• Eh oui, c’est une question qu’on se pose souvent dans la vie. Surtout lorsqu’on se met à rêver à un monde meilleur, différent. Ah, si tout le monde pensait comme moi ! Si tout le monde était honnête (en espérant que je le suis vraiment moi-même) ! S’il n’y avait plus de corruption ni d’injustice ! Si les hommes savaient partager au moins un peu plus ! Si on m’écoutait !...

    Mais, voilà, chacun est libre de dire, de penser et de faire ce qu’il veut. Au moins théoriquement. Parce que souvent nous sommes entraînés sans même nous rendre compte dans des courants d’opinions qui réfléchissent pour nous et nous déforment même la conscience.

    Mais, en admettant que notre conscience soit toujours pure et intacte, nous sentons bien qu’il y a là un problème. C’est en fait le sens-même de toute notre vie qui est en jeu ici. Nous devons finalement accepter cette condition générale de tout homme : personne ne pourra jamais vraiment changer l’autre.

    Nous pouvons avoir de l’influence, positive ou négative sur les autres. Nous pouvons leur donner des conseils, les pousser plus ou moins violemment à agir de telle ou telle façon, nous pouvons les menacer ou, ce qui serait mieux, essayer de leur donner l’exemple. Mais, à la fin, ce sont eux qui feront leurs choix et qui décideront dans quelle direction marcher.

    C’est parfois difficile à accepter quand on pense à l’autre qui nous échappe en quelque sorte. Mais si nous renversons le problème, si nous pensons tout d’un coup que les autres pourraient penser ou décider pour nous, ne sentons-nous pas tout de suite en nous une immense rébellion ?

    C’est cela le secret de la vie, sa beauté et sa difficulté en même temps. Chacun est unique et libre, en principe, d’être lui-même. C’est notre différence avec les animaux et les choses. Nous avons un esprit, un cœur, une volonté, une conscience, un sens de la responsabilité et c’est cela qui fait la beauté de notre personnalité. A nous bien sûr de vivre tout cela en harmonie avec les autres plutôt qu’en conflit, si nous le pouvons. Mais, que nous soyons en harmonie ou en conflit avec les autres, moi seul je suis moi, en relation avec toi, vous, lui ou elle et eux. Et pour rien au monde je ne sacrifierais ce trésor.

     

    On pourra me prendre mon argent, ma maison, tous mes biens. On pourra me prendre ma vie, mais on ne pourra jamais prendre ce qui fait mon « moi ». Moi seul suis ce que je suis et moi seul je peux aller chaque jour un peu plus au bout ou au fond de moi-même. Ce n’est pas facile tous les jours de vivre ce défi qui nous secoue comme sur des montagnes russes, mais aurions-nous préféré n’avoir jamais existé ? A chacun de se poser la question… 


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  • Le rêve de tout homme et de toute femme en ce monde est sans aucun doute de parvenir à se construire une personnalité qui soit respectée, reconnue, et aimée si possible, par la société dans laquelle il ou elle se trouve. Facile à dire. Difficile à réaliser. C’est pour cela qu’on se cherche parfois désespérément un cercle d’intimes en famille ou avec quelques amis, où l’on se sente au moins en sécurité, en confiance, où l’on n’ait pas besoin de lutter à chaque instant pour se faire reconnaître une place au soleil.

    Mais je crois que, malheureusement, cette recherche de la personnalité est trop souvent un piège équivoque. Cela vient de notre formation en famille, à l’école, à l’université, dans nos lieux de travail et dans les réseaux sociaux. Trop souvent avoir de la personnalité veut dire savoir s’imposer aux autres, ne pas se laisser faire, comme si, pour obtenir cette place au soleil, il fallait mener une véritable lutte qui ferait plus penser à la loi de la jungle qu’à une vie sociale harmonieuse.

    Et comme les expériences difficiles ou négatives n’épargnent personne, dès notre plus tendre enfance, la peur devient souvent un élément de base qui conditionne cette recherche de notre personnalité. Peur d’être rejeté, mis de côté, traité injustement. On finit par penser que la méfiance est importante pour s’en sortir. On considère l’autre comme un adversaire plutôt qu’un frère ou une sœur, un adversaire contre lequel on doit être prêt à chaque instant à se défendre.

    Mais si on se laisse gagner par cette peur, consciente ou inconsciente, que va-t-il se passer ? Nous allons peu à peu construire notre personnalité comme une tour, la plus haute possible, qui nous protège des attaques de l’autre. Imaginons par exemple que, dans une discussion politique devant tout le monde, mon adversaire m’ait tourné en ridicule sans que j’aie su répondre. Je vais être fâché envers moi plus qu’envers mon adversaire du moment. Je vais tout faire pour qu’une telle situation ne se reproduise plus. Je vais ruminer dans ma tête un tas de pensées et de raisonnements que je pourrai jeter la prochaine fois à la tête de l’autre et ce sera lui qui deviendra, à son tour, ridicule : belle vengeance assurément !

