• Arrêtons-nous!

    Oui, arrêtons-nous, si nous ne voulons pas que le Liban que nous aimons tant soit définitivement enterré, car c’est bien d’un enterrement qu’il s’agit aujourd’hui si nous continuons comme cela !

    Il est trois heures du matin et je ne parviens pas à dormir. Au milieu de toutes ces nouvelles qui n’en finissent pas d’être négatives, les unes après les autres, je vous avoue que ce qui m’a donné le coup de grâce, c’est cet article publié hier dans le journal qui disait : « Ils ont enterré la réconciliation. »

    Et c’est vraiment là qu’il faut s’arrêter. On a dit après l’explosion du port de Beyrouth que le Liban que nous avions connu jusqu’ici était mort. Mais, dans la culture de la résurrection à laquelle beaucoup d’entre nous croient encore, nous savons bien qu’un nouveau Liban peut toujours renaître de ses cendres. Il ne sera sans doute plus comme le Liban auquel nous étions attachés jusqu’à hier, mais si le peuple libanais vit encore ce sera tout de même le Liban et la vie peut toujours reprendre. Nous ne serions pas le seul pays dans l’histoire de l’humanité à être mort et ressuscité.

    Mais c’est ici qu’il faut s’arrêter, ne pas faire un pas de plus vers l’abîme. Et quand je dis « Arrêtons-nous » et non pas « Arrêtez-vous », c’est d’abord à moi que je le dis en premier. On ne peut plus vouloir construire le Liban et continuer à dénoncer la faute des autres sans regarder là où nous-mêmes devons encore tellement changer.

    Et pour cela je crois qu’il faut revenir à une véritable échelle des valeurs. Car ce qui a tué le Liban et qui pourrait maintenant l’empêcher de ressusciter, ce n’est pas d’abord la corruption, ni le mensonge, ni l’égoïsme personnel ou de groupe, ni l’avidité du pouvoir, ni tous les maux que nous connaissons bien et que chacun continue à longueur de journée à dénoncer chez les autres.

    Ce qui pourrait enterrer le Liban pour toujours c’est la haine, une haine tellement forte que la réconciliation devienne impossible. Quand nos deux partis ont failli l’autre jour en arriver à se battre, quand des armes ont resurgi avec les vieux démons de la guerre de 16 ans qui n’a pas encore fini de se cicatriser, imaginons ce qui serait arrivé s’il y avait eu un seul mort. Il y en aurait eu un autre le lendemain, puis deux, puis trois, et on n’aurait peut-être plus jamais arrêté cette nouvelle violence.

    Alors, ce matin, je me demande seulement à moi-même : si j’ai encore dans ma vie un problème ou un autre avec certaines personnes, quelle en est la véritable raison ? Ces personnes me font souffrir parce que je les aime et que je tiens de tout mon cœur à les aimer encore ? Ou bien j’ai quelque chose contre elles et je cherche à m’en débarrasser, à trouver des amis pour me convaincre que j’ai raison et que l’autre a tort, définitivement tort ?

    Alors, ce que je demande à mes amis libanais ce matin c’est une question de vie ou de mort. Si tu fais partie des Forces Libanaises, ou du CPL, ou de la « révolution », et si tu as encore des amis, de vrais amis, dans un autre bord, va, cours retrouver ces amis et jette-toi avec eux dans la bataille de la réconciliation. Ne pense pas que ce serait tellement plus simple si tes amis avaient tous les mêmes idées que toi. Remercie Dieu d’avoir encore des personnes que tu aimes de tout ton cœur et qui pensent autrement : cela va te faire souffrir mais c’est la seule chance de sauver encore la renaissance du Liban. Car s’il y a tout de même un mort ou deux ou trois dans quelques jours, toi et tes amis vous n’allez pas tomber dans le piège de la haine qui serait un suicide collectif pour toujours…


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