• Au bout de moi-même?

    Si vous êtes entré dans ce blog, vous allez certainement tomber sur cet article, ne serait-ce que pour suivre l’ordre alphabétique. Et vous allez vous demander ce que peut bien signifier ce titre et toute cette histoire. En fait il ne s’agit pas ici véritablement d’une histoire. Mais alors, qu’est-ce que c’est ? Un poème, une fable, un songe, une parabole ? Peut-être un peu de tout cela. Mais pourquoi vouloir à tout prix toujours tout classer par catégorie et mettre une étiquette sur tout ce qui tombe sous notre regard ?

    Ce qui est sûr, c’est que je sens en moi une réalité qui bout, qui m’attire et qui me dérange en même temps et qu’en essayant de l’exprimer je vais certainement mieux comprendre et mieux partager avec vous. Car je parierais presque que vous aussi vous devez ressentir à peu près la même chose.

    Le problème, c’est qu’on voudrait absolument être toujours soi-même, de plus en plus si c’était possible et, en même temps, on se sent tellement à l’étroit dans ce soi-même tout plein de limites dont on voudrait sortir. Il nous arrive souvent de tourner en rond dans ce dilemme sans trouver de solution.

    J’ai souvent été aidé, au cours de ma vie qui commence à être longue, par des comparaisons. Je sais bien que les comparaisons ont aussi leurs limites, il est impossible de les prendre à la lettre sans tomber dans des pièges, elles ne sont jamais complètement satisfaisantes. Essayons tout de même de voir où elles vont nous conduire cette fois-ci.

    Si je voulais comparer ce « moi-même » qui « m’attire et me dérange en même temps » avec une réalité de la nature, je dirais que je me sens comme une belle montagne. Quoi de plus beau qu’un sommet plus ou moins escarpé, pas trop à pic quand même, où il faut fournir un bel effort pour grimper jusqu’en haut, mais où la vue magnifique récompense ensuite de toutes les fatigues ? Serait-ce cela aller au bout de soi-même ? Ce ne serait pas une entreprise impossible. On y trouve un aspect fascinant, on se connait mieux, on découvre justement ses propres limites  lorsqu’on affronte les difficultés d’une montagne. On sort de cette aventure avec sans doute un peu plus de patience ou de courage, on désire recommencer au plus tôt. On ne se lasse jamais de parcourir ces sentiers qui semblent grimper jusqu’à l’infini. Pourtant on ne peut pas rester indéfiniment au sommet d’une montagne. Il faut bien redescendre chez soi dans la vallée et il reste alors l’impression de quelque chose d’inachevé.

    Si je ne suis donc pas vraiment une montagne, serais-je un arbre, un sapin qui se perd dans une forêt touffue sur les flans de cette même montagne, ou un bel arbre fruitier qui donne des fleurs parfumées au printemps et des fruits multicolores à la belle saison ? Je peux m’amuser à grimper là aussi en haut de l’arbre. J’y découvrirai toute une vie cachée, je verrai peut-être un écureuil s’échapper, un oiseau y nourrir ses petits. Un arbre est tout un univers qui protège du vent, de la lumière trop forte ou de la chaleur. Mais lorsque je serai au sommet de l’arbre, que j’aurai goûté un instant la vue magnifique qu’il m’offre sur les alentours, je devrai bien vite redescendre.

    Serais-je alors comme une maison ? C’est extraordinaire, une maison. On peut vivre des années dans la même maison. On ne se lasse pas d’ailleurs d’y faire des retouches continuelles, en changeant les meubles, les couleurs, les formes même. La maison est le lieu où l’on peut accueillir ceux qui nous sont les plus chers, le lieu des vraies rencontres qu’on n’oubliera jamais plus. Mais c’est pourtant vite fait d’aller « au bout » d’une maison, d’en voir les limites et, si on ne sort pas souvent, chaque jour au moins, de sa maison, elle risque de devenir une sorte de prison qui nous pèse plus qu’elle nous protège.

    En fin de compte je crois que la comparaison que je cherche serait plutôt celle de la terre, du globe terrestre pour être précis. Comparaison bizarre ? Sans doute ! Et si vous en trouvez une meilleure j’en serai content, même si je suis libre comme vous d’avoir ma personnalité et que nous ne sommes pas obligés d’être d’accord sur des comparaisons : il n’y a là rien de scientifique ou de dogmatique qui puisse être vérifié.

