• Aimer dans la douceur

    « Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! » (Mt 5,4)

    C’est encore une révolution, comme celle des pauvres de cœur, car tout semble dire dans notre société d’aujourd’hui, mais aussi dans celle de toujours, que pour parvenir à un résultat important dans la vie, il faut savoir s’imposer, être fort, dépasser les autres avec tous les moyens possibles…

    Mais venons-en à la « terre promise ». Chacun de nous se crée des rêves au cours de sa vie, des rêves plus ou moins grandioses ou réalisables, après lesquels il va se mettre à courir avec grand enthousiasme au départ et peut-être plus de scepticisme par la suite, mais qui vont toujours rester quelque part au fond de son cœur. Ce sont des rêves au niveau personnel, come ceux d’une carrière professionnelle merveilleuse, au niveau du bonheur des gens qu’on aime, au niveau de la famille ou même du pays qui nous a donné la vie… Ces rêves donnent un sens ultérieur à notre vie, nous font sortir de nous-mêmes et de notre routine, ils nous aident à avoir toujours de l’espoir que quelque chose va changer. Mais comme ils ne sont en général pas faciles à réaliser, l’agitation va bientôt remplacer l’espoir et surtout voilà que l’on se sent prêt à tout pour parvenir quand même au but tant désiré. On devient alors capable d’utiliser tous les moyens jusqu’à la force, la ruse, la violence, l’élimination progressive de tous les obstacles que l’on rencontre en cours de route, sans trop d’états d’âme. Et le résultat est que nos rêves deviennent de plus en plus inaccessibles et en même temps on se fait beaucoup d’ennemis dans cette bataille féroce de la jungle de la vie…

    C’est là que nos béatitudes vont nous faire retrouver la boussole perdue le long du chemin. Le jour où l’on comprend que ce Dieu tout puissant que l’on vient de découvrir « pauvre », est aussi un Dieu de douceur. Dieu qui a créé tout cet univers magnifique et qui nous a donné la vie, qui pourrait nous écraser en un clin d’œil, est un Dieu « doux », qui n’aime pas la violence, qui préfère même se laisser détruire par cette violence, comme il nous l’a montré en Jésus, plutôt que de l’utiliser lui-même. Mais pourquoi cela ? Simplement parce que la douceur est une loi de la nature. La douceur est l’eau bienfaisante qui ne fait pas de bruit, mais qui désaltère, qui repose, qui fait respirer, qui ravive de l’intérieur, qui attire et console, comme un baume qui vient panser les blessures et redonner de la vigueur là où tout était en train de se dessécher.

    La douceur se suffit même à elle-même tellement elle est belle à vivre : avoir une relation de douceur et de tendresse avec quelqu’un, comme nous l’avons expérimenté au départ avec notre maman, n’est-ce pas déjà goûter un peu de paradis ? La douceur est la vie de l’instant présent qui est heureux d’aimer aujourd’hui sans trop se préoccuper de ce qui se passera demain, car elle sait que Dieu « douceur » est là qui nous protège et qui nous amènera au but désiré tranquillement quand ce sera le bon moment. Et c’est alors que se produit le miracle. Nous voyons se réaliser un à un beaucoup de nos rêves, quand les temps ont mûri, comme un centuple à l’amour que nous avons essayé de donner autour de nous, jour après jour. Et si certains rêves ne se réalisent pas, c’est pour laisser la place à d’autres « terres promises » que nous n’imaginions même pas au départ. Alors voilà que nous goûtons des moments de béatitude immense, comme récompense à notre douceur qui a grandi en chemin, mais surtout nous nous trouvons au milieu d’une symphonie de relations merveilleuses avec tous les gens que nous côtoyons, car la douceur a créé en même temps l’harmonie, la confiance, l’unité, la réciprocité, et tout cela est déjà une autre « terre promise », avant-goût du paradis qui nous attend ensuite pour l’éternité !


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