• Oui, c’est la rubrique « Batailles » et je crois que là il y a vraiment une grande bataille à mener. Contre qui ? Contre l’ignorance peut-être, ou l’aveuglement, surtout contre la peur en général qui va devenir un sujet spécial de notre blog, si je comprends bien.

    Mais aujourd’hui je ne peux plus me taire. Un ami qui vit en France depuis quelque temps m’envoie une vidéo « à diffuser » que « tout français se doit de voir » et cette vidéo s’intitule : « La vérité sur la France ». Pauvre France et pauvre vérité ! On veut nous montrer que l’islam est en train d’envahir la France et que dans 20 ou 30 ans nous serons devenus un pays musulman gouverné par la chariah, la loi islamique... avec un tas de discours et de témoignages à l’appui de cette thèse.

    Ce genre de vidéos est basé d’abord sur la peur et la pire espèce de peur, la peur panique qui n’est plus capable de raisonner, de distinguer le vrai du faux et qui te fait avaler n’importe quelle fausse « vérité ». J’aimerais bien savoir à qui profite une propagande pareille : à des partis extrémistes qui espèrent gagner les élections par la peur, aux marchands d’armes qui vont pouvoir mieux vendre leurs produits si on commence à s’armer pour se défendre ? Ce n’est pas important de le savoir. L’important c’est d’éradiquer cette peur avant qu’elle n’entraîne des catastrophes.

    Ce qui crève les yeux c’est que l’islam est le premier à avoir peur. Il a peur parce que sa religion est en pleine crise, elle est désemparée devant l’évolution de la civilisation moderne (place de la femme dans la société, rôle de la démocratie, mondialisation, transparence, etc.) Le christianisme, le judaïsme ou les religions orientales ont eu leurs périodes de crise, qui ne sont d’ailleurs pas finies. Il y a là tout un discours sur le sens des religions que nous reprendrons bientôt. Ce qui est sûr c’est que l’humanité avance, progresse. Elle recule peut-être par certains côtés, mais on ne peut plus revenir en arrière sur certaines valeurs. Personne ne peut plus se vanter aujourd’hui d’avoir des esclaves. On le fera peut-être autrement, par des voies cachées, mais l’esclavage est un sujet sur lequel la conscience humaine a fait des progrès irréversibles.

    Il en va de même sur le sens des religions. Certains pensent que les religions sont finies. Ce qui est fini c’est d’utiliser la religion pour dominer au lieu de servir. Le christianisme a été bien puni d’être tombé dans ce piège de vouloir s’imposer au monde entier au lieu de respecter chacun dans son identité et de l’aider à se développer. Heureusement des chrétiens sincères et honnêtes ont compris cette erreur, ce péché horrible qui allait tout gâcher, et notre christianisme, affaibli en apparence, est en train de retrouver sa véritable place dans la société, une place irremplaçable lorsqu’il sait humblement se donner pour la dignité et les valeurs de l’homme, sans autre intérêt caché.

    L’islam, qui a pu aider bien des peuples à se développer, est en pleine crise maintenant parce que certains de ses maîtres à penser croient encore qu’ils peuvent dominer le monde. L’humanité qui s’est finalement éveillée ne se laissera jamais faire. Il ne faut surtout pas tomber dans le piège de vouloir combattre cet ennemi de l’humanité (le mauvais et le faux islamisme) sur son propre terrain, en s’armant par exemple physiquement contre lui : ce serait lui donner les armes pour une fausse victoire. Car il se sert de milliers de jeunes désespérés qui sont prêts à mourir pour leur cause, alors que le reste de l’humanité croit trop désormais à la valeur de la vie pour s’engager dans cette horreur.

    Non, le faux islam tombera tout seul. Au lieu d’avoir peur des musulmans, nous devrions les approcher, les accueillir, comprendre leur crise, leur redonner confiance, leur dire que nous sommes avec eux dans cette recherche d’une religion au service des valeurs humaines, que nous aussi nous avons eu nos crises, que l’avenir de l’humanité sera meilleur quand toutes les religions s’uniront entre elles (avec aussi tous les hommes de bonne volonté qui n’ont pas de référence religieuse) pour servir l’homme tout simplement. Tout le reste est du temps perdu et gâché qu’il faudra rattraper par la suite avec le remords de s’être laissé tromper par cette peur inutile et malsaine. Vous voyez vraiment les choses autrement ?


