage à tous ces gens que je rencontre chaque jour et qui sont encore tristes, qui n’ont pas encore trouvé le trésor.

    Ce trésor que je suis, et ce trésor que tu es. Car tu m’as aidé aussi à comprendre que c’est seulement ensemble, l’un plongé dans le ciel de l’autre, dans une parfaite réciprocité, que nous pouvons être de vrais trésors qui fassent respirer ce monde tellement malade autour de nous.

    Et c’est cela aussi qui est le plus beau, cette réciprocité qui n’est jamais ennuyeuse car elle nous surprend à chaque rencontre, cette surprise de découvrir et de redécouvrir sans cesse que je suis merveilleux parce que je suis unique, comme l’autre que tu es est merveilleux parce qu’il est unique. Mais c’est un unique qui grandit, progresse, s’épanouit chaque jour un peu plus, en acceptant d’accueillir et de se donner au « toi » de l’autre, comme des échos qui se répondent à l’infini sans jamais se lasser. Alors mon « moi » est toujours mon « moi », il ne pourra jamais devenir quelqu’un d’autre, mais il sera chaque jour plus empli de toi, un « toi » qui lui donne la lumière et qui la prend de moi, un toi qui me fait être comme toi, mais qui me fait être en même temps plus moi-même comme le miracle de la nature où jamais aucun être n’est complètement semblable à l’autre, mais en même temps si proche de l’autre, enrichi sans cesse du parfum et de la couleur de l’autre qu’il reproduit avec ses accents à lui toujours plus personnels et universels en même temps.

    Miracle de la nature et miracle de l’amour qui est le secret de la nature pour lequel nous sommes venus au monde. Alors merci encore d’avoir été là, spécialement dans les moments délicats, et merci d’être là encore aujourd’hui pour cette nouvelle étape. Et tu peux avoir la certitude que tout ce qui me restera à vivre sera pour plonger un peu plus encore dans ce mystère du « moi » et du « toi » qui est comme la musique de l’univers, ce lieu mystérieux où le beau, le bon et le bien s’entremêlent dans une symphonie à la fois présente et éternelle qui ne cesse de nous rassasier pour toujours !


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  • « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » (Mt 3,10)

    C’est encore Jean-Baptiste qui parle ici. N’oublions pas que pour Jésus, Jean-Baptiste est la plus grande personnalité du vieux monde de l’Ancien Testament, mais il n’est pas encore parvenu à la mentalité nouvelle du Dieu amour et miséricordieux que Jésus nous donne.

    Alors, cette phrase doit-elle nous faire peur ou au contraire nous encourager ? Je crois qu’il faut toujours prendre les phrases de l’Evangile dans le sens de cet amour de Jésus qui est justement ce « Dieu qui sauve ».

    L’Evangile nous parle parfois comme ces parents qui disent à leur enfant : « Attention, si tu traverses la rue tout seul, tu vas te faire écraser ! », par amour pour lui, pour le protéger.

    Vous voyez beaucoup d’arbres qui ne portent aucun fruit ? Oui, ça existe, mais ce n’est pas si fréquent que cela. Mais vous connaissez beaucoup d’hommes qui ne sont pas capables, une fois au moins dans leur journée, d’aider quelqu’un, d’esquisser un sourire, de faire un petit effort de patience ou de pardon ?

    Je crois que chaque homme, chaque femme porte du fruit, plus ou moins bon, plus ou moins mûr, au cours de sa journée. Vous imaginez quelqu’un qui veuille faire du mal, systématiquement, du matin au soir ? Ce que l’Evangile veut nous dire simplement c’est que tout ce qui va rester de nous à la fin de notre vie, ce seront les bons fruits que nous aurons produits, parfois spontanément, parfois avec un grand effort, ce n’est pas le comment qui compte, mais ce beau fruit qui va sortir de nous. Alors Jésus nous invite à nous concentrer sur ces fruits qui vont rester pour toujours et à ne pas trop nous préoccuper d’autre chose, de tout ce qui va finalement disparaître et être jeté au feu de l’oubli du passé !


