• « La seule richesse qui peut apporter le bonheur est celle qu’on reçoit et qu’on est tout de suite prêt à partager, mais certainement pas celle qu’on croit posséder égoïstement pour soi. » C’est ce que j’ai écrit il y a quelques jours sur Facebook et on me demande de m’expliquer un peu. Car c’est bien évident que la mentalité courante considère que posséder des richesses est une source de bonheur…

    Nous savons bien que cette pauvre « mentalité courante » se trompe tellement souvent. Il n’y a qu’à penser aux préoccupations que provoque la richesse, la peur d’être volé, les jalousies, le fait que les gens sont vos amis parce qu’ils aiment votre argent, mais qu’il n’y a là souvent rien de sincère, et la liste des dangers de la richesse est bien facile à imaginer.

    Alors, c’est mieux d’être pauvre ? Ce serait ridicule de passer d’un extrême à l’autre. La pauvreté aussi est source d’angoisse et de préoccupations de toutes sortes. Pas d’issue à ce dilemme ? L’homme est condamné à être de toute façon malheureux ? Ce n’est certainement pas ce que je veux dire. Mais raisonnons un instant tout simplement.

    La richesse en soi est un bien. Et pas seulement la richesse matérielle. Il n’y a qu’à penser combien nous sommes riches de cette vie qui continue à couler dans notre corps, dans notre esprit ou notre cœur. Nous sommes aussi riches de volonté, de santé, d’énergie, d’intelligence, de culture, d’expérience, d’amitié ou d’amour. Et tout cela peut réellement nous apporter le bonheur.

    Mais à une condition : c’est de nous souvenir que tous ces types de richesses sont un cadeau que nous a fait la nature, ou que nous nous sommes nous même gagné à la sueur de notre front ou de notre intelligence, mais la richesse n’est jamais un but en soi, elle n’est qu’un moyen de créer des relations, de construire une société toujours plus harmonieuse. La richesse est un don que j’ai reçu pour le partager et développer des relations toujours plus belles entre les hommes.

    C’est donc la relation qui est importante et si telle ou telle richesse m’est enlevée, j’en trouverai toujours d’autres à partager, car ce sont mes relations avec les autres qui comptent et non pas par quelles richesses nous avons fortifié ces relations. Un pays en guerre fait cette expérience difficile et merveilleuse que les richesses détruites irrémédiablement peuvent être remplacées par une telle solidarité humaine que l’on parvient à créer des amitiés encore plus fortes quand tout va mal qu’en période de paix.

    Alors si l’autre que j’aime est le but de ma journée et de toute ma vie, je serai un moment malheureux si je perds une de mes richesses, mais je découvrirai bien vite que j’ai tellement d’autres richesses à donner, que je ne perdrai plus de temps à faite encore attendre ces amis qui ont besoin de moi. Mais si évidemment la richesse est devenue un but pour moi, pour me sentir important ou à l’abri des dangers, alors mon bonheur risque de disparaître au moindre accident avec tous les faux amis que je m’étais trouvés en route et qui iront chercher ailleurs d’autres illusions…


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  • J’ai peut-être répété déjà souvent que c’est triste de voir combien de gens, et nous-mêmes parfois au milieu d’eux, se plaignent de la vie parce qu’ils confondent la vie avec les circonstances de la vie. Et l’on entendra ainsi des personnes dire que la vie dans tel ou tel pays ne leur plait pas, que la vie à la ville ou à la campagne est pénible, que la vie devient lourde avec l’âge qui avance et ainsi de suite…

    Où se trouve le problème ? C’est que tout cela nous empêche de jouir de la vie qui coule dans nos veines, qui remplit nos poumons, qui passe par notre esprit, qui fait brûler notre cœur, qui nous pousse à sortir de nous et à nous jeter dans la bataille de l’humanité. Car c’est cela le cadeau immense que nous avons reçu à notre naissance et qui ne nous a plus quittés depuis…

    Même quand nous souffrons et que nous sommes malheureux nous sommes encore en vie et c’est cela le miracle de l’homme qui est à la fois plein de vie et de conscience de cette vie elle-même. Car l’homme n’est pas un arbre qui pousse, qui meurt et qui donne vie à d’autres arbres, mais sans jamais le savoir. L’homme est le trésor de l’univers. Ce n’est pas lui qui a créé la vie, mais c’est lui qui la reçoit et qui peut la donner ou qui peut la faire mourir s’il le veut.

