• Batailles

    La vie est loin d'être une promenade tranquille. Chaque jour nous devons nous battre. Mais quels sens ont ces batailles? Contre qui et contre quoi nous battons-nous? Ou bien peut-être pour qui et pour quoi?

  • [Interview de Riccardo Petrella, politologue et économiste italien, professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain en Belgique, qui dit des choses sur lesquelles on ferait bien de réfléchir ! Vous pouvez trouver cette interview et d’autres encore en cherchant « Riccardo Petrella sur Youtube]

    « Nous (les Européens), nous sommes riches parce que nous sommes en train d’envahir l’Afrique de nouveau, l’Amérique latine et l’Asie. Nous sommes nous les responsables de ces millions de morts. C’est nous qui disons : ‘Tu peux avoir accès à l’eau seulement si tu la paies, je t’amènerai de l’eau si je suis rentable en Afrique.’ C’est nous, ce n’est pas eux. Eux, ils étaient capables de le faire en communauté.

    Et donc, à l’heure actuelle, il faut se dire que les guerres qu’on est en train de faire, c’est quoi ? C’est parce qu’ils nous ont attaqués ? Qui ? Quand Sarkozy a bombardé la Libye, aucun Libyen n’avait attaqué la France, la France n’avait été bombardée par personne. Et quand les Américains ont bombardé Bagdad ou l’Irak, parce que c’était l’ennemi, le mal… tous ces millions qui sont morts. Et tous ces millions de réfugiés syriens, irakiens, etc. c’est eux qui l’ont voulu ?

    Et nous, après, on a le courage de dire : ‘Je vais t’aider à rentrer chez toi.’ Alors qu’on a créé les conditions pour qu’ils doivent fuir. Et cette Europe qui donne hypocritement 6 milliards à la Turquie, 2 milliards aux Libyens pour pouvoir retenir les gens qui viennent d’Afrique où on est en train d’alimenter les guerres… Mais il faut arrêter de raconter des balivernes, ici ! Il faut arrêter !

    La guerre ne se fait plus parce qu’on tue l’ennemi. La guerre est devenue grâce à la technologie (elle l’était déjà aussi avant), mais elle est devenue une activité économique la plus rentable après l’industrie pharmaceutique et l’industrie informatique. On fait la guerre parce que c’est rentable. Et malheureusement, si nous ne changeons pas nos dirigeants et nous-mêmes, pas dans le sens individuel, mais le système de valeurs fondamentales (la sécurité nationale qui explique la guerre, la souveraineté nationale, l’appropriation privée du vivant, etc.), avec tout ça on fera la guerre.

    On fera la guerre pourquoi ? Parce que cela deviendra une activité de plus en plus rentable. D’ici quelques années, si vous éliminez la guerre, le PIB mondial chutera. D’après le système dominant ! Il ne chutera pas si on est dans un autre système. Au contraire la disparition de la guerre sera une source de richesses. Mais c’est pour cela que les dominants, à l’heure actuelle ne veulent pas réduire les armements, ne veulent pas réduire les occasions de guerre.

    Parce qu’imaginez-vous la France sans la guerre, qu’est-ce que ça serait comme économie ? Imaginez-vous les Etats-Unis sans la guerre : ils deviendraient pauvres, des économies pauvres. Donc, aujourd’hui, on est rentré dans une phase où on fait la guerre parce que c’est rentable. Et vous n’aurez aucun dirigeant actuel du monde qui arrêtera la guerre. Parce qu’il sera crucifié. Parce qu’il sera lapidé. Parce qu’il va contre la logique : la guerre fait augmenter le PIB mondial, la guerre permet la croissance économique. Et on suppose que, si on fait la guerre, on augmente la production d’emplois chez nous. Non ? … »


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  • Vous avez bien dû lire récemment que la France est devenue le troisième exportateur d’armes au monde : c’est presque la même chose qu’il y a deux ans, lorsque nous étions le deuxième vendeur d’armes sur la planète. Pour un pays qui est seulement le 20e au classement des populations, il y a là un exploit assez extraordinaire ! Vraiment, j’ai de plus en plus honte d’être Français, au moins par moments.

    Honte d’un pays tout fier de trouver dans la vente de ses armes une source de richesse et un remède au chômage … en profitant de la mort des autres !

    Car c’est tout de même de cela qu’il s’agit !!

    Nous ne pouvons pas continuer à être fiers de notre diplomatie qui prend si souvent des initiatives de pourparlers de paix dans le monde et continuer à déverser ces instruments de mort dans les endroits les plus fragiles de notre planète… bien loin de chez nous en général, pour ne pas avoir tous ces morts sur notre conscience.

    Si le blanc est blanc et le noir est noir, on ne peut pas continuer de cette façon à camoufler la vérité. Et avec quels raisonnements, s’il vous plaît ? En faisant croire au peuple français que nos armes sont propres et en de bonnes mains, et que c’est tout de même mieux d’être nous-mêmes des marchands d’armes, nous qui sommes « les bons », plutôt que de laisser « les mauvais » s’emparer de ce marché et précipiter l’humanité en enfer ?