    Le résultat de tout cela, c’est que la carapace étanche qui m’enveloppe deviendra chaque jour un peu plus épaisse. Personne n’osera plus m’attaquer, mais au-dedans de mes murailles je continuerai à me dessécher. Je serai peu à peu incapable de comprendre l’autre différent, d’accepter, d’écouter une expérience nouvelle qui pourrait m’enrichir. Pauvre personnalité qui restera pour toujours coincée dans la prison que je me serai moi-même procurée. Tout cela est la caricature d’un blog, évidemment, mais c’est pour me faire comprendre.

    Si l’on poursuit notre caricature dans le sens opposé, je peux décider un jour ou l’autre de casser ces murailles qui m’empêchent de m’approcher de l’autre et chercher avec chacun l’amitié, la compréhension, le partage. Je n’aurai plus peur, parce que ce sera mon cercle d’amis ou de famille qui me protégera, car je serai aimé et respecté de tout le monde. Je ne serai pas préoccupé d’être reconnu, parce que tout mon temps sera occupé à reconnaître les autres, à les aider eux aussi à être eux-mêmes, comme moi j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont aidé à être moi-même.

     

    Les deux visions extrêmes ne sont pas vraiment réelles, direz-vous. La vérité est probablement dans un équilibre entre les deux ? Oui, d’une certaine manière. Mais je crois qu’il faut lutter toute sa vie de toutes ses forces pour ne pas tomber dans le piège d’avoir quelque chose à défendre. Je n’ai ni à me défendre, ni à me justifier de ce que je fais et de ce que je suis. Je suis, comme tout être humain, à la recherche de relations harmonieuses avec mes compagnons de voyage sur cette terre. La vie est brève. Si avec certaines personnes la relation est vraiment trop difficile, commençons par ceux avec qui je peux me comprendre plus facilement, mais pas pour en rester là dans un pauvre petit cercle fermé. Au contraire pour élargir peu à peu mon et notre cercle sur tous ceux que je rencontrerai en chemin et qui sont avides comme moi de trouver un monde où se rencontrer veut dire s’ouvrir, se faire respirer chaque jour un peu plus les uns les autres, avec un regard sur des horizons toujours plus larges, qui vaillent vraiment la peine de vivre. Alors sortons ensemble et nous ne serons pas déçus !


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  • Chacun de nous pense certainement bien se connaître soi-même. Et quand nous recevons des critiques sur notre manière d’agir ou des conseils pour changer nos attitudes, nous pensons souvent au fond de nous-mêmes : « Mais comment se permet-il de me parler ainsi ? Est-ce qu’il sait ce que je vis ? Est-ce qu’il a les éléments pour me juger de l’intérieur ? » Il y a une part de vérité dans tout cela. Mais une part seulement. Parce que la vérité, c’est que nous-mêmes nous ne nous connaissons pas vraiment : nous ne connaissons de nous-mêmes que le passé, ce que nous avons vécu jusqu’à hier ou jusqu’à ce matin. Et nous oublions que tout cela est en quelque sorte dépassé. Car mon véritable moi-même c’est maintenant que je vais le créer, l’inventer de nouveau en découvrant ce que me réserve l’instant présent unique que je suis en train de vivre.

    N’avez-vous pas noté souvent que la plupart de nos peurs viennent justement du passé ? J’ai peur de rencontrer aujourd’hui une personne avec laquelle j’ai eu il y a quelque temps un gros problème. Mais je n’ai pas peur de rencontrer soudain une personne que je n’ai jamais vue et qui va peut-être m’ouvrir sur de nouveaux horizons. J’ai peur de recommencer une expérience qui m’a fait beaucoup souffrir l’année dernière, mais je suis passionné à l’idée de faire un voyage dans un pays que je n’ai jamais vu. Preuve que le passé est souvent bien lourd à porter. Voilà que ces moments difficiles que j’ai vécus autrefois sont en train de me paralyser, de m’empêcher d’aller tranquillement sur mon chemin, alors que j’aurais tellement à y trouver de nouveauté positive.

