• Batailles

    La vie est loin d'être une promenade tranquille. Chaque jour nous devons nous battre. Mais quels sens ont ces batailles? Contre qui et contre quoi nous battons-nous? Ou bien peut-être pour qui et pour quoi?

  • Pourquoi toujours ce pauvre bonheur misérable qu’on essaye de nous présenter dans les médias ? Mais jugez plutôt. La citation d’un artiste, critique, écrivain et journaliste français de notre époque, Frédéric Beigbeder, qu’on nous présente comme un modèle de sagesse : « Recette pour aller mieux. Répéter souvent ces trois phrases : le bonheur n’existe pas. L’amour est impossible. Rien n’est grave. » Ça vous attire comme idéal de vie ?

    Que rien ne soit grave, c’est déjà un peu étrange comme affirmation, parce qu’il y a tout de même des situations graves dans la vie d’un homme et le nier serait refuser de voir la vie ou la maladie ou la mort ou les catastrophes en face, et donc finalement fuir la réalité. Si notre auteur veut peut-être dire par là que beaucoup d’évènements qui nous font peur ou nous font du mal, ne sont en fin de compte pas si terribles que cela, passe encore. Mais vouloir nous rassurer en nous anesthésiant devant les difficultés ou la souffrance, n’est certainement pas une clé pour le bonheur. Je connais des gens qui souffrent beaucoup et qui vivent tout de même des moments de bonheur intense. Ce sont des réalités qui ne sont pas forcément du tout dépendantes l’une de l’autre.

    Mais dire que le bonheur n’existe pas, c’est bien une des pires affirmations que j’aie jamais entendues. A quoi cela servirait-il de se répéter cette phrase toute la journée ? Pour ne jamais être déçu ? C’est simplement se couper les ailes pour toujours, en s’empêchant de voler. Si je ne décolle pas de mon pauvre monde triste et terre à terre, je ne risque peut-être pas de tomber de haut et de me faire du mal. Alors l’idéal serait de s’enfermer dans une chambre pour toujours, ne jamais sortir dehors pour ne pas risquer de se faire brûler par le soleil. Rester au chaud pour ne pas prendre de courants d’air. Ne pas aller dans la rue pour éviter les accidents. Ne rencontrer personne pour éviter les conflits. Ne jamais chercher l’aventure parce que c’est trop dangereux. Se suicider serait encore peut-être la meilleure solution. Je peux rester en vie, mais être un mort vivant, quelqu’un qui végète parce qu’il refuse d’affronter la vie et tous ses défis, mais en même temps toutes ses découvertes, ses joies et ses surprises.

     

    Et dire enfin que l’amour est impossible ? Le seul fait que notre ami écrive cette phrase pour que quelqu’un la lise est déjà la preuve qu’il cherche au moins une personne au monde qui va être d’accord avec lui, qui va aimer sa phrase et qui va désirer entrer en contact avec lui : l’amour est déjà là, présent au moins en germe. Mais être homme, n’est-ce pas déjà être le fruit d’un amour qui nous a mis au monde ? Si quelqu’un a eu le courage de me donner la vie, n’est-ce pas déjà la preuve du plus grand amour ? Si l’amour s’est ensuite arrêté en chemin, s’il a trouvé des obstacles sur sa route, c’est un autre problème. Personne ne dira jamais naïvement que l’amour c’est voir la vie en rose, que tout amour est forcément facile. Non l’amour, comme toutes les réalités les plus belles de notre vie, est une grande responsabilité, un risque perpétuel de conflits, d’incompréhensions, de tensions de toutes sortes, dont il peut sortir plus grand ou plus affaibli. A chacun d’apprendre à s’en servir le mieux possible, en se relevant après chaque échec. Et surtout à chacun de vivre cet amour avec d’autres personnes avec qui on peut partager et mûrir ensemble. Car l’amour est possible justement parce qu’il relie, qu’il crée l’accueil de l’autre dans la réciprocité, et c’est cette réciprocité qui va le rendre toujours possible. L’amour est en effet impossible si je refuse de rencontrer les autres, si j’ai peur de la relation à tous les niveaux. Le jour où cette peur commence à disparaître, commence un bonheur qui ne finira jamais, malgré tous les accidents de parcours. Mais encore faut-il avoir le courage d’essayer, avant de s’avouer vaincu sans avoir commencé la bataille !