    Mais cet enfer, ces populations le vivent déjà. Et l’on s’étonne ensuite qu’ils viennent se déverser sur toute l’Europe pour échapper à la guerre, et on refuse même le plus souvent de les accueillir.

    Savez-vous que les trois quarts au moins des conflits qui se développent actuellement dans le monde auraient pu être évités par un peu de bonne volonté et de dialogue… mais qu’aurait-on fait alors de notre production d’armement ?

    La vérité est toute simple, si on est capable de la regarder en face. Mais quand le fera-t-on ? Quand les pays du Tiers Monde nous auront envahis définitivement parce qu’ils n’auront plus d’autre solution ?


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  • Il y a quelques jours, j’avais publié de nouveau une phrase du Dalaï Lama qui disait : « Chacun a la responsabilité de faire croître la paix en lui afin que la paix devienne générale. »

    Ce à quoi un de mes lecteurs a commenté : « Moi, je pense que la paix est à obtenir à propos de chaque sujet dans une société par le vote. Si la majorité veut la guerre, tu es obligé de suivre si avant tu n’arrives pas à convaincre. Car la paix peut-être un mal (cf Chamberlain et Hitler !!) »

    Je voudrais tout de même répondre clairement à ce genre de réflexion qu’on entend tellement souvent : nous devons appeler les choses par leur nom. La guerre est un mal en soi, quelle que soit sa raison ou son but, car la guerre tue et elle est donc un crime, au moins comme intention, comme moyen, comme objectif et comme réalisation effective.

    Tandis que la paix est un bien en soi, car elle est a comme but l’harmonie entre tous les hommes qui ont réalisé ensemble cette paix.

    Je ne parle pas ici de la responsabilité morale de chaque personne. Si mes chefs me mettent un fusil entre les mains et m’ordonnent de tirer sur l’ennemi, sinon je serai fusillé, il est bien évident que je n’ai pas une grande responsabilité morale pour le crime que je suis en train de commettre.

    De même qu’il y a des paix qui ne sont que des comédies de paix. Mais une vraie paix en soi ne peut jamais être un mal. Elle sera un mal si elle n’est pas sincère, si c’est une fausse paix qui se manifeste en fin de compte comme une ruse pour endormir la vigilance de l’ennemi. Dans le cas de Hitler et Chamberlain, il est clair qu’Hitler n’était pas sincère : c’est lui qui incarnait le mal. Cela ne veut pas dire que la paix en soi peut être un mal : elle ne le sera jamais !

    Ensuite, la paix ne se construit pas d’abord par des votes. Un vote se fait en quelques secondes une fois tous les deux ou trois ans. Tandis que la paix se construit toute la journée du matin au soir, pendant toute l’année. La paix est une attitude envers les autres que je porte au fond de mon cœur et que je fais rayonner autour de moi, si j’y crois. La paix est contagieuse, car elle apporte la confiance, elle trouve des solutions réelles à tous les problèmes, elle fait tomber les barrières, elle ouvre l’avenir à la stabilité et à la prospérité.

    La guerre tue et détruit tout sur son passage. Et l’on oublie souvent d’ajouter aux listes des morts et des blessés, les gens qui sont traumatisés pour toujours par la blessure psychologique d’une guerre qui peut les handicaper tout le reste de leur vie.

     

    On doit apprendre à ne pas jouer avec les mots. Tant qu’on cherchera des excuses à une guerre ou d’autres excuses pour ne pas se battre pour la paix, le monde restera une jungle dans laquelle il devient pire que les animaux. Si l’homme a un minimum de conscience et d’intelligence, il doit cesser cette hypocrisie maléfique. Des hommes comme Gandhi, Nelson Mandela, Martin Luther King, le Dalaï Lama ou les fondateurs de l’union européenne moderne, auraient eu toutes les raisons de continuer la guerre, mais ils ont eu le courage de tourner la page et qui oserait dire qu’ils ont eu tort ? Les marchands d’armes sans doute ?


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  • Pourquoi toujours ce pauvre bonheur misérable qu’on essaye de nous présenter dans les médias ? Mais jugez plutôt. La citation d’un artiste, critique, écrivain et journaliste français de notre époque, Frédéric Beigbeder, qu’on nous présente comme un modèle de sagesse : « Recette pour aller mieux. Répéter souvent ces trois phrases : le bonheur n’existe pas. L’amour est impossible. Rien n’est grave. » Ça vous attire comme idéal de vie ?

    Que rien ne soit grave, c’est déjà un peu étrange comme affirmation, parce qu’il y a tout de même des situations graves dans la vie d’un homme et le nier serait refuser de voir la vie ou la maladie ou la mort ou les catastrophes en face, et donc finalement fuir la réalité. Si notre auteur veut peut-être dire par là que beaucoup d’évènements qui nous font peur ou nous font du mal, ne sont en fin de compte pas si terribles que cela, passe encore. Mais vouloir nous rassurer en nous anesthésiant devant les difficultés ou la souffrance, n’est certainement pas une clé pour le bonheur. Je connais des gens qui souffrent beaucoup et qui vivent tout de même des moments de bonheur intense. Ce sont des réalités qui ne sont pas forcément du tout dépendantes l’une de l’autre.

