• Nous passons le plus clair de notre vie à nous battre avec le temps. Le temps nous tourmente, nous excite, nous fatigue, nous effraie, nous attire, nous surprend, nous console parfois, nous désespère ou nous encourage, mais il ne nous laisse jamais indifférents. On pourrait penser trouver le bonheur le jour où nous aurions définitivement résolu notre bataille avec le temps, mais voilà le grand problème : avec le temps il n’y a justement jamais rien de définitif. La solution ou le problème de ce matin sont déjà dépassés par de nouvelles réalités qui viennent de s’imposer à nous et qui changent tout. Alors que faire, se résigner à vivre toute notre vie dans un provisoire angoissant où l’on n’est jamais sûr de rien ? Ce n’est pas facile de savoir s’en sortir.

    Et pourtant, je crois que chacun de nous a fait l’expérience, à certains moments privilégiés de la vie, de la beauté et de la bonté du temps. Le temps nous fait déjà dépasser la routine, car il change sans cesse. Il nous permet de relativiser nos problèmes ou même de les oublier parfois pour toujours. Le temps est aussi un grand maître, un grand pédagogue qui nous donne chaque jour de nouvelles leçons. Le temps nous apporte parfois de belles surprises complètement inattendues qui nous font respirer.

    Mais, à côté de cela, il y a bien sûr toutes les expériences négatives qui sont liées à ce temps qui ne nous donne jamais un seul instant de répit. Là où nous pensions finalement pouvoir nous installer sur de belles certitudes acquises après de longs efforts, voilà qu’il nous faut chaque matin tout recommencer de nouveau, comme si les conquêtes d’hier n’avaient déjà plus de sens. A chacun de penser ici à tous les malheurs de notre vie qui sont liés aux caprices du temps ou à notre mauvaise gestion de tout ce qui nous arrive, notre incapacité à savoir nous organiser, le sens d’être toujours en retard ou à cheval sur cinquante réalités qui s’entrecroisent et que nous ne parvenons pas à harmoniser…

    Toutes les grandes figures de l’humanité nous ont pourtant donné de belles indications. D’abord apprendre chaque jour à vivre « l’instant présent ». Puisque le passé est passé, pourquoi continuer à y « perdre son temps », en nous plaignant de ce qui ne pourra plus être changé, en regrettant les malheurs d’hier, oubliant par là même de regarder si cet instant présent a peut-être quelque nouveau message à nous donner dont nous pourrions bien profiter.

    Et c’est la même chose pour le futur qu’on « perd son temps » à imaginer, qui nous angoisse parce que nous avons peur qu’il s’y répète des problèmes passés qui nous ont traumatisés. Ce futur qui nous fait aussi rêver, dans le bon sens du terme, mais qui nous éloigne finalement de l’attention à ce que nous pourrions vivre « maintenant », avec tellement plus d’intensité.

    Mais parler d’instant présent, n’est pas tout. Encore faut-il savoir l’accueillir, comme on accueille un hôte qui vient nous visiter. L’accueillir de tout notre cœur, l’accepter d’abord tel qu’il est, sans vouloir tout de suite le changer, sans faire « à chaque instant » des comparaisons avec le passé ou avec le futur que nous avions imaginé et qui nous apportent finalement de continuelles déceptions.

    Le bonheur viendra le jour où nous accepterons chaque instant qui se présente à nous comme le plus beau des cadeaux. Une joie inattendue ? Prenons-la à bras le corps, remercions-la, goûtons-la de tout notre cœur et partageons-la avec le plus possible de nos compagnons de voyage sur cette terre. Profitons-en au maximum. Une nouvelle découverte surprenante ? Apprenons ou réapprenons à savoir nous émerveiller de tout ce que le temps invente pour nous chaque jour. De nouvelles épreuves qui pourraient nous accabler ? Ne pensons surtout pas : « Encore ce problème ou ce malheur ! Ce sera toujours la même chose ! » Car aucun moment d’épreuve ne ressemble vraiment au précédent. Et chaque instant nous apporte aussi l’énergie nouvelle qui nous a peut-être manqué hier.

    Ce qui est sûr c’est que notre relation avec le temps peut devenir chaque jour plus pacifique, moins traumatisante, si nous nous exerçons à prendre le temps comme il vient, à l’attendre de tout notre être, comme on attend une grosse vague au milieu de la mer, qui peut nous bousculer, mais qui peut aussi nous porter avec elle, si nous sommes capables de nous jeter, pleins de confiance, dans son eau bienfaisante, de jouer avec elle et de nous laisser aller où elle voudra. La bataille ne sera plus alors une guerre perdue d’avance, mais un jeu d’amour qui fera de notre vie un long voyage toujours plus passionnant. Rêve impossible ? A chacun d’essayer. Personne ne nous en empêche.


