• Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais la vérité n’enferme jamais. Et pourtant nous avons souvent l’impression exacte du contraire. Combien souvent nous avons peur de la vérité ! Combien souvent dans une discussion animée, un nouvel argument inattendu utilisé par notre adversaire du moment vient mettre par terre tous nos raisonnements et nous fait perdre la face devant tout le monde.

    Chacun se cache devant la vérité. Chacun a peur que telle ou telle vérité soit finalement dévoilée. Mais soyons sincères, ce n’est pas la vérité qui nous fait peur, ce sont plutôt les mensonges et les mauvais raisonnements dans lesquels nous nous sommes enfermés qui posent problème.

    Car la vérité, toute vérité, est faite pour nous libérer. La vérité, c’est la lumière qui brille enfin sur les ténèbres de notre vie médiocre. C’est l’air qui vient faire respirer nos poumons bloqués dans les nœuds de nos contradictions que nous n’osons même plus nous avouer à nous-mêmes.

    Alors que faire lorsque la vérité nous atteint, et nous atteint devant tout le monde qui nous regarde ? Simplement apprendre à l’accepter. Car élever une nouvelle muraille par-dessus les barrières de nos préjugés et de nos intérêts égoïstes, en espérant lui échapper encore, c’est nous condamner nous-mêmes à ne plus jamais la retrouver, cette vérité. C’est nous enfermer pour toujours au fond d’un puits obscur qui ne verra plus jamais la lumière.

    Non, il faut avoir une confiance totale dans la vérité. Pas ma pauvre vérité à moi, ou celle des gens que je côtoie, qui sera toujours relative et limitée. Mais cette vérité de la foi ou de la nature ou du cœur de l’humanité qui nous montre enfin la route à suivre. Une vérité qui crée l’harmonie là où il y avait la tension, qui apporte la simplicité là où tout semblait tellement compliqué, qui préfère la paix à la guerre, la souffrance affrontée dans la solidarité aux fausses promesses d’une société de consommation qui n’arrête plus de cacher ses mensonges d’hier par des mensonges encore plus grands aujourd’hui.

     

    Il faut en finir avec toute cette hypocrisie qui règne sur le monde. Si nous avons un tant soit peu encore de conscience. Même si nous recherchons simplement notre intérêt et celui des personnes qui nous sont chères, ne sentons-nous pas que le jour où nous oserons nous regarder les yeux dans les yeux avec toutes les personnes que nous rencontrons au cours de la journée, la vie sera tellement plus belle. Mais cela ne s’obtient évidemment pas d’un jour à l’autre comme par miracle. La bataille de la vérité est celle de toute une vie. Et ce n’est pas important si cette bataille est longue et difficile. Car c’est la bataille elle-même pour la vérité qui est déjà la vérité. Car la vérité n’est pas un trésor qu’on va cacher dans un coffre-fort pour la protéger, c’est un courant que l’on sent au fond de soi, qui nous attire et nous transforme peu à peu et nous ouvre sans cesse sur des horizons infinis que nous n’aurions jamais imaginés au départ. Toute autre réalité qui se présente comme la vérité absolue et qui nous enferme au lieu de nous ouvrir, n’est qu’un piège inventé par ceux qui se servent de leur vérité pour dominer les autres hommes au lieu de les servir et de les aimer.


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  • (A propos des élections en France)

    Oui, imaginez qu’un brave architecte au chômage depuis deux ans vient de recevoir finalement deux offres de travail. La première dans un bureau d’architecture moderne avec toutes les caractéristiques pour lui plaire : un travail de rêve. La seconde comme secrétaire dans une association commerciale : c’est moins bien payé, moins attrayant, mais c’est tout de même mieux que de rester à ne rien faire à la maison. Le problème, c’est que le bureau d’architecture est dans un quartier à la circulation un peu dangereuse où notre homme a eu déjà deux accidents. Par peur, il va choisir le travail de secrétaire : le pauvre !