    Pourquoi ne savons-nous pas écouter le plus souvent, ou n’avons-nous pas envie de le faire ? C’est encore parce que nous croyons tout savoir sur les gens et les choses à travers ce qui s’est passé auparavant avec eux. Si nous pensions justement que l’autre a peut-être en ce moment quelque chose de très intéressant et de nouveau à nous dire, que chaque instant qui s’ouvre devant nous peut être le début d’une aventure surprenante, d’un espoir impensable quelques minutes avant, d’une découverte insoupçonnée, combien nous changerions d’attitude au cours de la journée et nous serions beaucoup plus attentifs à tout ce qui nous arrive ! Car ce qui nous arrive en ce moment ressemble peut-être à ce qui nous est arrivé hier, mais ce n’est jamais exactement la même chose, comme une chanson que nous avons entendue mille fois et qui aura aujourd’hui un ton encore plus beau, comme la couleur du vert de la nature qui n’est jamais tout à fait la même.

    Pourquoi parlons-nous si souvent de routine ou d’ennui ? C’est encore parce que nous continuons à comparer aujourd’hui à hier, écrasés par l’ennui du passé que nous essayons de fuir, que nous ne voulons pas voir se répéter une fois de plus parce qu’il nous dérange. Insensés que nous sommes ! Mais pourquoi fuir une réalité qui déjà n’existe plus, comme on fuit un fantôme qui se trouve seulement dans notre imagination ? Si nous nous sentons ennuyés le plus souvent par la routine, c’est que nous vivons comme un condamné qui va au travail le matin et qui retourne en famille le soir, sûr que tout va recommencer aujourd’hui comme hier, et qui n’est même pas capable de remarquer que son voisin a ce matin un sourire différent, que son collègue a besoin d’aide, que ses enfants ont inventé un nouveau jeu.

    Oui, c’est cela la vérité : si nous voulons aller au bout de nous-mêmes, nous ne pouvons plus rester enfermés dans un nous-mêmes qui n’existe plus, mais nous devons accepter de faire ce saut dans l’inconnu qui va nous faire découvrir justement avec enthousiasme qui nous sommes en ce moment de notre vie. La vie est belle parce qu’elle est toujours nouvelle, mais il faut accepter de se laisser émerveiller. Notre paresse éternelle serait beaucoup plus tranquille si tout était chaque jour comme avant. Mais le sens de la vie, c’est justement de faire à chaque instant un saut ou un pas dans l’inconnu, si nous tenons à connaître cet « inconnu ». Ce n’est qu’en sortant de nous que nous pouvons devenir ce « nous-mêmes » qui nous attend et qui a besoin de toute notre attention pour se réaliser.

     

    Je sais bien que, dans tout cela, j’exagère. Un article de blog est toujours quelque part une sorte de caricature rapide. Je sais bien que ce nouveau moi que je suis en train de découvrir ne peut exister que grâce à l’abondance de la richesse de mon passé qui va lui servir de base et de tremplin pour pouvoir sauter encore un peu plus loin. Ce sera l’équilibre entre ces deux réalités qui va créer peu à peu notre nouvelle personnalité. Il nous faudra en fin de compte savoir toujours accepter à la fois notre passé et notre présent, ne pas déformer l’un à cause de l’autre et avancer ainsi en toute liberté sur le rayon unique de notre vie qui continue à chaque instant à se refermer pour mieux s’ouvrir.


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  • Je voudrais reprendre ici quelques lignes de notre article d’il y a quelques jours sur les « reflets du paradis de Lao Tseu ».

    « Chaque vague sait qu'elle est la mer. Ce qui la défait ne la dérange pas car ce qui la brise la recrée. », nous disait ce vieux sage chinois. Combien cette réalité est réconfortante devant la mort !

    « Et voilà justement les vagues de la mer », disions-nous. « Quand j’apprends à être l’autre pour être encore plus moi-même, voilà que tout ce qui arrive à l’autre me touche, m’ébranle et me réjouit en même temps. Car j’apprends peu à peu que je suis toute l’humanité et toute l’humanité, c’est moi ; chacun de mes frères ou de mes sœurs, c’est moi aussi d’une certaine manière. Ainsi je ne meurs jamais, je ne perds jamais rien, car ce qui sort de moi pour aller en l’autre et l’enrichir, c’est une partie de moi qui continue à vivre dans l’autre pour l’éternité. Quelle vision immense et apaisante, encourageante et bienfaisante ! » 

    Ces derniers jours, nos amis Sleiman et Rima ont accompagné à sa dernière demeure leur maman bien-aimée, Hélène, 50 jours à peine après le départ de leur papa, Fouad.

    C’est toujours un moment particulièrement difficile à vivre. Surtout tous les deux, l’un à la suite de l’autre, en si peu de temps. Et pourtant, en contemplant ces jours-ci la vie qui jaillissait tellement abondante de nos deux amis, même au milieu de la douleur, je ne pouvais pas m’empêcher de penser combien Fouad et Hélène sont vivants eux aussi et présents avec nous pour toujours.