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  • « Souris, tu ne portes pas tous les problèmes du monde. » (« Messages de l’univers : les sept règles de la vie ») Voilà une autre de ces phrases contre lesquelles je me bats ces jours-ci. C’est apparemment apaisant. On essaye de nous consoler en relativisant les difficultés que nous rencontrons au cours de notre vie. Pourquoi pas ? Quand on se sent écrasé par les soucis, ça peut encourager de voir qu’il a des personnes qui vivent des situations bien pires que la nôtre. Mais cette pauvre sagesse est encore basée sur un abîme d’égoïsme et sur une conception complètement fausse du bonheur. Comme si les problèmes étaient ce qui nous empêche de sourire et donc d’être heureux.

    Mais quel peut bien être l’idéal d’une personne qui pense nous aider en publiant des phrases pareilles ? Nous pousser, encore une fois, à nous isoler dans notre coin, pour ne pas nous laisser écraser par les problèmes des autres ? Comme si c’était les problèmes qui nous empêchaient de vivre ! Je sais bien qu’il y a des problèmes tellement douloureux qu’on doit tout faire pour en sortir. Mais d’abord c’est toujours ensemble qu’on peut vraiment sortir des problèmes. Et cette lutte ensemble pour en sortir fait naître de tels courants de solidarité, d’amitié et même d’amour que notre vie va changer complètement.

     

    Le jour on l’on décide de sortir de soi, de se retrousser les manches et de se mettre au service des problèmes des autres, la vie se transforme complètement. On fait cette simple constatation que les problèmes ne nous écrasent plus, ils deviennent des défis à affronter avec le plus de courage et d’élan possible. Quand on se bat pour résoudre « tous les problèmes du monde », la vie prend toute une autre signification. La fatigue a désormais un but. La joie de rendre l’espoir à qui l’avait perdu nous donne un bonheur infini. Mais il faut en faire l’expérience pour y croire !


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  • « Personne n’est en charge de ton bonheur. Sauf toi. » Encore une phrase de ces fameuses « règles de la vie » des « messages de l’univers. » Mais comment peut-on avoir le courage d’écrire des phrases pareilles en pensant aider les gens à être heureux ?

    C’est bien simple, ces experts du bonheur nous proposent tout simplement le « chacun pour soi ». Comme le commerce de l’habillement est désormais le règne du « prêt à porter », la vie en société va devenir le « prêt au bonheur » chacun de son côté. Quelle chance je vais avoir ! Personne ne va plus me déranger, je vais pouvoir organiser mon petit bonheur ou même mon grand bonheur, sans que personne ne me dérange ni s’intéresse à moi, puisque tous les autres vont être occupés à organiser de leur côté leur propre bonheur ! Quelle belle société en perspective !

    Je ne sais pas quelle idée du bonheur se fait la personne qui a inventé cette phrase. Mais pour moi le bonheur, c’est partager mes joies et mes peines avec des amis avec lesquels je me sens en pleine confiance, c’est m’occuper du bonheur des autres, sûr que les autres vont s’occuper de mon bonheur à moi au moins autant que j’en serais capable tout seul. Si je n’ai pas ce genre d’amis, je pense que ma vie va être bien triste !

     

    Je sais que je fais là une caricature un peu provocatrice. Mais ne pensez-vous pas que la vie est belle lorsque chacun essaye chaque jour de faire de belles surprises aux personnes qu’il aime, par un sourire, un coup de téléphone, une invitation, un conseil, un cadeau auxquels nous ne serions jamais parvenus tout seuls. Bien sûr que chacun reste libre d’inventer ou d’orienter son bonheur comme bon lui semble, mais ensemble n’est-ce pas là le vrai bonheur ?


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  • Nous continuons aujourd’hui notre série de phrases apparemment pleines de sagesse, mais qui en réalité volent bien bas. Et voilà la deuxième phrase qui m’a fait bondir : « Ce que les autres pensent de toi n’est pas ton problème. »

    C’est évident qu’il faut apprendre à se libérer de tous ce que les gens disent ou pensent de nous avec toutes les intentions bonnes ou mauvaises qui se trouvent derrière leurs pensées ou leurs jugements. Je ne dois pas me laisser conditionner par les critiques, ni même par les compliments, si j’ai décidé d’accomplir une action qui me semble utile ou bénéfique pour quelqu’un, même si je risque d’être incompris.

    Celui qui ne fait rien ne risque peut-être pas d’être mal vu, mais ce serait terrible de rester caché dans son coin par peur de faire des gaffes ou d’aller à contre-courant, si je suis convaincu de ce que je veux faire. Ne rien faire, simplement parce qu’on n’a pas osé, est une lâcheté dans bien des cas.