    Imaginez qu’un jeune homme arrivé enfin au terme de ses études reçoit une proposition en mariage d’une vieille amie sympathique mais qui ne l’a jamais attiré. En même temps, celle qu’il aime depuis quelques temps de tout son cœur et qui le lui rend bien lui annonce qu’elle devrait aller finir ses études pour deux ans en Amérique. Alors notre ami prend peur : et si sa bien-aimée l’oubliait en Amérique ? Il se décide donc pour un mariage de raison avec la première, par peur de rester finalement seul tout le reste de sa vie. Pauvre homme !

    La peur domine le monde. Elle provoque la panique. Elle empêche de raisonner sereinement. Voilà qu’aujourd’hui des gens vont voter pour Marine Le Pen par peur du terrorisme. Mais Macron aussi nous assure que la lutte contre le terrorisme est une priorité absolue. A vrai dire Sarkozy et Hollande avaient dit à peu près la même chose. Le terrorisme a gagné : presque tout le monde tombe dans son piège. On va voter maintenant par peur, au lieu de voter pour des valeurs ou des programmes positifs. La peur devient le premier critère de décision. N’est-ce pas bien triste tout cela ?

    Et savez-vous qu’environ 3500 personnes sont mortes l’an dernier par accident sur les routes de France, tandis que le terrorisme a causé à peu près 350 morts en un an et demi. C’est bien terrible évidemment ; mais de là à conditionner toute notre vie… Nous ne voyons pas que des gens se servent du terrorisme pour leur commerce (des armes ou des services de sécurité par exemple) ou pour faire passer leurs idées ?

    Le terrorisme s’arrêtera le jour où il y aura plus de justice sur la terre et plus d’ouverture et de confiance entre les hommes à tous les niveaux. La peur qui crée la méfiance et qui ferme les frontières est la source d’un terrorisme encore plus fort dans les années à venir. La peur rend aveugle, mais chacun est libre de rester aveugle si ça le rend plus tranquille. Ce serait cela la grandeur d’être un homme qui nous distingue des animaux ? Il ne s’agit évidemment pas d’être naïf, mais de regarder les réalités avec courage et surtout de nous unir pour inventer un monde positif où la peur perdrait peu à peu sa place.

    C’est l’unité d’un monde qui se met d’accord pour résoudre les problèmes de la faim, de la pauvreté et de l’injustice qui va chasser la peur. Là où l’on trouve des solutions à tous ces problèmes le terrorisme n’a plus de raison d’être. Mais là où il n’y a plus de solution, alors on a sans doute raison d’avoir peur, car le désespoir est la source de toutes les violences et de tous les conflits.

     

     


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  • Oui, c’est le titre d’un article publié cette semaine dans l’Orient Le Jour. Le titre complet disait : « En Syrie aujourd'hui, tout est détruit, même les gens. » Qui va dire le contraire ? La Syrie est en grande partie un champ de ruines dont on se demande comment elle va se relever.

    Et pourtant je n’ai pas aimé ce titre. L’article qui suit est émouvant. Il donne le témoignage d’un journaliste et photographe syrien qui continue à vivre dans son pays, même au risque de la mort presque chaque jour.

    Mais pourquoi ce titre ? Pour faire appel à la conscience des responsables de ce massacre ? Il y en a beaucoup, de l’intérieur come de l’extérieur du pays. Et j’ai moi-même souvent dit ce que je pensais, en tant que citoyen européen, de la grande responsabilité des occidentaux dans ce drame humanitaire épouvantable.

    Mais il existe aussi une responsabilité terrible des médias dans toute cette histoire. Et ce n’est pas en continuant à faire voir les spectacles de désolation d’Alep, de Homs ou d’ailleurs que l’on va aider nos amis syriens à reprendre espoir. Pourquoi nos médias ne passent-ils pas plus de temps à montrer le courage et la solidarité de ceux qui sont restés dans leur pays malgré tout, par choix réfléchi ou parce qu’ils ne savaient pas où fuir ?

