• Encore une phrase, publiée sur les réseaux sociaux, qui m’a provoqué ce matin. Elle est de William Shakespeare, apparemment pleine de sagesse, au premier abord, mais c’est une phrase terrible si on la comprend mal, elle peut être source d’un malentendu presque mortel, mais voyez plutôt :

    « Je me sens toujours heureux, affirme le grand écrivain anglais, vous savez pourquoi ? Parce que je n’attends rien de personne… Les attentes font toujours mal. La vie est courte… Aimez votre vie… soyez heureux… Gardez le sourire… »

    Je sens qu’il y a un énorme piège dans ces mots. J’avais parlé récemment de l’attente dans mon article « S’attendre à tout… sans rien attendre » (publié le 15 mai dernier dans la rubrique « Au bout de soi-même »). Mais il s’agissait alors de la vie en général et du bonheur. Ici notre sujet est notre relation avec les autres, c’est lié au premier, mais c’est tout de même un autre angle de vue.

    J’ai peur qu’en prenant la phrase de Shakespeare à la lettre on ait envie de faire comme certains sages orientaux dont l’idéal est de se couper du reste du monde dans une sorte de refuge que l’on se ferait dans la nature ou en soi-même, où les autres n’existent plus et ne peuvent par conséquent plus gêner notre bonheur. Mais il y aurait là un énorme quiproquo !

    A moins d’avoir une vocation bien particulière, nous sommes faits pour vivre au milieu des hommes, c’est à la fois notre joie, notre souffrance et notre éternel défi !

    Alors où se trouvent notre problème et sa solution ? Je crois, ici aussi, que nous devons tout attendre de l’autre, de n’importe quel autre. Nous sommes venus gratuitement à la vie, pour découvrir que nous sommes tous un don les uns pour les autres. C’est l’amour des autres, et même leur manque d’amour parfois, qui ont forgé ma personnalité au cours des ans. Sans les autres je n’aurais jamais pu être moi-même, même si ensuite c’est bien moi qui ai dû harmoniser l’apport des autres et en faire, en toute liberté (au moins comme intention) ce que je suis au fond de moi-même, comme personne unique et inimitable.

    Quand je me lève le matin, je devrais m’attendre à une foule de rencontres qui vont être encore pleines de surprises pour moi. Ces surprises ne seront pas forcément toutes agréables, mais elles seront certainement enrichissantes. Et j’espère bien qu’elles seront le plus possible une source de joie et de bonheur pour moi, dans la réciprocité, avec ces personnes que je côtoie, en famille, au travail, dans mes cercles sociaux, partout. Je m’attends à ce que chaque relation ait un sens, me remplisse d’énergie nouvelle, m’aide à sortir de moi, me pousse à donner le meilleur de moi-même. Chaque relation vécue est un défi, une aventure qui se répète sans jamais se répéter et qui fait que la vie est tellement dynamique.

    Mais où alors se situe le problème ? Qu’est-ce qui fait que les autres me rendent parfois tellement malheureux ? C’est là que l’intuition de Shakespeare est géniale : c’est l’objet de mon attente qui ne va pas. J’ai rendu un service à quelqu’un et il ne m’a même pas dit merci. J’ai salué un collègue dans la rue et il ne m’a même pas répondu. Les autres voient bien que je souffre et personne ne vient m’aider. J’aime tellement cette personne mais elle ne répond jamais à mes attentes. Celui-ci m’a promis de me donner un coup de main, mais il a complètement oublié… On n’en finirait pas de dresser la liste de toutes les déceptions qui nous assaillent chaque jour.

    Notre problème c’est que nous attendons toujours de l’autre tel ou tel geste, telle ou telle parole, telle ou telle marque d’affection, à tel ou tel moment bien précis, sans penser que l’autre est différent de nous, les circonstances dans lesquelles il vit sont différentes, il n’est pas un robot entre les mains de mon amour possessif, c’est un homme libre ou une femme libre, qui saura bien me répondre un jour ou l’autre, mais selon son rythme et non pas le mien.