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  • « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : ‘Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?’ » (Mt 3,7)

    C’est Jean Baptiste qui parle ici, avec ce ton si terrible. Et il ne s’adresse pas à n’importe qui, mais à la crème des personnalités religieuses de l’époque, ceux qui auraient dû être les plus proches de Dieu. L’Evangile est tout de suite une immense révolution, car il ne nous demande pas d’observer des pratiques religieuses mais de changer nos cœurs.

    Devant Dieu qui vient pour nous convertir, c’est-à-dire pour nous détourner de notre pauvre monde renfermé sur lui-même, il n’y a qu’un chemin tout simple : changer de vie totalement, écouter la voix de Dieu en nous et suivre ce Dieu, par la pensée, par le cœur, et par les actes. Tout doit se transformer en nous.

    Car on ne peut pas tricher avec Dieu. On ne peut pas faire semblant de se convertir. On ne peut pas s’en tirer par quelques pratiques extérieures qui n’engagent rien de notre personnalité profonde. C’est pour cela que l’Evangile est si dur contre ceux qui devraient être les plus proches de Dieu, mais qui suivent Dieu seulement dans les apparences extérieures.

    La vie qu’apporte le Christ est ouverte à tout le monde. Les païens, les pécheurs, les hommes faibles, les pauvres, les blessés, tous sont admirablement préparés à accueillir le message de Jésus, car ils sont assoiffés de cette eau vivifiante qui leur manque. La pire des catastrophes c’est quand on se sent tranquille, parce qu’on se croit déjà arrivé en Dieu et qu’on ne le cherche même plus, on ne sent même plus ce besoin de se convertir. Alors Dieu peut passer tout près de nous cinquante fois par jour, nous n’allons même pas remarquer sa présence et son appel et nous allons rester pour toujours dans notre coin, en pensant que Dieu va bientôt nous récompenser… Ce serait bien triste !


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  • « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche. » (Mt 3,2)

    Se convertir, cela veut dire tout simplement changer de route, de cap, de direction, prendre un autre chemin pour parvenir à notre but. Et le but est bien là, tout proche, le plus beau trésor qu’on puisse jamais imaginer : le royaume de Dieu est arrivé parmi nous, il est venu nous visiter. Car le royaume de Dieu n’est pas une réalité abstraite ou évanescente, il est même en chair et en os, car ce royaume des cieux vient de se faire homme en Jésus, il est descendu au milieu de nous et nous n’avons plus qu’à tendre la main pour le toucher, à ouvrir nos yeux pour le regarder, et nos oreilles pour l’écouter.

    C’est le plus grand miracle de l’histoire de l’humanité, le cadeau de Dieu à l’homme qui s’était perdu. Mais voilà le problème : l’homme est libre de rester perdu dans sa misère. Dieu ne veut pas nous obliger à l’accueillir, il propose simplement sa présence à qui désire en profiter, pour soi-même et pour tous ceux qui nous sont proches. Mais l’invitation est claire et finalement tellement facile à accepter quand on la comprend bien. Car on peut rater ce royaume des cieux une fois, deux fois, mille fois, toute une vie, et il sera toujours là à nous attendre. Quel amour et quelle divine patience tout de même ! Nous pouvons être indifférents, ou trop occupés à nos petites réalités personnelles, nous pouvons même refuser pendant longtemps cette invitation merveilleuse, mais Jésus sera toujours là, comme si de rien n’était, il ne va pas nous juger ou se fâcher si nous n’avons pas été attentifs. Pour lui les ouvriers de la dernière heure auront la même récompense que ceux de la première heure. Alors, un petit effort seulement, quand nous nous en souvenons. Ce matin est pu être tout noir et plein de problèmes, mais voilà que je me rappelle tout à coup qu’ « Il » est là : alors en cet instant même ma vie peut commencer à changer pour toujours. Comment imaginer un amour plus grand !