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  • C’est effrayant ce qu’on entend ces temps-ci sur les réfugiés, en Europe comme au Moyen Orient ! J’en ai vraiment entendu de toutes les couleurs. Depuis l’accusation d’être des terroristes camouflés, à celle d’être des profiteurs, en tous cas des gens malhonnêtes et menteurs ou tout ce que vous avez dû lire ou entendre vous aussi. Il n’y a pas besoin d’allonger notre liste.

    On devrait avoir honte d’être bien tranquille, à côté de ce drame, dans sa société de consommation, ou au moins c’est ce qu’on essaye de croire ; mais ce n’est pas la société de consommation qui nous apportera la paix intérieure.

    La seule paix intérieure, nous l’aurons le jour où la fraternité grandira dans le monde. Je ne dis pas que l’on doit être naïf et croire à tout le monde. Il y a certainement des réfugiés menteurs ou avec de mauvaises intentions. Mais à cause de ceux-là se donner une bonne conscience et refuser de voir la réalité en face et de nous pencher sur la détresse de nos frères et sœurs désespérés ?

    Le mois dernier, j’ai pu visiter un camp de réfugiés syriens au nord du Liban. Une visite émouvante que je n’oublierai jamais. Des hommes, des femmes, des enfants pleins de dignité, qui essayent chaque jour de s’accrocher encore au peu d’espoir qui leur reste…

    Mais pourquoi sont-ils réfugiés au fond ? Parce qu’ils ont perdu leur maison ou des êtres chers ? C’est souvent le cas. Il peut y avoir une foule d’autres raisons concrètes. Mais j’ai été profondément touché par la simple phrase d’un responsable du camp qui nous a dit :

    « Si ces gens ont fui leur pays, c’est parce qu’ils ont refusé à un certain moment de tuer et de mourir ! » Oui, parce qu’il y a des zones dans leur pays où tout homme adulte, en âge de combattre, est appelé à prendre les armes, qu’il le veuille ou non, et à s’en aller tuer des gens de son propre peuple. S’il refuse, on le menace, on l’emprisonne, on le torture, on s’en prend à ses biens ou à sa famille. Et cela dans tous les camps de cette guerre stupide et absolument inhumaine, attisée encore par les intérêts de la politique internationale.

    Alors qu’aurions-nous fait à leur place ? Et qu’aurions-nous fait en voyant chaque jour nos femmes et nos enfants risquer d’être tués, blessés, handicapés pour toujours par une balle perdue, un obus aveugle tiré au hasard ? Je vous assure que je garderai en mémoire pour toute ma vie les regards de ces frères et sœurs syriens que j’ai rencontrés et je continuerai à me battre pour qu’on puisse les accueillir avec générosité et dans la dignité… en attendant que ce conflit bête et inutile, en plus d’être criminel, finisse par cesser comme toutes les guerres, mais à quel prix ?

     

      


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  • Vraiment, je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Nos hommes politiques sont-ils inconscients, ou achetés, ou bien sont-ils les otages de relations internationales qui les obligent à faire ce qu’ils ne voudraient pas, pour sauver ce qui peut encore être sauvé ?

    Des hommes envoyés par Daech viennent d’égorger un prêtre dans une église de l’Ouest de la France et voilà ce que disent nos responsables :

    Mr Hollande : « Nous sommes face à un groupe, Daech, qui nous a déclaré la guerre. Nous devons mener cette guerre par tous les moyens dans le respect du droit, ce qui fait que nous sommes une démocratie. »

    Et Mr Sarkozy : « Notre ennemi n’a pas de tabou, pas de limites, pas de morale, pas de frontières. Nous devons être impitoyables. Les arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles. Je demande au gouvernement de mettre en oeuvre toutes les propositions que nous avons présentées depuis des mois sans délai. Nous ne pouvons plus perdre de temps. C’est la guerre, il n’y a pas d’autre choix que de la mener et de la gagner."

    Heureusement que ce n’est pas ici une question de droite ou de gauche, pour diviser encore un peu plus les Français. Mais ne voyez-vous pas qu’on est en train de tomber à pieds joints dans le piège que Daech veut justement nous tendre ? Ne voyez-vous pas que Daech attend de nous la guerre, car c’est le terrain où ils sont sûrs de nous faire du mal, beaucoup de mal ?