     

    Mon problème c’est que je ne suis pas le centre du monde, d’un monde qui devrait tourner autour de moi selon mes caprices. Non je suis seulement le morceau d’un puzzle immense qui s’appelle l’humanité, où je peux choisir d’être seulement et toujours positif, de toujours donner sans rien attendre et je serai surpris de voir combien les gens finissent par m’aimer, par rechercher ma compagnie ou ma présence, je serai submergé de marques d’affection d’une foule de gens desquels je ne me serais jamais rien attendu au départ. Et qu’importe si certains me déçoivent à tel ou tel moment. Tout ne s’arrête pas là, la vie est encore longue devant moi, mais il ne faut jamais la détourner pour mes pauvres attentes égoïstes, il faut continuer à la donner, et l’on est alors étonné de voir chaque jour combien de gens viennent construire avec nous ce grand puzzle de l’humanité dont le dessin se découvre peu à peu comme une immense surprise !  


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  • La vie de chacun d’entre nous est comme un long chemin vers la lumière, un chemin parsemé d’obstacles de toutes sortes qui donnent encore plus de force à cette lumière chaque fois qu’on y arrive. Mais si la lumière est souvent cachée par les difficultés qui s’accumulent, par les ombres qui nous enveloppent, elle disparait aussi, souvent, dans des tunnels plus ou moins longs et qui nous semblent interminables.

    Il faut se rappeler, quand on est au cœur du tunnel, que dans la vie il y a toujours des solutions. Sinon ce ne serait plus la vie, mais déjà la mort. Il y a toujours une sortie ou même plusieurs sorties du tunnel. Ou mieux encore, il existe la possibilité de transformer notre tunnel en un paradis miraculeux qui est, là aussi, un des secrets de la vie. Comme la force de ces handicapés dont le handicap ne pourra plus jamais guérir et qui sont parvenus tout de même au cœur d’un bonheur apparemment impossible à imaginer pour eux : et chacun de nous connait des exemples de ces miraculés qui rappellent à l’humanité le sens véritable de la vie et de la souffrance.

    Mais comment sortir du tunnel ? La première chose à faire est de se dire qu’on en sortira difficilement tout seul. Il faut se mettre en cordée pour parvenir à la lumière. Notre vie n’est pas faite pour se débrouiller chacun tout seul dans son coin, même si chacun doit bien sûr faire toute sa part, car l’autre ne peut pas non plus tout faire pour moi.

    Mais c’est tellement important d’être en cordée avec des amis, des frères ou des sœurs en humanité qui ont déjà un pied dans la lumière et qui peuvent guider nos pas… comme nous le ferons à notre tour lorsqu’ils seront, eux, dans le tunnel et nous dans la lumière ! Quelle responsabilité réciproque !

    Les moments de bonheur les plus intenses que j’ai connus au cours de ma vie, ont été lorsqu’un ange sur mon chemin m’a ouvert tout à coup la porte qui allait me faire sortir du tunnel, ou lorsque c’est moi qui ai pu à mon tour conduire quelqu’un vers une lumière qu’il n’arrivait même plus à imaginer.

     

    Mais attention seulement à ne pas tout gâcher au moment de sortir. On est parfois tellement impatient de sortir du noir qu’on sort n’importe comment en écrasant tout au passage, en s’écorchant aux parois du tunnel sans attendre sagement de faire tranquillement les derniers pas vers la délivrance. La patience et l’amour seront toujours les meilleurs ingrédients pour s’en sortir. Car il faut respecter le temps et l’espace qui semblent nous limiter mais qui sont finalement le cadre idéal pour que la lumière brille au bon moment et là où il faut, sans se disperser à nouveau !


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  • Je suis de plus en plus persuadé que c’est là une des plus belles clés pour le bonheur : s’attendre à tout… sans rien attendre !

    Vous allez me dire que je suis en train de jouer sur les mots ou qu’il y a là une contradiction dans les termes. Mais ce n’est pas vrai.

    Si l’on veut trouver le bonheur dans sa vie, il faut le chercher, il faut l’attendre. Il faut ouvrir chaque matin sa fenêtre, sa porte, son esprit et son cœur pour ne pas le rater quand il va se présenter.

    Car la pire des choses qui puisse m’arriver, c’est que le bonheur passe ici, à portée de main, et que je ne m’en rende même pas compte, que je ne le reconnaisse même pas. Je dois pour cela imaginer que le bonheur viendra sous les formes les plus inattendues. Je dois rêver au bonheur. Le rêve n’est pas une activité inutile ou stérile : c’est au contraire la manière la plus efficace de sortir de la routine quotidienne et de commencer à inventer des lendemains nouveaux.