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  • « 2015, année record pour l’industrie de l’armement de la France. »

    Tel était le titre d’un article du journal Le Monde du 30 avril dernier. Et l’article expliquait : « Avec trois contrats Rafale en moins de trois mois en Égypte, en Inde et au Qatar pour 84 avions de combat, et bientôt 50 hélicoptères en Pologne, la France s’apprête cette année à connaître la meilleure vente d’armes à l’exportation de son histoire. Habituellement classés au troisième ou au quatrième rang mondial, les Français pourraient même détrôner les Russes de la deuxième place cette année, s’ils franchissent la barre des 20 milliards de dollars (18 milliards d’euros). »

    J’avoue que tout à coup j’ai eu honte d’être français. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois que ce sentiment m’envahit. Cela ne m’empêche pas par ailleurs d’être fier de mon peuple et de mon identité, comme chacun dans ce monde a le droit et peut-être même le devoir d’être heureux d’appartenir à une nation qui a su au cours des siècles contribuer souvent positivement au progrès de l’humanité.

    Mais pourquoi tout gâcher justement par des actions, des attitudes, des décisions qui semblent venir renier toute une chaîne de valeurs qui pouvaient faire de notre pays une pierre positive dans la mosaïque de la construction d’un monde plus humain. Combien de fois, dans ma longue vie au Moyen Orient, j’ai été désorienté en voyant la France se lancer dans des initiatives de paix dans la région et en même temps écouler ou vendre des armes sur le terrain !

    Mais l’hypocrisie la plus grande, c’est lorsqu’on essaye de faire croire à notre peuple que les armes françaises sont « propres » parce qu’elles sont au service d’une bonne cause, qu’elles sont là pour défendre des peuples opprimés, alors que le but principal de nos hommes politiques (de droite comme de gauche) est de développer l’économie française, de lutter contre le chômage dans notre pays et surtout de pouvoir gagner aux prochaines élections par tous les moyens.

    Comment peut-on faire croire que toutes ces armes vendues ces derniers temps dans les pays du Golfe, en Afrique ou en Asie vont apporter la paix ? Il ne faut pas être très intelligent pour comprendre que, lorsqu’on a beaucoup d’armes à sa disposition, on a à chaque instant de telles occasions de s’en servir (toujours pour la « bonne cause ») qu’on ne cesse de tomber d’un conflit dans l’autre au lieu de privilégier le règlement diplomatique des problèmes.

    Et quand un pays est dévasté par la guerre, comme l’Irak et la Syrie en ce moment, on a bonne conscience d’accueillir sur le territoire français quelques dizaines ou centaines de réfugiés et de se demander (sans rien faire de vraiment concret) comment empêcher les autres malheureux, désespérés, de se jeter à la mer pour essayer de parvenir en Europe par n’importe quel moyen !

    On ne peut pas continuer à augmenter la production des armes dans le monde, avec l’excuse horrible que, si nous ne vendons pas nous-mêmes des armes, nous qui sommes « les bons », ce seront « les méchants » qui le feront à notre place ! Nous sommes en train de devenir tous « les méchants », si nous ne décidons pas d’intervenir par des accords internationaux pour arrêter d’urgence cette course folle à la mort. Il y a là une bataille inéluctable à mener de tout notre cœur.  


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  • Batailles : c’est bien le titre de notre rubrique. Et tout le monde annonce une grande bataille en France pour le mois de mai à propos de la laïcité. Et je me demande vraiment si nous ne sommes pas tous devenus fous.
    Je suis peut-être fou, moi-même, de tomber dans ce piège et de vouloir me mêler de cette polémique apparemment bien stérile ? Mais puisque mes compatriotes semblent voir dans ces débats une telle importance pour le futur, alors je me sens évidemment concerné.
    Je dois tout de même dire qu’on peut trouver cette bataille un luxe un peu déplacé quand on vit comme moi au Moyen Orient au milieu de gens qui se demandent si le mois prochain ils seront encore vivants, s’ils pourront encore vivre longtemps sur la terre de leurs ancêtres, si demain ils trouveront enfin du travail, s’ils auront assez d’argent pour soigner leurs enfants malades. Questions parfois de vie ou de mort...alors qu’en Europe on s’entredéchire à propos de la laïcité !
    Mais venons-en à notre sujet. Se lancer dans la bataille ? Il faut le faire honnêtement en étant capable d’abord d’écouter le point de vue de l’autre, sans vouloir surtout l’écraser, ce qui servirait seulement à creuser des fossés encore plus grands entre tous.
    Commençons par comprendre les mots. Laïcité : ce serait, d’après le dictionnaire, le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, au moins dans certains domaines comme la politique, l’administration, la justice et l’enseignement. Si l’on approfondit la question, on voit que ce principe est compris et vécu de manières bien différentes selon les pays et les cultures. Aux Etats-Unis on prône la séparation entre l’Eglise et l’Etat, mais pas entre la religion et l’Etat, mais allez voir ce qui se passe en Inde, en Turquie, au Japon, aux Philippines ou au Brésil et vous verrez que ce n’est pas si facile que cela de comprendre vraiment comment appliquer la laïcité.
    Et pour continuer à être honnêtes dans notre bataille, nous devons reconnaître qu’historiquement la laïcité est née pour répondre à un abus, à l’exercice injuste du pouvoir par des hommes de religion ou d’Eglise qui voulaient dominer leurs compatriotes au lieu de les servir. Nous, chrétiens, devons bien être conscients de tout cela avant de nous en prendre à la laïcité ou à ses prétentions exagérées. Ces hommes et ces femmes que je vais rencontrer dans nos débats se sentent-ils encore blessés par les bêtises de nos comportements de chrétiens mal placés ? Si je ne tiens pas compte de cela, si je n’apprivoise pas ces « adversaires » en leur donnant la preuve que je les comprends d’abord et que je n’ai aucun autre souci que leur plus grand bien ensuite, la bataille ne servira à rien sinon à nous blesser réciproquement davantage.
    J’ai bien le droit de voir que certains fanatiques laïques ont des prétentions complètement aberrantes : supprimer la religion, l’empêcher de s’exprimer, etc. C’est d’accord, mais tous les partisans de la laïcité ne sont pas des fanatiques. Pourquoi commencer toujours nos batailles en nous en prenant aux extrémistes qui ne seront jamais qu’une petite minorité ? Et reconnaissons d’abord qu’il y a beaucoup de positif dans la laïcité. Mais surtout je crois qu’il y a dans toute l’affaire beaucoup de malentendus qu’il faudrait d’abord éclaircir avant d’aller plus loin. Si nos lecteurs veulent bien intervenir dans cette bataille ce sera une occasion de lancer un débat réellement positif et constructif qui demandera sans doute une longue suite d’articles sur le même sujet, pour ne pas en rester à des considérations superficielles.
    Et pour rendre la lecture de notre blog plus intéressante encore, je vous invite à entrer dans les prochaines semaines dans d’autres rubriques comme « Provocations » ou « Interdépendance » et notre débat devrait s’animer : préparez-vous !