    Ne voyez-vous pas que Daech ne serait jamais né si on avait réussi à faire la paix au Moyen Orient ? Et au lieu de faire la paix, on continue à vendre des armes au Moyen Orient, et quand il y a des armes, on doit s’en servir. Et quand on s’en sert, les conflits augmentent, avec les victimes, les rescapés qui cherchent à se venger, les terroristes qu’on recrute facilement par milliers, sans compter les milliers ou millions de réfugiés…

    Et nous continuons à vouloir faire la guerre au lieu de prendre des mesures sérieuses pour faire la paix ? Ce serait terrible d’en arriver à dire qu’à la fin on a presque ce qu’on mérite. Mais expliquez-moi pourquoi nos hommes politiques nous cachent la vérité.

     



     


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  • Savez-vous pourquoi je suis de plus en plus optimiste au fur et à mesure que passent les années ? Il y a certainement bien des raisons à cela, des expériences vécues qui m’ont prouvé qu’il y a toujours quelque part un « bien caché », comme je l’ai déjà écrit il y a quelques temps. Mais une des raisons principales, c’est encore la loi de la nature, ce principe des vases communicants qui fait que tout vient, un jour ou l’autre, à la lumière, qu’on ne peut rien cacher pour toujours, parce que la nature est faite de telle sorte que tout y devient peu à peu transparent.

    L’homme moderne est fier et heureux des découvertes de la science et de la technologie modernes. Avec le mauvais esprit qu’il a souvent, malheureusement, il essaye parfois d’utiliser ces découvertes pour ses intérêts égoïstes ou contre les autres. Mais, à la fin, l’équilibre se rétablit toujours, c’est une autre loi de la nature.

    Je suis frappé de voir combien ces révélations de « Panama papers » ont fait trembler et continuent à faire trembler les grands de ce monde, comme le premier ministre anglais qui se trouve dans un moment bien délicat devant ses adversaires et même son propre camp. Et pour cela il a fallu qu’un seul individu tire l’alarme, relayé bientôt par quelques journalistes, et la tempête a éclaté. On a bien vu ces dernières années combien de dictateurs sont tombés, rattrapés par cette transparence.

    Le problème, c’est que la nature est sage, mais elle est lente. Il faut par exemple attendre de nouveau tout le cycle des saisons pour voir fleurir de nouvelles plantes ou mûrir de nouveaux fruits. En attendant, les « malins » profitent de la confusion pour faire ce qu’ils veulent. Mais c’est seulement en apparence. Un jour ou l’autre on va tout découvrir. C’est vrai que certains sont morts sans avoir été rattrapés par la vérité et leurs victimes aussi sont mortes sans avoir eu la joie d’obtenir justice. Le monde est bien loin d’être parfait.

    Mais ce qui peut nous aider aujourd’hui, c’est que la vitesse des communications modernes, surtout des réseaux sociaux, devient de plus en plus rapide et cela donne de l’espoir pour que la bataille de la transparence n’attende plus le cycle des saisons pour que la lumière soit faite. Encore faut-il que des hommes et des femmes courageux risquent de se battre pour la justice et la vérité, sans être sûrs de ne pas en subir d’abord de lourdes conséquences. La conscience peut aider et aussi la peur pour les « malins » d’avoir à suivre bientôt l’exemple terrible de ceux qui ont dû finalement tout perdre après avoir cru tout gagner.

     

    Mais la bataille principale de la transparence se gagne d’abord devant soi-même et devant ses amis et ses proches, et là il y a toujours des pas à faire. Personne ne nous empêche d’avouer bien simplement que nous avons fait des bêtises et que nous nous sommes trompés, de bonne ou de mauvaise foi. Changer de cap en chemin n’est pas un signe de faiblesse, mais de courage. Et nous gagnerons toujours à faire de ce courage le cœur de notre transparence.


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  • C’est chaque fois la même chose, après chaque nouvel attentat voilà qu’une bonne partie de nos hommes politiques, mais en particulier Mr Valls (et c’est pourquoi je m’adresse à lui aujourd’hui) se mettent à crier sur les toits que nous sommes en guerre contre le terrorisme !

    Pourquoi cet aveuglement Mr Valls ? Vous pensez rassurer les Français ou les Européens qui ont peur en ce moment en leur disant : « Ne vous inquiétez pas, on va vous tuer bientôt tous ces méchants et vous pourrez de nouveau vivre en paix comme avant. »

    Mais vous ne voyez donc pas que c’est exactement cela que nos terroristes attendent de vous : que vous tombiez en plein dans leur piège mortel ! Ou vous êtes inconscient, ou vous êtes malhonnête, parce que vous espérez ainsi gagner plus de voix aux prochaines élections ou, pire encore, vendre un peu plus de nos armes sophistiquées sur le marché mondial ?

    Je ne suis pas contre vous, Mr Valls, j’ai voté pour Mr Hollande aux dernières élections et je le ferai encore si la France n’est pas capable de me proposer mieux. Mais je suis bien triste pour la France qui perd complètement la tête et toutes ses valeurs.