    Et c’est ainsi que le bonheur va me surprendre, car il va se présenter dans la faiblesse, là où je l’attendais dans la force, ou bien dans le silence quand je l’imaginais dans le vacarme d’une foule en fête, ou bien exactement le contraire. Le bonheur est même capable de se revêtir de malheur à sa première apparition, un malheur qui cache le don d’une vie et l’émotion de partager, au milieu de la souffrance, ce qu’il y a de plus beau et de plus noble au cœur de l’homme. Le bonheur va se montrer sous les traits d’un nouvel ami aux talents insoupçonnés qui va changer notre vie. Et la liste ne finirait jamais.

    Mais ce qui va tout gâcher, c’est quand je vais commencer à me bloquer sur un de ces innombrables visages du bonheur et croire que c’est là son unique visage. Et je vais commencer à faire des caprices s’il ne se représente pas le lendemain sous le même visage. Et c’est alors que le bonheur va me quitter, car il ne sentira plus libre avec moi. Libre de me surprendre chaque jour avec une nouvelle symphonie.

     

    Ce qui empêche le bonheur de revenir, c’est qu’on est déçu lorsqu’il ne correspond plus à nos attentes. J’attends et je veux un bonheur rouge et voilà qu’il se présente en vert et que je me détourne de lui. Et c’est bien pour cela que l’on doit s’attendre à tout avec le bonheur… mais surtout ne pas l’enfermer dans tel ou tel aspect particulier tellement mesquin qu’il va finir par s’y dessécher. 


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  • L’amour a deux visages, deux moments, deux dynamiques : aimer et être aimé. Les deux sont importants, terriblement importants et interdépendants, car ils s’équilibrent l’un l’autre.

    Mais tout a commencé bien sûr, pour chacun de nous, par l’« être aimé », le jour où notre mère nous a mis au monde. Cette vie, que nous n’avons pas demandée, nous a été donnée un jour comme une immense surprise, tellement forte qu’elle nous a comblés de bonheur et en même temps plus ou moins traumatisés.

    Mais le traumatisme a normalement été compensé par les marques d’amour incessantes de nos parents et de toute notre nouvelle famille. Nous nous sommes laissé faire, plus ou moins volontiers. Nous avons appris comme il est beau de recevoir l’amour des autres et même de la nature, de tout ce qui dans la nature peut nous offrir de la joie ou du plaisir. Une nourriture exquise, une musique agréable, la chaleur du soleil ou la fraîcheur d’une brise légère, l’harmonie des couleurs ou d’un beau paysage.

    Mais nous avons rapidement pris conscience que nous aussi nous pouvions donner à notre tour de l’amour à notre entourage et que plus nous répondions à notre maman pour commencer par nos propres baisers ou caresses et plus ces marques d’affection redoublaient à notre égard : premier apprentissage de la réciprocité, garantie de l’amour véritable.

    Jusqu’au jour où « l’autre », par fatigue ou manque de temps, par impatience ou pour une foule d’autres raisons, a commencé à diminuer tous ces signes d’attention envers nous. Et nous avons tout de suite expérimenté les premiers sentiments de solitude ou de jalousie. Nos réactions violentes ou nos caprices ont bien réussi par moments à ramener sur nous les préoccupations, mais nous avons dû nous y faire : la vie n’est pas toujours faite tout au long de la journée de la joie d’être aimé, c’est au moins ce qui nous semble au premier abord.

    Notre journée a donc été remplie peu à peu de longs moments d’ennui, mais aussi de milliers et de milliers de petites inventions pour chercher à droite et à gauche de nouvelles sources de joie ou de bonheur, dans un équilibre instable où égoïsme, responsabilité et générosité essayent de s’alterner.

    Ce qui est sûr c’est que la vie n’est pas facile. Elle se remplit peu à peu de difficultés, de problèmes, de peurs de toutes sortes, la peur surtout de ne plus jamais retrouver cet amour que notre mère avait déversé sur nous aux premières heures.

    Jusqu’au jour où l’on découvre qu’il est encore plus beau d’aimer que d’être aimé. Comment et pourquoi cela ? C’est une longue histoire dont nous parlerons un autre jour pour que notre article ne devienne pas trop long. Mais la découverte extraordinaire que nous faisons soudain un jour, ou peu à peu selon les personnes, c’est que cet amour que nous avons reçu au départ de l’extérieur se trouve maintenant au plus intime de nous-mêmes. Nous avons enfin découvert en nous la source de l’amour et plus n’est besoin d’aller la chercher désespérément comme on essaye d’attraper un papillon qui se dérobe toujours à nos attaques.

