• A propos de Charlie

    Quand ont eu lieu les attentats de Paris, en particulier contre Charlie Hebdo, notre blog n’était pas encore lancé. Mais il n’est certainement pas trop tard pour essayer d’y répondre aujourd’hui. C’est sans doute d’ailleurs plus facile avec un peu de recul. Il n’en reste pas moins que je me suis senti obligé de m’exprimer là-dessus dans notre rubrique « Désorientés ».

    Comme beaucoup de gens en France et de par le monde, je suis encore bien désorienté devant tout ce qui s’est passé le mois dernier, pas seulement à cause de ces attentats horribles, mais aussi par un certain nombre de réactions qui les ont suivis. Qu’on passe sur les réactions guidées par la peur, la haine, l’ignorance qu’il est bien difficile de raisonner. Mais je voudrais retourner ici sur les réactions des gens qui devraient parler avec un esprit de responsabilité en sachant que tout ce qu’ils disent peut avoir des conséquences incalculables.

    Je voudrais revenir ici sur certaines déclarations de notre président de la République, François Hollande, qui m’ont vraiment désorienté. Aucune haine politique dans mes propos : ceux qui me connaissent savent bien que j’ai voté pour lui aux dernières élections présidentielles et que je le ferai encore si, d’ici là, la France n’a pas réussi à « inventer » de nouveaux candidats un peu plus à la hauteur de la situation. Mais la politique ne se base pas sur des rêves, elle doit partir des réalités que l’on a, même s’il n’est pas interdit de rêver...

    En tous cas, notre blog n’est pas un blog « politique », au moins dans le sens étroit du terme, dans le sens surtout d’une politique des partis, comme la politique est malheureusement devenue dans beaucoup de pays de notre planète, au lieu d’être une politique des valeurs ou des nobles causes. Ceci sera certainement le sujet d’articles futurs.

    Je voudrais reprendre les propos de François Hollande justement sur les valeurs : « La France, dit-il, a des principes, des valeurs » et « ces valeurs, c’est notamment la liberté d’expression. » Comment ne pas être d’accord ? Et avant de parler de la liberté d’expression, parlons de la liberté tout court. Cela vaut la peine de se battre pour la liberté, de donner même sa vie pour elle s’il en est besoin et l’on pourrait faire ici une longue liste de toutes les libertés qui sont essentielles pour construire une nation, une société.

    Mais ce qu’oublie ici Mr Hollande, c’est qu’aucune valeur n’est absolue en soi. Toute valeur prend son sens parce qu’elle en relation avec d’autres valeurs qui s’équilibrent mutuellement. Pour ne pas nous lancer ici dans un article de 10 pages qui découragerait le lecteur, je partirai simplement de notre « Liberté, Egalité, Fraternité », dont les Français sont si fiers. Quoi de plus beau que la liberté ! Quoi de plus beau que l’égalité ! Quoi de plus beau que la fraternité ! Oui, mais la liberté sans l’égalité, sans la justice de la fraternité, donne ce capitalisme sauvage où triomphe la loi de la jungle. L’égalité soi-disant absolue, sans la liberté ou la fraternité a donné le monstre du régime communiste soviétique, dont l’Europe n’est pas encore complètement guérie.

    Je voudrais ici prendre une comparaison qui parle un peu, comme on aime les faire au Moyen Orient. Quoi de plus beau qu’une belle fenêtre ouverte pour laisser passer la lumière du soleil! En arrivant pour la première fois au Liban, comme jeune coopérant, j’ai été frappé par ces appartements aux grandes baies vitrées qui nous manquent souvent en France. Cela s’explique évidemment par nos différences de climats. Mais imaginons qu’un architecte veuille soudain faire de ces fenêtres un absolu. C’est utile, agréable une belle baie vitrée dans un grand mur qui donne de la solidité à l’appartement, mais si l’architecte tout à coup voulait transformer l’appartement en un immense cube vitré où l’on n’aurait plus besoin de murs, que penserait-on de lui ?