    Ce qui me plait et me fait réfléchir dans la comparaison avec le globe terrestre, c’est que celui-ci n’a, en quelque sorte, pas de limite. Je vois bien que vous allez tout de suite me dire le contraire. Et pourtant, si l’on imagine quelqu’un qui marche devant lui et qui ne s’arrête jamais, il pourra le faire sur la terre sans se sentir à l’étroit comme dans une montagne, dans une maison ou sur un arbre. Le problème c’est qu’on va rarement au bout de soi-même. Et là est pour moi la beauté de la comparaison. Lorsque j’ai décidé un jour d’aller au bout de moi-même, je vous avoue que j’ai eu peur. Combien de fois, d’ailleurs, je me suis arrêté en route et je suis même retourné en arrière. Je ne serais pas honnête si je disais que j’ai toujours eu le courage d’affronter mes limites : bien loin de là.

    Pourtant, chaque fois que j’ai vraiment fait quelques pas sérieux pour aller au bout de moi-même, j’ai fait des découvertes surprenantes. D’abord j’ai eu beaucoup de moments d’angoisse où je me sentais égaré. Il est plus facile de tourner en rond dans la petite personnalité apparemment tranquille que l’on a réussi à se construire au fil des ans. On peut s’y sentir à l’abri, capable de se défendre contre les attaques qui viennent de l’extérieur. Mais, en fin de compte, on n’est jamais satisfait. On sent bien que quelque chose nous manque, on passe sa vie à se plaindre des évènements et des personnes, on trouve que la vie est bien monotone et difficile.

    Mais imaginons maintenant que, sur mon globe terrestre, j’ai finalement le courage de marcher devant moi sans m’arrêter. Je vais vite rencontrer mes limites. Quelle que soit la direction que je prends, je vais me retrouver devant l’inconnu et un inconnu parfois effrayant qui me donnera la tentation de rebrousser chemin. Ce sera peut-être le pôle sud ou le pôle nord, les pays chauds autour de l’équateur, des océans en tempête ou des massifs montagneux infranchissables. Mais quel est cet « inconnu » qui m’attend dans ce voyage en avant ? Là est la surprise extraordinaire : cet « inconnu », c’est à la fois cet abîme profond au cœur de moi-même, fait de souvenirs inconscients, de désirs pressants ou de peurs inavouées, où je vais peu à peu apprendre à me sentir à l’aise, et c’est surtout « l’autre » dans sa diversité qui m’attire en même temps qu’elle m’effraie ou me dérange.

    Si j’accepte de continuer ma marche en avant je vais vraiment aller de découverte en découverte, je vais m’enrichir à la fois de tous les trésors cachés que je portais en moi-même sans en avoir conscience et des trésors immenses que « l’autre » peut partager avec moi dans la réciprocité si je suis capable de m’ouvrir à lui et de ne pas le faire fuir comme moi je fuyais autrefois devant lui...

    Et la surprise finale, c’est qu’un beau jour, à force de marcher toujours devant moi, je vais me retrouver au point de départ, je vais me retrouver moi-même. Et je serai étonné de voir que je suis toujours moi-même, mais encore plus qu’avant, car je suis transformé maintenant par toutes ces rencontres faites le long du chemin. Je ne m’arrêterai certainement pas très longtemps « chez moi », car j’aurai hâte de reprendre ce chemin où l’autre est lui aussi en quelque sorte une part de moi-même dont je ne peux plus me passer. Marcherai-je alors de nouveau dans la même direction ou bien prendrai-je une direction toute nouvelle pour explorer d’autres horizons inconnus ? Cela n’a pas d’importance, c’est une question de goût et, heureusement, nous ne sommes pas obligés d’avoir les mêmes goûts dans notre voyage.

    Excusez-moi si j’ai été un peu long, mais je voulais seulement vous dire pour finir que ce blog lui-même dans lequel je me suis lancé avec enthousiasme avec mes amis Sleiman et Ghassan, est lui aussi pour moi une sorte de voyage au bout de moi-même. Je sais qu’il s’agit d’un défi pour rencontrer de nouvelles personnes encore inconnues qui me manquent. Je sais que certains lecteurs seront contents de ce que j’écris car je tâche vraiment d’y mettre tout moi-même. Mais je suis encore plus intéressé par ceux qui vont me critiquer, m’aider à voir toutes les limites que j’ai encore et dont je ne suis probablement pas conscient. Car si je veux être un peu plus moi-même à la fin du voyage, je ne peux pas faire autrement que d’intégrer peu à peu tout ce qui me manque encore, dans les humbles limites, bien sûr, d’une vie qui s’arrêtera un jour sur cette terre mais qui aura pu être bien remplie.


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