    A partir de ce moment-là, il ne nous manque plus rien jusqu’à la fin de nos jours. Et le plus beau c’est que nous allons rencontrer chaque jour de nouvelles personnes qui ont commencé comme nous à faire cette expérience sublime. L’amour est en moi, l’amour est en toi, nous pouvons le déverser au juste moment sur les autres dans cette merveille qu’est la réciprocité, mais même lorsque manque la réciprocité, il ne me manque plus rien parce que tout dépend désormais de moi-même. Tout ou presque, car nous ne sommes pas des robots d’amour, nous avons encore nos limites, nos fatigues, nos faiblesses, mais la leçon est claire pour toujours.

     

    Et je crois que c’est cela la véritable maturité de l’homme ou de la femme : se rendre compte un jour que la mère qui nous manque parce qu’elle n’a pas su nous combler, ou parce qu’elle est limitée comme chacun de nous, ou parce qu’elle nous a plus ou moins abandonnés, ou parce qu’elle semble partie pour toujours, cette « mère » est désormais en nous. Car chaque fois que nous donnons notre vie pour les autres, chaque fois que nous inventons la joie ou le bonheur des autres, nous avons par réaction en nous un bonheur infini : nous nous sommes branchés pour toujours sur la source de l’amour et celle-ci, si nous le voulons, jamais ne pourra mourir !


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  • Quelle drôle de question, n’est-ce pas ? Je vais essayer de m’expliquer. Cela fait un peu de temps que suis convaincu que mon moi, mon véritable moi, n’existe pas encore. Je crois qu’il existera vraiment le jour de mon dernier soupir, où tout sera accompli.

    Mais alors, je ne suis pas moi-même en ce moment ? Si, certainement, je suis bien moi, dans le sens que je ne suis pas un autre, je suis unique, personne n’est comme moi. Mais je dois bien avouer que je suis encore souvent perdu, je sens bien que ce moi que je suis est en pleine recherche. Une recherche passionnante d’ailleurs. Car c’est cela le secret de la vie, construire à chaque instant un peu plus son moi, l’inventer et le découvrir en même temps. Car il y a une dimension de mon moi que je crée moi-même en quelque sorte, par ma volonté et ma liberté, mais il y a une autre dimension que je continue à recevoir de ma rencontre avec les autres et avec la vie.

    Mais tout ce qui s’est développé au long des années, au prix souvent de beaucoup d’efforts, de batailles, de conflits, n’est-ce pas cela qui compte et qui fait finalement ma personnalité ? Oui, en quelque sorte et c’est bien de pouvoir tout de même s’appuyer sur les certitudes que je me suis construites dans le passé. Mais l’erreur terrible que nous faisons tous, c’est de nous arrêter là, de croire que mon moi, c’est toute cette construction passée, sans doute pleine de positif, mais qui est déjà dépassée dans l’instant où j’écris en ce moment et où je m’adresse à vous.

    Un des grands problèmes de notre vie, un des grands malentendus, c’est de croire que mon moi est derrière moi. Je suis fier ou non de cette identité que je me suis faite au fil du temps et je veux l’imposer aux autres, la défendre si je me sens attaqué, et voilà que je reste coincé dans mon passé qui me conditionne. J’accuse les autres de me mettre des étiquettes, de me juger, mais c’est moi-même qui m’enferme dans cette image désormais anachronique que je me suis faite de moi.

    Et voilà que je suis rempli de peurs, parce que les expériences négatives de mon moi passé continuent à me conditionner et m’empêchent d’inventer un moi tout nouveau qui me ferait sortir de mes impasses. Ou bien je suis rempli de regrets et de tristesse pour tout ce qui n’a pas bien marché, comme si l’avenir ne devait jamais plus changer. Ou bien je suis bloqué dans une pauvre vision orgueilleuse de moi-même de laquelle je suis incapable de sortir et je deviens finalement la caricature de moi-même qui n’arrive plus à s’adapter aux changements de la vie.

     

    Non, tout mon moi passé est passé, il est bien derrière moi, même s’il continue à être utile à chaque instant, car il est tout de même le tremplin duquel je peux sauter maintenant dans l’instant présent. Mais ce qui compte désormais c’est ce moi que je peux construire aujourd’hui et qui peut m’apporter tellement de belles surprises. Alors toujours de l’avant dans cette belle aventure !


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