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  • Oui, nous avons bien conscience qu’ouvrir un blog c’est se lancer dans une bataille, ou plutôt une longue série de batailles, comme le suggère le titre de notre rubrique. Nous allons nous battre, mais avec vous, tous ensemble. Rassurez-vous nous n’avons aucune intention de nous battre contre vous.

    Mais commençons par nous mettre d’accord sur les mots. Est-ce vraiment nécessaire de se battre ? Est-ce bien ou beau de se battre ? Certainement oui, si l’on comprend la signification profonde de ce verbe. Se battre, ce n’est pas vouloir battre quelqu’un et le détruire, c’est plutôt une manière de se donner, d’employer tous ses talents, toute son énergie d’abord pour quelque chose de positif.

    Quoi de plus noble que de se battre pour une cause, pour la justice, pour la paix dans le monde, pour la défense des droits de l’homme, pour la liberté, ou alors contre la faim, contre la pauvreté, contre l’ignorance ou la haine ?

    Le problème c’est qu’en cours de route nous allons rencontrer bien des obstacles et bien des gens qui ne seront pas d’accord avec nous. Nous faudra-t-il alors commencer à nous battre contre ces personnes ? Pas de panique d’abord. Il s’agit toujours de distinguer entre la personne et ses idées, ses préjugés, ses actions même. Qui sommes-nous pour juger des personnes ?

    Et si nous sommes un tant soit peu honnêtes, nous comprendrons bien vite que la première bataille sera d’abord avec nous-mêmes. Si nous voulons nous battre, nous devons apprendre chaque jour à être un peu plus cohérents avec nous-mêmes. Nous devons harmoniser nos pensées et nos paroles avec nos actions, nous ne pouvons plus nous compromettre avec n’importe quelle idée préconçue qui nous traverse l’esprit ou que les réseaux sociaux nous inculquent sans même nous laisser le temps d’y réfléchir. Se battre veut dire être à la fois vigilant, prudent, courageux, authentique. Et pas de découragement si nous remarquons en chemin que nous ne sommes pas toujours à la hauteur de la bataille : on peut tomber chaque jour et chaque jour se relever.

    Puis nous allons surtout apprendre à nous battre ensemble, avec tous les gens, tous les amis avec lesquels nous nous sentons solidaires. Nous n’avons pas à nous battre tout seuls contre un monde hostile qui refuse de nous écouter. Non, combien y a-t-il autour de nous de gens de bonne volonté qui se battent peut-être eux aussi un peu seuls dans leur coin et qui seraient si heureux de découvrir tellement d’amis, de frères et de sœurs, prêts à se lancer avec eux dans la bataille ?

    Cet article, comme tout notre blog qui désire aider à construire ces ponts entre l’Orient et l’Occident, voudrait être avant tout une invitation chaleureuse à déployer ensemble toutes nos forces pour que les gens que nous rencontrons soient chaque jour un peu moins tristes, un peu plus heureux de vivre et de répandre la paix  autour d’eux.


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