    Si nous nous levions le matin simplement pour accueillir ces semences de vie qui vont passer entre nos mains et que nous pourrons semer si nous le voulons, tout le reste n’aurait plus grande importance. Quand nous avons commencé à comprendre ce secret, nos journées ont un autre parfum. Nos premières pensées au réveil vont être de commencer à programmer où, quand, comment et avec qui nous allons pouvoir semer la vie. Que nous soyons en pleine forme ou que nous soyons malades, que tout aille bien autour de nous ou que nous devions affronter des problèmes apparemment insolubles, nous avons toujours des semences de vie que nous pouvons distribuer autour de nous. Par un sourire, une parole bienveillante, un geste d’accueil, un conseil, un encouragement, un coup de main ou la participation à n’importe quelle activité qui se présente à nous au milieu de nos frères et sœurs en humanité. Tout passera et tombera en grande partie dans l’oubli, mais restera cette vie qui aura grandi en nous, par nous et autour de nous.

    L’amour ne sera plus alors un refuge pour nous protéger des épreuves de la vie, refuge illusoire et fragile car il nous isole sur nous-mêmes et nous blesse en nous faisant croire finalement que le bonheur est impossible. Aimer sera simplement écouter la vie, la recevoir et la partager tout au long de la journée, quels que soient les résultats, les effets apparents, car les échecs eux-mêmes font partie de la vie, la mort elle-même fera un jour pour nous partie de la vie et il n’y aura plus rien alors qui pourra nous arrêter…


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  • Je vais peut-être vous scandaliser aujourd’hui si je vous dis que certaines phrases de Mère Teresa me gênent ? Nous sommes dans la rubrique « Reflets du paradis », et nous voudrions tellement apprendre à connaître déjà au moins un peu ce paradis sur terre. Les exemples que nous avons de toutes sortes de saints nous découragent parfois au lieu de nous aider. Mais écoutons Mère Teresa :

    « De sang, je suis Albanaise,

    De citoyenneté, Indienne,

    De religion, catholique,

    Pour mission j’appartiens à tout le monde ;

    Mais mon cœur n’appartient qu’à Jésus. »

    J’ai déjà dit, à propos des béatitudes que je n’aimais pas beaucoup ces mots « appartenir » et « posséder » que l’on trouve si souvent encore dans notre culture chrétienne et qui ne me semblent pas très évangéliques. Car Dieu, à mon avis, n’est pas capable de posséder, on dit d’ailleurs que c’est le diable qui essaye de nous posséder. Dieu sait seulement aimer et donner sa vie et cela me dérange de dire alors que nous lui appartenons, s’il ne nous possède pas.

    Mais ce qui me gêne le plus c’est la fin de sa phrase : « Mon cœur n’appartient qu’à Jésus. » Je comprends bien que Mère Teresa, comme tous les saints, veut d’abord se donner toute entière à Jésus, son Dieu et son Amour. Mais pour nous, qui vivons dans le monde, pourquoi cette exclusion de tout ce qui n’est pas Jésus ? Car ce qui va sauver notre christianisme, à une époque où il est bien malade, c’est la redécouverte de l’Evangile qui nous dit que nous trouvons Jésus en nous bien sûr, dans sa parole, dans l’eucharistie, mais aussi en chaque homme et chaque femme que nous rencontrons sur le chemin de la vie, (et c’est bien d’ailleurs ce que Mère Teresa a fait pendant toute sa mission en Inde). Comme le dit si bien Chiara Lubich, nous sommes comme dans un grand jardin fleuri, où Dieu se trouve tellement présent en toutes les fleurs, qu’il n’est pas juste de le chercher seulement dans la fleur que nous sommes, alors que nous pouvons le trouver aussi au cœur de toutes les autres fleurs. La prière n’est pas un lieu de refuge pour nous unir à Dieu, en pensant qu’il est difficile de le trouver dans le monde. Ce serait bien mal comprendre l’Evangile. Notre union avec Dieu au fond de notre cœur est là pour nous pousser à le trouver aussi au cœur de nos frères et sœurs en humanité. Vivre déjà le paradis sur terre, c’est passer à chaque instant de la contemplation de Dieu en nous à celle de Dieu dans nos frères : nous sommes alors en communion avec Dieu tout au long de la journée, il n’y a plus de moments que nous consacrons à Dieu et d’autres où nous le quittons ou le mettons de côté. Et il n’y a plus non plus de moments où nous quittons nos frères pour être enfin avec Dieu, car avec nos frères nous étions déjà avec Dieu. Si l’on comprend cette vérité toute simple, c’est une véritable révolution spirituelle qui peut changer l’Eglise et le monde…


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  • « Un autre de ses disciples lui dit : ‘Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père.’ Jésus lui dit : ‘Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts.’ » (Mt 8,21-22)

    Ici encore, il faut bien faire attention à ne pas comprendre Jésus de travers. Il n’a jamais demandé de négliger notre famille et encore moins nos morts. Il n’y a qu’à voir l’amour qu’il avait pour Lazare quand celui-ci est mort et a été mis au tombeau… au point qu’il l’a ressuscité ! Et on sait bien aussi que nos morts sont en réalité, au ciel, encore bien plus vivants que nous sur la terre, et que notre belle relation avec eux ne cessera de s’embellir pour l’éternité !