    Il y a 45 ans, je suis arrivé au Liban pour servir la France et le Liban comme coopérant. Je pouvais ainsi faire du bien à mon pays d’origine et à mon pays d’adoption. Et voilà que je me suis trouvé au cœur d’une guerre inhumaine et injuste qui a duré seize ans et qui n’a laissé derrière elle que des vaincus. Vous pensez que je me suis senti en guerre contre quelqu’un, contre les « méchants » de tous ordres qui venaient se défouler au Liban ?

    Non, je n’ai jamais fait la guerre à personne. J’ai « fait la paix » à tous ceux que je pouvais rencontrer, j’ai essayé de vivre la solidarité avec un peuple opprimé et je peux dire que j’ai au moins réussi à aimer ce peuple et à me faire aimer. 45 ans plus tard, après d’autres séjours dans d’autres pays du Moyen Orient je suis de nouveau ici au Liban pour « faire la paix ».

    Si vous devez faire votre travail de police et mettre des terroristes en prison, je suis d’accord avec vous. Mais n’oubliez pas que c’est pour le bien des terroristes eux-mêmes que vous le ferez, en plus du bien que cela apportera à toute la population.

    Vous devez « faire la paix » avec les terroristes, si c’est encore possible. Mais est-ce possible maintenant que vous leur avez si clairement déclaré la guerre et qu’ils sont si contents de voir que cette comédie de guerre ne devrait plus s’arrêter avant longtemps ?

    Mais savez-vous qu’en fait on ne gagne jamais une guerre ? C’est seulement la paix qui se gagne. Une guerre se perd toujours ! Ou bien expliquez-moi ce que veut dire une victoire dans une guerre : c’est la « joie » de pouvoir compter plus de morts chez l’ennemi que chez nous ? Ce serait cela la victoire qui fait honneur à notre humanité ? Ce n’est pas la « victoire » de 1945 sur Hitler qui a permis à la France de s’en sortir. Elle avait déjà « gagné » une autre guerre en 1918 et elle est de nouveau tombée dans le panneau. C’est la détermination de nos hommes de paix qui a sauvé la France et l’Europe. Et maintenant on va s’y remettre ? L’Europe part en guerre et elle se divise parce qu’elle n’est même pas capable d’accueillir quelques réfugiés qui sont victimes de sa politique étrangère guerrière ?

    Et puis, en général aussi, on fait la guerre contre un pays et une armée. Quand cette vague terroriste n’avait que quelques éléments dispersés qui se cachaient au milieu des déserts, ils n’avaient encore ni pays, ni armée. Vous ne voyez pas que c’est notre politique occidentale qui est en train de créer de toutes pièces un pays et une armée de terroristes, qui ne se cachent plus dans les déserts, mais qui habitent au cœur des villes ?

    Et quand on se gargarise de beaux slogans irresponsables comme celui de « faire la guerre au terrorisme », les autres slogans suivent, comme le titre de ce journal italien (« Il Giornale ») qui vient d’écrire en première page de son édition d’hier : « Chassons l’Islam de chez nous ! »

    Où s’arrêtera cette folie ? Le jour où la France et l’Europe commenceront à vivre le chaos que subissent depuis des années nos amis irakiens et syriens (en grande partie à cause de notre politique étrangère inconsciente) que ferons-nous ? Il sera peut-être alors impossible de revenir en arrière. C’est maintenant qu’il faut changer de cap, avant qu’il ne soit trop tard.

    Unissons-nous pour un monde plus vrai, plus juste, plus humain. On ne peut d’ailleurs jamais s’unir contre quelque chose ou quelqu’un. L’unité qui n’essaye pas d’être totale, à 360 degrés, avec mes amis mais aussi un jour ou l’autre avec mes ennemis du moment, n’est que mensonge et démagogie. On est en train d’en faire la triste expérience ces derniers temps avec la désagrégation progressive de l’unité européenne qui a cessé d’être une « unité » quand elle s’est recroquevillée sur elle-même et ses égoïsmes, au lieu d’être un modèle, comme elle aurait pu l’être, pour les autres pays du monde en conflit.

     

    Et cessez de raconter à nos compatriotes qu’ils sont en guerre. Demandez à nos parents encore vivants ce que c’est qu’une guerre, demandez à nos amis palestiniens s’ils ont le temps d’aller voir un match de football. Je sais bien que les gens ont un peu peur de sortir de chez eux en Europe en ce moment dans les grandes villes. Mais une guerre, c’est tout de même autre chose. A force de l’appeler, la guerre va finir par arriver. Ce ne serait pas mieux d’appeler la paix pour qu’elle vienne ?


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