    La liberté et ici la liberté d’expression sont certainement des valeurs à défendre de toutes nos forces, mais lorsqu’elles ne sont plus en harmonie avec la fraternité où vont-elles nous conduire ? L’humour, dit-on ? La liberté de rire et de critiquer ? Certainement. Je suis le premier à m’en servir chaque jour, à condition que l’humour commence par rire de soi-même, sinon il devient suspect. Et quand on a commencé à rire de soi-même, on peut aider son frère (par fraternité) à rire aussi de lui-même. On lui fera le plus grand bien, on l’aidera à corriger des défauts dont il ne s’était pas aperçu jusque là. Ainsi grandit l’amitié. Mais si mon frère ne sait même pas qu’il est mon frère, à quoi cela va-t-il servir que je me moque de lui ? Ne serait-ce pas mieux d’abord que je l’apprivoise et, lorsqu’il aura compris que je suis son frère et qu’il est le mien (les deux sont importants dans la réciprocité, ce n’est pas une lapalissade !), alors viendra le moment de rire ensemble de bon cœur de toutes nos bêtises.

    Mais si le résultat de notre « caprice » de vouloir défendre à tout prix notre liberté d’expression est qu’on tue des gens au Niger ou qu’on y brûle des églises, on peut au moins se demander si notre liberté d’expression sert à construire la société de demain ou bien à aggraver les conflits entre peuples, cultures et civilisations. Je crois qu’il faudrait se poser un peu plus de questions avant de continuer à se croire toujours tout permis parce que nos valeurs sont les meilleures. Elles sont sans doute les meilleures, mais, encore une fois, toutes ensemble en harmonie, pas chacune seule au détriment des autres.


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  • Commentaires

    1
    Bernard
    Vendredi 20 Février 2015 à 09:09

    Bonjour Roland,


     


    Merci pour ton envoi.


     


    Je viens de me limiter à lire ton blog à la rubrique "A propos de Charlie". Je partage bien des points de ton article. Merci d'avoir pris le temps de l'écrire. 


     


    Pour avoir travaillé durant mes 20 premières années professionnelles au services d'hommes politiques, je suis tenté d'apporter mon point de vue. Il rejoint le tiens. Pour ne pas me laisser aller à me limiter à "casser du sucre" sur nos hommes et femmes politiques, qui ne font plus de politique, mais se limitent à faire de l'électoralisme, je m'interroge sur que faire ? 


     


    Ils sont élus par nous, donc à l'image de la majorité d'entre nous qui participons aux élections. Le problème ne viendrait il pas de notre propension à vouloir tout tout de suite alors qu'une politique digne de ce nom doit être conçue à une échelle de temps au moins d'une génération, voire de plusieurs décennies ? Les médias sont eux-mêmes atteint de la même maladie : l'immédiateté. Et là encore, nous portons notre part individuelle de responsabilité en achetant journaux et regardons des émissions de télé qui ne voient pas très souvent au delà du "buzz" localisé au périmètre de son audience habituelle alors que comme tu le fais remarquer, les écrits et images diffusées peuvent avoir des répercussions (bénéfiques ou désastreuses) bien au-delà....!


     


    Aussi, je n'attends rien de constructif de la part des personnels politiques français.Ce ne sont pas eu qui "feront changer" ! Je crois davantage à un travail d'aide à la prise de conscience du plus grand nombre d'entre nous. Ton article y contribue. D'autres font de même. 


     


    Pour ma part, je crois davantage au bienfait d'un double travail : les actions et dispositifs de "solidarité de proximité" aptes à tisser du lien fraternel, et cette vigilance à rechercher chaque jour davantage à m'informer pour mieux comprendre les points de vue qui s'opposent et, tenter à mon échelle, de "tricoter ces différences" plutôt que de les opposer, voire les hisser au rang d'objet de conflit violent. Pas évident. Et là, notre conversion est souvent nécessaire. Nos points de vue  ont souvent besoin d'être revisités avec l'aide de l'Esprit Saint pour nous permettre de découvrir nos aveuglements et nos surdités personnelles, voire collectives.


     


    Pour illustrer ce travail de prise de conscience sur deux domaines différents mais concomitants, je t'adresse le doc attaché intitulé "Paradoxe de l'abondance en Afrique" et le lien 


     


    http://www.kaizen-magazine.com/faut-il-defiler-dans-la-rue-dimanche/


     


    en deuxième ou troisième page sur ce site, tu pourras lire un article d'un intellectuel musulman qui est très engagé et intéressant. Le tout avait été écrit AVANT la manifestation du 11 janvier suite aux attentats du 7 et 8 janvier à Paris.


     


     Fraternellement, et au plaisir de te revoir et d'échanger.


     


    Bernard


     


     


     


     

    2
    Vendredi 20 Février 2015 à 10:29

    Merci beaucoup, Bernard, pour ce commentaire tellement vrai et constructif: je te réponds personnellement par mail.

    Roland

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