    Ce journaliste lui-même dont on rapporte les propos, est quelqu’un qui continue à se battre de tout son cœur pour son pays, ce qui veut dire que lui, au moins, n’est pas encore complètement détruit. Je connais des amis syriens qui ont organisé ces jours-ci une rencontre de jeunes de plusieurs jours, avec 85 participants venus de toute la Syrie, même des régions les plus meurtries. Les photos qu’ils nous ont envoyées témoignent d’une joie immense au milieu de la souffrance. Tant qu’il y a la vie, dit le proverbe, il y a l’espoir. On doit multiplier et aider à multiplier ces initiatives et les faire connaître partout autour de nous.

    Je me souviens d’un titre paru dans les médias européens au début de la guerre du Liban qui allait durer 16 ans : « Tout Beyrouth brûle ». Ce titre avait complètement affolé ma famille en France et pourtant nous continuions à vivre sous les bombes et à nous organiser. Et le Liban n’est jamais mort et chaque jour il se relève de ses blessures et de ses ruines, jusqu’à aujourd’hui. Si l’on pouvait être du côté de ceux qui se battent encore pour un monde meilleur qui existe en chacun de nous. Si ce titre provocateur pouvait nous amener à ce résultat, ce serait bien. Mais qu’on ne s’arrête jamais à la mort et à la destruction, c’est un chemin sans issue !

     

     

     


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  • Je suis tombé récemment, dans un recueil de citations, sur une citation de Louis Calaferte (écrivain français mort en 1994) tirée d’un livre qu’il a publié en 1990. Dommage qu’il ne soit plus là pour qu’on puisse dialoguer. Mais je me demande où il a pris ses idées sur l’essence du christianisme. Voyez plutôt :

    « Dans cette civilisation de masse, quoi de plus logique que le progressif affaiblissement du christianisme qui, en essence, est distinction de l’individu, appel réitéré à sa dignité, son effort, sa valeur, sa discipline morale, sa maîtrise, sa grandeur ? En quoi cela concernerait-il cette fourmilière promise non pas à quelque sublimation future, comme certains imposteurs politiques y ont intérêt, ou certains optimistes irréfléchis le prétendent, mais à l’épreuve d’une terrible barbarie ; car la seule et dramatique question qui vaut aujourd’hui d’être posée est celle-ci : quand et de quelle façon se produira la réduction du nombre ? » 

    En espérant que cette citation ne soit pas la pensée de notre écrivain, mais peut-être d’un personnage imaginé par lui, je ne voudrais pas commettre d’injustice et je réponds donc seulement à la citation qui m’a véritablement scandalisé. Si c’est cela le christianisme, une religion d’individus qui se croient une élite digne de mépriser la masse ou la fourmilière du peuple ignorant et barbare, alors je peux comprendre que le christianisme n’a pas grand-chose à dire à l’humanité d’aujourd’hui et de toujours.

    Il y a là une confusion terrible contre laquelle il faut vraiment savoir se révolter si l’on croit encore en la force et la beauté du message de Jésus. Bien sûr que Jésus est venu pour libérer l’homme, chaque homme, de l’esclavage de la masse anonyme où chacun n’existe que comme un numéro insignifiant. L’Evangile est venu redonner à chaque personne son importance unique. Chaque homme, chaque femme ont autant de valeur que l’univers entier, car ils représentent le miracle de l’homme créé à l’image de Dieu qui dépasse en grandeur et dignité tout le reste de l’univers.

