• A la source de l'amour

    L’amour a deux visages, deux moments, deux dynamiques : aimer et être aimé. Les deux sont importants, terriblement importants et interdépendants, car ils s’équilibrent l’un l’autre.

    Mais tout a commencé bien sûr, pour chacun de nous, par l’« être aimé », le jour où notre mère nous a mis au monde. Cette vie, que nous n’avons pas demandée, nous a été donnée un jour comme une immense surprise, tellement forte qu’elle nous a comblés de bonheur et en même temps plus ou moins traumatisés.

    Mais le traumatisme a normalement été compensé par les marques d’amour incessantes de nos parents et de toute notre nouvelle famille. Nous nous sommes laissé faire, plus ou moins volontiers. Nous avons appris comme il est beau de recevoir l’amour des autres et même de la nature, de tout ce qui dans la nature peut nous offrir de la joie ou du plaisir. Une nourriture exquise, une musique agréable, la chaleur du soleil ou la fraîcheur d’une brise légère, l’harmonie des couleurs ou d’un beau paysage.

    Mais nous avons rapidement pris conscience que nous aussi nous pouvions donner à notre tour de l’amour à notre entourage et que plus nous répondions à notre maman pour commencer par nos propres baisers ou caresses et plus ces marques d’affection redoublaient à notre égard : premier apprentissage de la réciprocité, garantie de l’amour véritable.

    Jusqu’au jour où « l’autre », par fatigue ou manque de temps, par impatience ou pour une foule d’autres raisons, a commencé à diminuer tous ces signes d’attention envers nous. Et nous avons tout de suite expérimenté les premiers sentiments de solitude ou de jalousie. Nos réactions violentes ou nos caprices ont bien réussi par moments à ramener sur nous les préoccupations, mais nous avons dû nous y faire : la vie n’est pas toujours faite tout au long de la journée de la joie d’être aimé, c’est au moins ce qui nous semble au premier abord.

    Notre journée a donc été remplie peu à peu de longs moments d’ennui, mais aussi de milliers et de milliers de petites inventions pour chercher à droite et à gauche de nouvelles sources de joie ou de bonheur, dans un équilibre instable où égoïsme, responsabilité et générosité essayent de s’alterner.

    Ce qui est sûr c’est que la vie n’est pas facile. Elle se remplit peu à peu de difficultés, de problèmes, de peurs de toutes sortes, la peur surtout de ne plus jamais retrouver cet amour que notre mère avait déversé sur nous aux premières heures.

    Jusqu’au jour où l’on découvre qu’il est encore plus beau d’aimer que d’être aimé. Comment et pourquoi cela ? C’est une longue histoire dont nous parlerons un autre jour pour que notre article ne devienne pas trop long. Mais la découverte extraordinaire que nous faisons soudain un jour, ou peu à peu selon les personnes, c’est que cet amour que nous avons reçu au départ de l’extérieur se trouve maintenant au plus intime de nous-mêmes. Nous avons enfin découvert en nous la source de l’amour et plus n’est besoin d’aller la chercher désespérément comme on essaye d’attraper un papillon qui se dérobe toujours à nos attaques.

    A partir de ce moment-là, il ne nous manque plus rien jusqu’à la fin de nos jours. Et le plus beau c’est que nous allons rencontrer chaque jour de nouvelles personnes qui ont commencé comme nous à faire cette expérience sublime. L’amour est en moi, l’amour est en toi, nous pouvons le déverser au juste moment sur les autres dans cette merveille qu’est la réciprocité, mais même lorsque manque la réciprocité, il ne me manque plus rien parce que tout dépend désormais de moi-même. Tout ou presque, car nous ne sommes pas des robots d’amour, nous avons encore nos limites, nos fatigues, nos faiblesses, mais la leçon est claire pour toujours.

     

    Et je crois que c’est cela la véritable maturité de l’homme ou de la femme : se rendre compte un jour que la mère qui nous manque parce qu’elle n’a pas su nous combler, ou parce qu’elle est limitée comme chacun de nous, ou parce qu’elle nous a plus ou moins abandonnés, ou parce qu’elle semble partie pour toujours, cette « mère » est désormais en nous. Car chaque fois que nous donnons notre vie pour les autres, chaque fois que nous inventons la joie ou le bonheur des autres, nous avons par réaction en nous un bonheur infini : nous nous sommes branchés pour toujours sur la source de l’amour et celle-ci, si nous le voulons, jamais ne pourra mourir !


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