• De Marc à Matthieu 19 (1)

    [Pour nous préparer à la lecture du chapitre 19 de l’Evangile de Matthieu, nous reprenons quelques commentaires publiés dans ce blog en 2016]

    « L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10,7-9) (cf. Mt 19,5-6 : « L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. A cause de cela, ils ne sont plus deux mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »)

    L’Evangile de Marc n’est certainement pas spécialiste de l’unité comme celui de Jean. Et pourtant, dans sa simplicité, il nous donne déjà l’essentiel. Nous désirons tous être « un » avec quelqu’un, ce doit être une libération de soi-même. Mais de quelle unité parle-t-on ? De deux êtres qui s’assemblent pour se posséder l’un l’autre ? De quelqu’un qui veut dominer son frère ou sa femme, en pensant l’aimer ? L’unité a bien des conditions. Il faut d’abord quitter son monde précédent (« son père et sa mère » et tout ce qui faisait jusqu’à présent nos certitudes). Car, pour être un avec quelqu’un, il faut accepter de sortir de notre monde connu pour entrer dans un monde que nous avons encore tout à découvrir et à accepter en même temps. Aventure qui demande beaucoup de confiance en l’autre et qui pose question : car si l’autre allait profiter de cette vulnérabilité dans laquelle je suis en train de me glisser ?

    Mais c’est là qu’intervient la garantie de Dieu. Il est inutile de penser s’unir à quelqu’un sans l’aide de Dieu, ce serait un piège qui risquerait de ne laisser à la fin que beaucoup d’amertume. Je ne veux pas dire par là que deux athées ne peuvent pas connaître la joie de l’unité, ce serait terrible. N’oublions pas que beaucoup d’athées, dans leur pauvreté spirituelle apparente, sont bien plus proches de Dieu qu’un croyant riche de la foi qu’il croit posséder. Mais c’est là un autre discours. Ce qui saute aux yeux, c’est que l’amour à deux (un amour qui ne serait pas ouvert sur un troisième élément qui peut être au fond toute l’humanité) est toujours dangereux, il se déséquilibre à la première occasion, tandis que l’amour avec Dieu au milieu de nous, à l’image de la présence de l’Esprit Saint entre Jésus et le Père, est toujours source de paix et d’équilibre.

    Mais tout cela a des conséquences. S’unir à quelqu’un au nom de Dieu est le début d’un pacte de fidélité qui durera pour toujours. Il y a bien sûr une grande différence entre l’unité d’un couple marié, ou l’amitié d’une simple communauté, ou de frères et sœurs en humanité. Ce qui est sûr, c’est que, quand on s’est engagé avec quelqu’un avec n’importe quel lien d’unité, ou d’amour, ou simplement d’amitié, on ne peut plus revenir en arrière, sous peine de blesser profondément l’autre et de se blesser soi-même. Tout cela parce que chacun est unique et ne peut être remplacé par personne. Je ne peux pas remplacer ma femme par une autre. Je ne peux pas même remplacer un ami par un autre, car Dieu, lorsqu’il s’est engagé avec moi, ne pourra jamais me dire que maintenant il m’abandonne pour un autre. Les circonstances de la vie peuvent parfois nous séparer, mais les relations entre les hommes ne sont pas comme celles avec les objets de la société de consommation : quand je suis fatigué, je jette… ! Il y a là une conversion totale à faire par rapport à la mentalité courante. 

     


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