    Alors devons-nous passer à l’extrême inverse : ne plus jamais tenir compte de ce que les gens pensent ? Mais pour qui je suis en train d’agir toute la journée ? Simplement pour moi, tout égoïstement ? Notre phrase serait alors le comble de l’égoïsme, un autre « idéal » excellent pour détruire les relations entre les hommes…

     

    Mais si la plupart de mes actions sont dictées par le désir de faire du bien aux autres, comme on peut l’espérer, n’est-ce pas important à chaque fois d’écouter ces personnes à qui je voudrais faire du bien ? N’est-ce pas en étant attentifs aux conseils pour nous améliorer, aux critiques pour nous corriger, et aux encouragements pour continuer, que je vais créer autour de moi des cercles d’amitié toujours plus solides, plus vrais, plus transparents qui vont faire progresser la société autour de moi ? Alors pourquoi ces phrases terribles qui n’ont de but que de nous isoler du monde entier, sous prétexte de nous libérer des autres ? Mais c’est l’harmonie des relations avec les autres qui rend libre, pas la fuite des autres, le mépris ou le sentiment d’avoir raison contre toute l’humanité… Ce que pensent les autres de moi est donc bien mon problème, mais un beau problème, un problème éminemment positif, parce que les autres sont importants pour moi, leur avis m’intéresse, me pousse, me passionne, sinon quelle vie va être la mienne si je m’enferme dans un monde clos où tout me devient indifférent ?


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  • C’est bien la rubrique « Batailles » ! Pour qui ou contre qui allons-nous nous battre aujourd’hui ? Vous allez peut-être être surpris : j’ai envie de me battre contre une certaine sagesse à bon marché qui envahit nos réseaux sociaux sur internet, en prétendant aider les gens, et qui en réalité fait plus de mal que de bien. Mais jugez vous-mêmes !

    Une grande amie à moi publie il y a quelques jours un article pris des « Messages de l’univers » et qui s’intitule « Les 7 règles de la vie » Titre merveilleux, mais la suite l’est beaucoup moins. La première règle qu’on nous propose de suivre est toute simple : « Fais la paix avec ton passé pour qu’il ne dérange pas ton présent. »

    Faire la paix avec notre passé est bon, c’est évident. Rester esclave des blessures du passé est toujours tellement lourd à porter. Et il existe pour cela tant de bons chemins à entreprendre, qui vont du pardon à la réconciliation, avec soi-même et avec les autres, à la relativisation des problèmes, à l’acceptation des défauts et des limites de l’autre et encore de soi-même… tout cela est certainement positif. Mais dans quel but ? Pour ne pas être dérangé ?

    Excusez-moi, mais ce mot « dérangé » me dérange beaucoup. Il me gâche toute la belle intention de l’auteur de cette phrase. Comme si « ne pas être dérangé » pouvait être un idéal de vie ! Mais la vie par définition est un dérangement perpétuel. La vie est une aventure à couper le souffle où chaque jour et parfois à chaque instant je suis dérangé par de nouvelles rencontres, par des surprises agréables ou difficiles. C’est ma capacité à réagir, positivement ou non, devant ces surprises qui va conditionner mes journées et mon humeur.

    J’ai l’impression que l’individualisme régnant dans une partie de notre monde moderne nous fait croire de plus en plus que nous trouverons le bonheur quand nous serons définitivement tranquilles dans notre coin perdu ou notre île déserte. Ce sera la paix, certainement, mais la paix vide de toute signification de celui qui nous dit (vulgairement) : « S’il te plaît, fiche-moi la paix ! » parce que ma présence ne l’intéresse plus.

    Le jour où la présence des autres ne m’intéresse plus ou me gêne, je suis peut-être tranquille, mais de la paix qu’on trouve à l’intérieur d’un tombeau : « Qu’il repose en paix ! ». Non je n’accepterai jamais cette fausse sagesse qui nous trompe. Car la vie vaut la peine d’être vécue si elle est un affrontement perpétuel de problèmes de croissance, de conflits à résoudre, de maladies à soigner, de personnes à aider, à réconforter…

     

    Toute nouvelle vie est un dérangement. Un enfant qui naît dans une famille va changer tous les programmes. Un homme et une femme qui se marient vont devoir transformer une grande partie de leurs habitudes. Les réfugiés qui arrivent dans notre pays vont nous obliger à sortir de nous-mêmes et à faire des rencontres inoubliables. Mais tout ce qu’il y a de beau dérange quelque part. L’art dérange souvent, le sport dérange. Les idées des autres qui nous remettent en question ne nous laisseront jamais en paix, si nous sommes honnêtes avec nous -mêmes. Et c’est là que notre humanité mûrit et s’enrichit… Et ce n’est là que la première phrase de notre message : à bientôt la suite car on ne peut pas se taire devant un tel vide moral ou culturel ! 


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