     

    Mais ce n’est pas l’individu tout seul qui est important, détaché des autres. Jésus est venu créer une civilisation de l’amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » A cette condition seulement, Dieu vient demeurer en nous et nous en lui. Et personne ne sera jamais exclu de ce grand dessein d’amour sur l’humanité, même la personne la plus faible, la plus démunie, comme l’a bien compris Mère Teresa dans les rues de la « fourmilière » de Calcutta. Je suis important, parce que je suis « moi » et non pas « toi », mais je suis « moi » avec « toi », sinon je ne suis rien qu’une pauvre épave à la dérive sur l’océan d’une humanité en guerre et en tempête où chacun essaye de s’en tirer comme il peut en écrasant les autres au lieu de les sauver avec lui. Ou le christianisme revient à ses racines merveilleuses, ou bien il sera bientôt balayé définitivement par le vent de l’histoire comme le pensent déjà de nombreuses personnes. Et elles n’ont pas tort si le christianisme s’est réduit à la gloire d’une élite d’individus !


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  • Je sais que je l’ai déjà dit plusieurs fois dans mes articles, mais je crois que je n’ai pas encore été assez clair : une guerre ne se gagne jamais, une guerre se perd toujours !

    A une époque où l’hypocrisie de nos gouvernements occidentaux essaye d’éloigner les guerres de leurs pays en les portant chez les autres, il est temps de se battre pour une véritable culture de paix : on ne peut jamais gagner une guerre, on peut seulement gagner la paix.

    Vous allez me dire que l’histoire dément mes affirmations, que toutes les guerres ont eu un vainqueur et un vaincu depuis que le monde est monde. Et pourtant c’est faux. Oui, j’ai bien appris à l’école que la France avait gagné la première guerre mondiale en 1918 et la deuxième en 1945. Eh bien essayons de voir les faits tels qu’ils se sont réellement déroulés.

    La France et ses alliés ont été déclarés vainqueurs de la guerre en novembre 1918 et tout le pays est encore parsemé de monuments avec les noms de nos héros qui sont tombés au front. Si c’est cela gagner la guerre, que de voir des milliers et des milliers de nos concitoyens morts, blessés physiquement ou psychologiquement, sans compter toutes les destructions et les pertes matérielles ? Mais la preuve que la guerre n’avait pas été gagnée, c’est que tout y a été fait pour préparer une revanche terrible et à peine 21 ans plus tard a éclaté une nouvelle guerre plus horrible que la première avec des millions et des millions de morts.

    Mais, en 1945, un nouvel élément est intervenu. Des hommes hors du commun, d’Allemagne, de France et d’Italie, les trois pays qui avaient été le plus au cœur des combats, ont décidé qu’il fallait tourner la page, qu’il fallait sortir de cette mentalité de vainqueurs, de vaincus et de revanche, et que l’unique solution acceptable désormais était de construire tous ensemble la paix.

    Et c’est là que la paix a gagné, car la paix est dans l’intérêt de tout le monde, tandis que la guerre est toujours dans l’intérêt (apparent) d’une partie contre l’autre. Et combien l’Europe se porte mieux depuis ! Mais elle n’a pas encore vaincu tous ses démons. Les fabricants et les marchands d’armes ont réussi à faire croire que nous étions en danger dans d’autres parties du monde et qu’il y avait là-bas de nouvelles guerres à gagner. Des guerres moins meurtrières pour nous, puisqu’il suffisait de tirer de loin en restant soi-même à l’abri. Sans considération, bien sûr, pour les populations locales qui allaient à leur tour connaître l’enfer !

     

    Mais si nous avons mis tout notre cœur pour construire une nouvelle Europe pacifique, ne voyons-nous pas que faire la guerre ailleurs est comme se tirer une balle dans les jambes ou dans les bras, car un jour ou l’autre la violence semée nous retombera dessus ? Il n’y a qu’à penser aux questions du terrorisme et des réfugiés, pour voir que la guerre n’est jamais une solution. Alors pourquoi ne faisons-nous pas tous les efforts possibles, mais de tout notre cœur, pour gagner la paix. De quoi avons-nous peur ? Que les autres profitent de notre faiblesse apparente pour nous écraser ? Quelle belle excuse ! Mais nous reviendrons encore souvent sur ce sujet !


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