    Notre société moderne est malade d’individualisme mal compris. L’importance et la valeur de l’individu sont une réalité indéniable, mais pourquoi séparer ou opposer ces « individus » tellement « importants » les uns aux autres ? Ne voyons-nous pas que ce qui est unique en chacun de nous, n’est pas comme une pièce complètement indépendante des autres et qui n’aurait rien à voir avec elles ? Nous ne sommes pas uniques parce que nous sommes séparés des autres, mais au contraire parce que nous sommes une synthèse unique de toutes nos rencontres avec ces autres. Depuis la rencontre avec nos parents qui nous ont donné la vie, cette vie qu’ils ont reçue déjà de nos ancêtres présents en nous sans que nous y pensions, jusqu’à la rencontre avec toutes les personnes qui nous ont marqués, par leur amour, leur amitié, leur collaboration, leur contestation même, toute la richesse qu’elles nous ont donnée, consciemment ou inconsciemment, nous avons peu à peu formé notre personnalité si attachante.

    Car chacun de nous est attachant, non pas parce qu’il est le contraire des autres, mais parce qu’il est tellement semblable aux autres et pourtant tellement différent : c’est cela le miracle de la vie humaine et de la vie tout court de la nature, mais avec évidemment en l’homme toute une dimension tellement plus complexe, tellement plus fascinante ! Lorsque nous nous « défaisons » pour perdre quelque chose de nous en le donnant aux autres, lorsque nous entrons dans la vie et la personnalité de l’autre,  non seulement nous ne nous perdons pas en réalité, mais au contraire nous nous perpétuons pour toujours, exactement comme la substance de cette vague qui s’est apparemment dissoute dans la mer, mais qui apparaît en fait quelques mètres plus loin, sous une autre forme, mais avec la même substance. C’est cela la beauté de l’humanité ! 

     

     


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  • Il faut avouer que nous sommes un peu bizarres, nous les hommes. Et quand je dis les hommes, je veux dire ici les humains en général, parce qu’il n’y a pas une grande différence entre hommes et femmes à propos de notre sujet. Même si c’est vrai que parfois les femmes sont quand même plus courageuses que nous.

    Mais où y a-t-il  quelque chose qui ne va pas? C’est  que nous passons le plus clair de notre temps à éviter ou fuir carrément les difficultés, les problèmes, tout ce qui peut déranger le train-train de notre vie de tous les jours. Et en même temps nous voudrions chaque jour être un peu plus nous-mêmes, nous affirmer, affirmer notre personnalité, comprendre un peu mieux ce que nous voulons et ce que nous cherchons.

    Et nous ne voyons pas que c’est justement au milieu des difficultés et des problèmes que notre personnalité se dévoile le mieux, que nous découvrons en nous des capacités et des ressources insoupçonnées. On nous a chassés du travail et voilà que nous inventons une nouvelle occupation, bien meilleure que la précédente, qui va transformer notre vie. Une maladie grave vient bouleverser tous nos programmes, nous en sortons vainqueurs et la vie nous apparaît soudain beaucoup plus passionnante. Combien de défis sont des tremplins pour sauter un peu plus loin et un peu plus fort.

    Les difficultés et les problèmes sont souvent des épreuves de vérité, des révélateurs de ce qui existe en nous de plus beau et de plus profond. Bien sûr, toutes les difficultés et les problèmes n’ont pas forcément une issue positive. Parfois la situation semble se dégrader de pire en pire et nous écrase au lieu de nous aider à être nous-mêmes. Mais c’est encore une nouvelle épreuve de vérité qui finalement nous permettra d’ouvrir encore de nouveaux horizons devant nous, qui nous fera connaître souvent de nouveaux amis, ou qui rendra bien plus forts les liens d’amitié qui étaient déjà les nôtres. Si on regarde bien, il y a toujours des aspects positifs aux difficultés et aux problèmes. Demandez à un artiste ou à un sportif si ce n’est pas là qu’il s’exprime le mieux.

     

    Alors que faire ? Aller chercher les difficultés et les problèmes par plaisir ? Certainement pas, ce serait contre nature. Il faut être simple dans la vie. Il suffit de prendre ces difficultés et ces problèmes quand ils arrivent, comme ils arrivent, en les « accueillant » le mieux possible. Mais tout cela si nous pensons seulement à nous-mêmes. En réalité, si aujourd’hui aucune difficulté ou aucun problème ne vient me déranger personnellement, je verrai bien vite, en étant un tout petit peu attentif, que ce sont peut-être aujourd’hui mes amis qui sont en difficulté et qui ont besoin de moi. Il y a toujours des problèmes à résoudre dans l’humanité qui nous entoure. Et ce sera là l’occasion de vivre toujours plus de solidarité. Et c’est aussi là que nous nous ferons sans doute les amis les plus chers, les plus fidèles, car il n’y a rien de plus fort pour nous unir que la souffrance partagée.


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