• L'autre, moi-même et différent

    Où en sommes-nous de nos passepartouts pour le bonheur, pour la paix intérieure, la réalisation de soi-même, la liberté, la vérité… ? En deux ans je vous en ai déjà proposé quelques-uns. Aujourd’hui je voudrais vous proposer un passepartout extraordinaire : c’est tout simplement « l’autre ».

    Mais entendons-nous bien sur quel « autre ». Cet « autre » doit à la fois être tellement semblable à moi et tellement différent. C’est au fond la base de toute amitié et de tout amour. Je ne peux pas aimer un morceau de bois. Je sais que je peux aimer la nature, un animal, une œuvre d’art, mais ce sera un amour à sens unique, car on ne peut pas y trouver de réciprocité, comme dans l’amitié ou l’amour pour une autre personne humaine. A moins qu’à travers l’œuvre d’art s’établisse une communion avec l’artiste, mais cela reste en général trop anonyme.

    Oui, pour aimer l’autre, il faut qu’il soit comme moi une goutte d’humanité, avec tout ce qui rend l’homme tellement unique, mais il faut qu’il soit très différent pour pouvoir m’attirer. Et c’est là que l’autre commence à devenir pour moi un véritable passepartout. Car l’autre est un « moi » comme moi et c’est déjà tellement étonnant. Il m’aide donc à me comprendre moi-même comme un « toi » en face de lui, et à comprendre ce qui fait de moi un homme ou une femme comme lui ou comme elle, mais avec des caractéristiques uniques, même dans leur ressemblance.

    Sans les autres, je ne serais jamais devenu « moi-même ». Mais quel « moi-même » suis-je devenu ? Un moi-même très fier de soi qui a décidé de rester tel qu’il est et qui veut s’opposer maintenant au monde entier, ou un moi-même qui a compris que toute la vie peut être une aventure immense d’amour réciproque où chacun enrichit l’autre à tour de rôle de ce qui lui manque encore, pour devenir des hommes aux dimensions de toute l’humanité ?

    Facile à dire tout ça. On sait bien que la rencontre avec l’autre différent est si souvent source de conflits interminables. Jean-Paul Sartre, dans un moment de pessimisme terrible, avait même affirmé que « l’enfer c’est les autres ». Alors ce serait mieux de s’isoler pour se protéger ? Penser que l’autre est seulement un danger qui me menace et qui m’empêche d’être moi-même ?

    Je crois que c’est une question de confiance. De confiance en soi-même d’abord : ne pas penser que je suis tellement fragile que tous les autres vont automatiquement me faire du mal ; ce serait bien triste. Et en même temps confiance en l’autre. Avec prudence, certainement, sans brûler les étapes. Mais si l’autre trouve en nous cette confiance, il nous la rendra certainement un jour ou l’autre. Et alors chaque rencontre avec l’autre devient la joie de s’accueillir dans la réciprocité, de se découvrir chaque fois avec un regard tout neuf, de s’émerveiller de ce qui est justement unique dans l’autre et qui me fait en même temps respirer. Car nous avons toujours besoin de sortir de nous-mêmes, d’élargir notre esprit et notre cœur sur des horizons plus vastes, moins monotones, pour faire l’expérience de tous les aspects de la vie que nous n’aurions jamais pu imaginer en restant tout seuls dans notre coin.

    Je sais qu’il y a aussi l’autre qui se présente comme un concurrent, un adversaire, une menace ou même un ennemi. J’ai fait si souvent l’expérience que même cet « autre » là est encore une chance pour nous de découvrir quelque chose de nouveau et de nous enrichir. Car cet autre va nous obliger à mieux comprendre nos limites, à réfléchir un peu plus sur nos faiblesses et nos peurs, à vaincre nos propres démons qui ressemblent si souvent aux démons de l’autre. Si nous nous levons chaque matin en pensant que toutes les rencontres que nous ferons au cours de la journée peuvent être une chance véritable, un passepartout pour plus d’humanité, alors la vie sera toujours plus belle, plus forte, plus dynamique, même avec toutes ses épreuves et peut-être grâce à toutes ses épreuves. En tous cas, ce n’est pas en discutant de toute cette affaire qu’on se convaincra de la vérité d’une telle vision des relations humaines, mais c’est en s’y essayant, jour après jour, prêts à recommencer après chaque échec et à continuer sans relâche.

     

     


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