• La joie du retour (10)

    Profitez des vacances du blog (du 24 juillet au 15 août) pour relire les vieux articles, c’est toujours intéressant. Aujourd’hui je vous propose :

     

    Construire sa personnalité. (du 6/12/2015 dans « Au bout de soi-même »)

    Le rêve de tout homme et de toute femme en ce monde est sans aucun doute de parvenir à se construire une personnalité qui soit respectée, reconnue, et aimée si possible, par la société dans laquelle il ou elle se trouve. Facile à dire. Difficile à réaliser. C’est pour cela qu’on se cherche parfois désespérément un cercle d’intimes en famille ou avec quelques amis, où l’on se sente au moins en sécurité, en confiance, où l’on n’ait pas besoin de lutter à chaque instant pour se faire reconnaître une place au soleil.

    Mais je crois que, malheureusement, cette recherche de la personnalité est trop souvent un piège équivoque. Cela vient de notre formation en famille, à l’école, à l’université, dans nos lieux de travail et dans les réseaux sociaux. Trop souvent avoir de la personnalité veut dire savoir s’imposer aux autres, ne pas se laisser faire, comme si, pour obtenir cette place au soleil, il fallait mener une véritable lutte qui ferait plus penser à la loi de la jungle qu’à une vie sociale harmonieuse.

    Et comme les expériences difficiles ou négatives n’épargnent personne, dès notre plus tendre enfance, la peur devient souvent un élément de base qui conditionne cette recherche de notre personnalité. Peur d’être rejeté, mis de côté, traité injustement. On finit par penser que la méfiance est importante pour s’en sortir. On considère l’autre comme un adversaire plutôt qu’un frère ou une sœur, un adversaire contre lequel on doit être prêt à chaque instant à se défendre.

    Mais si on se laisse gagner par cette peur, consciente ou inconsciente, que va-t-il se passer ? Nous allons peu à peu construire notre personnalité comme une tour, la plus haute possible, qui nous protège des attaques de l’autre. Imaginons par exemple que, dans une discussion politique devant tout le monde, mon adversaire m’ait tourné en ridicule sans que j’aie su répondre. Je vais être fâché envers moi plus qu’envers mon adversaire du moment. Je vais tout faire pour qu’une telle situation ne se reproduise plus. Je vais ruminer dans ma tête un tas de pensées et de raisonnements que je pourrai jeter la prochaine fois à la tête de l’autre et ce sera lui qui deviendra, à son tour, ridicule : belle vengeance assurément !

    Le résultat de tout cela, c’est que la carapace étanche qui m’enveloppe deviendra chaque jour un peu plus épaisse. Personne n’osera plus m’attaquer, mais au-dedans de mes murailles je continuerai à me dessécher. Je serai peu à peu incapable de comprendre l’autre différent, d’accepter, d’écouter une expérience nouvelle qui pourrait m’enrichir. Pauvre personnalité qui restera pour toujours coincée dans la prison que je me serai moi-même procurée. Tout cela est la caricature d’un blog, évidemment, mais c’est pour me faire comprendre.

    Si l’on poursuit notre caricature dans le sens opposé, je peux décider un jour ou l’autre de casser ces murailles qui m’empêchent de m’approcher de l’autre et chercher avec chacun l’amitié, la compréhension, le partage. Je n’aurai plus peur, parce que ce sera mon cercle d’amis ou de famille qui me protégera, car je serai aimé et respecté de tout le monde. Je ne serai pas préoccupé d’être reconnu, parce que tout mon temps sera occupé à reconnaître les autres, à les aider eux aussi à être eux-mêmes, comme moi j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont aidé à être moi-même.

    Les deux visions extrêmes ne sont pas vraiment réelles, direz-vous. La vérité est probablement dans un équilibre entre les deux ? Oui, d’une certaine manière. Mais je crois qu’il faut lutter toute sa vie de toutes ses forces pour ne pas tomber dans le piège d’avoir quelque chose à défendre. Je n’ai ni à me défendre, ni à me justifier de ce que je fais et de ce que je suis. Je suis, comme tout être humain, à la recherche de relations harmonieuses avec mes compagnons de voyage sur cette terre. La vie est brève. Si avec certaines personnes la relation est vraiment trop difficile, commençons par ceux avec qui je peux me comprendre plus facilement, mais pas pour en rester là dans un pauvre petit cercle fermé. Au contraire pour élargir peu à peu mon et notre cercle sur tous ceux que je rencontrerai en chemin et qui sont avides comme moi de trouver un monde où se rencontrer veut dire s’ouvrir, se faire respirer chaque jour un peu plus les uns les autres, avec un regard sur des horizons toujours plus larges, qui vaillent vraiment la peine de vivre. Alors sortons ensemble et nous ne serons pas déçus !

     

     


  • Commentaires

    1
    Hayat Fallah
    Vendredi 1er Septembre à 19:34
    Je viens de relir cet article et je l'apprécie encore plus !Ce n'est pas si facile d'être soi-même ...d'élargir et d'ouvrir son propre cercle...Ça s'apprend ...
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