    Mais dire que le bonheur n’existe pas, c’est bien une des pires affirmations que j’aie jamais entendues. A quoi cela servirait-il de se répéter cette phrase toute la journée ? Pour ne jamais être déçu ? C’est simplement se couper les ailes pour toujours, en s’empêchant de voler. Si je ne décolle pas de mon pauvre monde triste et terre à terre, je ne risque peut-être pas de tomber de haut et de me faire du mal. Alors l’idéal serait de s’enfermer dans une chambre pour toujours, ne jamais sortir dehors pour ne pas risquer de se faire brûler par le soleil. Rester au chaud pour ne pas prendre de courants d’air. Ne pas aller dans la rue pour éviter les accidents. Ne rencontrer personne pour éviter les conflits. Ne jamais chercher l’aventure parce que c’est trop dangereux. Se suicider serait encore peut-être la meilleure solution. Je peux rester en vie, mais être un mort vivant, quelqu’un qui végète parce qu’il refuse d’affronter la vie et tous ses défis, mais en même temps toutes ses découvertes, ses joies et ses surprises.

     

    Et dire enfin que l’amour est impossible ? Le seul fait que notre ami écrive cette phrase pour que quelqu’un la lise est déjà la preuve qu’il cherche au moins une personne au monde qui va être d’accord avec lui, qui va aimer sa phrase et qui va désirer entrer en contact avec lui : l’amour est déjà là, présent au moins en germe. Mais être homme, n’est-ce pas déjà être le fruit d’un amour qui nous a mis au monde ? Si quelqu’un a eu le courage de me donner la vie, n’est-ce pas déjà la preuve du plus grand amour ? Si l’amour s’est ensuite arrêté en chemin, s’il a trouvé des obstacles sur sa route, c’est un autre problème. Personne ne dira jamais naïvement que l’amour c’est voir la vie en rose, que tout amour est forcément facile. Non l’amour, comme toutes les réalités les plus belles de notre vie, est une grande responsabilité, un risque perpétuel de conflits, d’incompréhensions, de tensions de toutes sortes, dont il peut sortir plus grand ou plus affaibli. A chacun d’apprendre à s’en servir le mieux possible, en se relevant après chaque échec. Et surtout à chacun de vivre cet amour avec d’autres personnes avec qui on peut partager et mûrir ensemble. Car l’amour est possible justement parce qu’il relie, qu’il crée l’accueil de l’autre dans la réciprocité, et c’est cette réciprocité qui va le rendre toujours possible. L’amour est en effet impossible si je refuse de rencontrer les autres, si j’ai peur de la relation à tous les niveaux. Le jour où cette peur commence à disparaître, commence un bonheur qui ne finira jamais, malgré tous les accidents de parcours. Mais encore faut-il avoir le courage d’essayer, avant de s’avouer vaincu sans avoir commencé la bataille !


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  • « Souris, tu ne portes pas tous les problèmes du monde. » (« Messages de l’univers : les sept règles de la vie ») Voilà une autre de ces phrases contre lesquelles je me bats ces jours-ci. C’est apparemment apaisant. On essaye de nous consoler en relativisant les difficultés que nous rencontrons au cours de notre vie. Pourquoi pas ? Quand on se sent écrasé par les soucis, ça peut encourager de voir qu’il a des personnes qui vivent des situations bien pires que la nôtre. Mais cette pauvre sagesse est encore basée sur un abîme d’égoïsme et sur une conception complètement fausse du bonheur. Comme si les problèmes étaient ce qui nous empêche de sourire et donc d’être heureux.

    Mais quel peut bien être l’idéal d’une personne qui pense nous aider en publiant des phrases pareilles ? Nous pousser, encore une fois, à nous isoler dans notre coin, pour ne pas nous laisser écraser par les problèmes des autres ? Comme si c’était les problèmes qui nous empêchaient de vivre ! Je sais bien qu’il y a des problèmes tellement douloureux qu’on doit tout faire pour en sortir. Mais d’abord c’est toujours ensemble qu’on peut vraiment sortir des problèmes. Et cette lutte ensemble pour en sortir fait naître de tels courants de solidarité, d’amitié et même d’amour que notre vie va changer complètement.

     

    Le jour on l’on décide de sortir de soi, de se retrousser les manches et de se mettre au service des problèmes des autres, la vie se transforme complètement. On fait cette simple constatation que les problèmes ne nous écrasent plus, ils deviennent des défis à affronter avec le plus de courage et d’élan possible. Quand on se bat pour résoudre « tous les problèmes du monde », la vie prend toute une autre signification. La fatigue a désormais un but. La joie de rendre l’espoir à qui l’avait perdu nous donne un bonheur infini. Mais il faut en faire l’expérience pour y croire !


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