    Certains commentaires de ce passage nous disent que Jésus voudrait simplement nous empêcher de prendre notre service à la famille naturelle comme un prétexte pour ne pas le suivre. Et là il nous demande de bien écouter la voix de Dieu en nous, qui est différente pour chacun…

    Mais je crois que Jésus veut surtout nous dire que le chemin avec Lui est un chemin de vie et que Dieu nous appelle chaque jour et à chaque instant à mettre toutes nos énergies et notre amour au service de cette vie à semer, à protéger, à construire, à développer, à partager. Notre passage sur terre est tellement bref que ce serait du gâchis de perdre notre temps à regarder ce qui ne va pas, à nous désespérer sur ce qui est déjà mort, à regretter nos échecs et les échecs des autres. La vie est pleine de morts continuelles, comme dans la nature, cela ne doit jamais nous étonner et nous choquer. Prenons acte de ce qui est mort et qui ne reviendra plus, mais pas pour nous plaindre, pour rester paralysés sur notre pauvre passé et prendre cela comme une belle excuse pour ne pas nous jeter dans la bataille de la vie.

    Chaque fois que nous nous plaignons de quelque chose ou de quelqu’un, c’est comme si nous nous arrêtions sur ce qui est mort, au lieu de nous plonger dans la vie qui nous attend. Cela ne veut pas dire que nous devons éviter de voir les problèmes. Nous devons être prêts à nous battre pour que tout ce qui est tordu se redresse, ce qui est négatif se transforme en positif, pour que les guerres soient remplacées par des combats pour la paix. La vie est aussi un affrontement courageux de chaque instant. Mais la vie est l’espoir et perdre notre temps à nous décourager à longueur de journée parce que nous avons perdu l’espoir, c’est nous plonger dans la mort au lieu de suivre cette vie de Jésus qui nous attend. Son message est assez clair pour chacun de nous, si nous avons seulement le désir de l’écouter de tout notre cœur.

     


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  • « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. » (Mt 8,20)

    Oui, c’est une phrase qui provoque, qu’on pourrait avoir beaucoup de mal à expliquer. Jésus veut-il nous demander des choses impossibles, inhumaines ? Jésus nous demande de ne jamais nous reposer ?

    Je crois qu’ici encore tout devient si simple quand on part de l’amour et surtout de l’Amour qui est Dieu lui-même. Jésus veut seulement nous dire que l’amour ne s’arrête jamais, il ne peut pas s’arrêter, il ne sait pas s’arrêter, sinon il ne serait plus l’amour.

    C’est que l’amour n’est pas une batterie qui se décharge, du courant électrique qui vient à manquer s’il n’est plus alimenté. L’amour est une énergie qui grandit en se donnant. Paroles impossibles à accepter qui feraient de nous des robots d’un autre monde ? Ce n’est pas cela que Jésus veut nous dire.

    Il ne faut pas confondre l’amour avec nos pauvres forces humaines, physiques ou mentales, qui doivent bien se reposer régulièrement pour ne pas exploser. Dieu ne nous demande pas de travailler sans arrêt, de faire des efforts sans arrêt, il nous demande d’aimer sans arrêt. Et si pour aimer je dois aussi dormir, prendre des vacances, éviter des activités qui me stressent, avoir l’humilité de renoncer à des actes de générosité qui me rendraient malade si j’allais au-delà de mes forces, alors je ne dois avoir aucun scrupule à changer de rythme, à me cacher un moment s’il le faut…

    Ce qui est important, c’est de garder toujours l’amour au fond de son cœur. Ne jamais dire : celui-là, je ne pourrai jamais l’aimer, mais dire seulement : je l’aime déjà mais je le lui montrerai concrètement quand ce sera le moment. L’amour ne perd jamais l’espoir, il croit toujours qu’une solution peut être possible aux problèmes les plus menaçants, mais il sait doser les efforts et attendre avec patience les suggestions de l’Esprit Saint pour aller de l’avant. Jésus lui-même s’est retiré dans le désert pour prier, mais il n’a jamais cessé d’aimer et si nous apprenons à nous brancher sur Lui chaque jour un peu plus, nous serons étonnés de voir combien notre amour grandit au milieu des difficultés et parfois grâce aux difficultés. Alors notre vie devient une aventure merveilleuse qui a déjà un goût de paradis sur terre !


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