     


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  • Il est tellement important ce troisième chapitre de Matthieu, c’est déjà le début de la vie publique de Jésus. Comme nous l’avons déjà trouvé en Marc, Matthieu nous présente d’abord Jean Baptiste, le précurseur. Ce sont à peu près les mêmes images. « En ce jour-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : ‘Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.’ Jean est celui que désignait le prophète Isaïe : ‘A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.’ »

    Puis on retrouve la même description de Jean vêtu « de poils de chameau »… qui « se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. » « Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. »… « Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. »

    Mais il y a du nouveau en Matthieu : déjà la première apparition des pharisiens et des sadducéens ! La bataille commence tout de suite. « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : ‘Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n’allez pas dire à vous-mêmes : « Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »

    Et, un peu plus loin, Jean Baptiste va dire encore de Jésus : « Il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. » Paroles terribles, effrayantes, une description de Jésus qui pourrait choquer, mais c’est encore Jean Baptiste qui parle.

    L’apparition de Jésus est tellement différente au début, tellement simple et humble. Et, ici aussi, on trouve une nouveauté par rapport à Marc : le rapport entre Jean et Jésus. « Alors Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : ‘c’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi !’ Mais Jésus lui répondit : ‘Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.’ Alors Jean le laisse faire. »

    Et notre chapitre se termine, comme chez Marc, par l’évènement exceptionnel qui suit le baptême de Jésus : la première manifestation de la Trinité. « Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour.’ »

    Ce chapitre rapide est donc très clair. Peu de protagonistes : seulement Jean Baptiste et Jésus, puis toute la Trinité. En arrière-fond, on entrevoit les pharisiens et les sadducéens et toute la foule. Les principales nouveautés sont le langage terrible de Jean Baptiste contre ces personnalités tellement influentes de la religion juive : une bataille est en train de commencer, un drame qui finira avec la mise en croix de Jésus. Mais Jésus lui-même a une relation tellement surprenante avec l’humanité en laquelle il vient de s’incarner. Lui qui est Dieu, le Créateur, se présente comme la plus humble des créatures : il semble venir d’en bas et non pas d’en haut, comme on pourrait l’attendre du maître du monde. C’est aussi là une révolution totale qui est en train de se déclencher. Bataille et révolution sont déjà deux volets de notre aventure évangélique.

    Notre vision des quatre verbes (être, accueillir, donner ou se donner, et refuser) va nous aider déjà à y voir clair. L’être, c’est Jésus lui-même qui vient d’entrer au cœur de l’humanité, c’est le Royaume des cieux qu’il représente en personne, avec toute la Trinité, qui vient habiter parmi nous. Et cet être trinitaire qui se dénoue en deux mouvements incroyablement complémentaires et réciproques de l’accueil et du don, vient se donner à nous, se laisser accueillir parmi nous, tout en étant le premier à nous accueillir. Car Dieu en Jésus n’entre pas chez nous et en nous avec toute sa puissance, mais sur la pointe des pieds, il passe par le baptême de Jean qu’il accueille comme n’importe quel pécheur, alors qu’il ne devrait pas en avoir besoin. Ce Dieu est bien déroutant dès sa première apparition. Et c’est sans doute ce qui va pousser bien des gens, comme les pharisiens, à le refuser. Dieu respecte notre liberté : nous ne sommes pas obligés de l’accueillir et de nous donner à lui. Dieu respecte notre dignité d’hommes libres. Nous ne pourrons entrer dans la dynamique trinitaire, dans ce mouvement d’amour entre le Père et son Fils bien-aimé, que si nous le décidons en toute conscience et confiance. Quelle aventure fascinante Dieu nous propose, sans nous l’imposer ! Essayons de nous laisser faire, si nous le voulons, et nous allons bientôt découvrir où tout cela va nous mener.


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