• La mémoire de son Amour.

    « Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1,50) « Il se souvient de son amour. » (Lc 1,54)

    Chaque phrase du « Magnificat » de Marie est une nouvelle surprise qui nous émerveille et qui suffirait à elle seule à tout nous dire. Un petit rappel seulement, pour commencer, sur le sens de la « crainte de Dieu » qui a porté parfois à confusion. « Craindre Dieu » ne veut absolument pas dire ici avoir peur de lui ou de je ne sais quel châtiment qui nous attend si nous ne sommes pas fidèles. Non, Jésus n’arrête pas dans l’Evangile de nous dire de ne pas avoir peur, il est venu justement pour nous libérer de toutes nos peurs justifiées ou non justifiées. Craindre Dieu, c’est plutôt craindre de faire soi-même des bêtises et de gâcher le trésor que Dieu nous a confié. Mais si crainte il y a, c’est une crainte d’amour parce que nous aimons Dieu et les hommes et nous désirons seulement leur bien…

    Ceci dit, il y a de nouveau dans ces deux phrases un grand miracle. Le miracle de l’amour qui est cité ici explicitement. L’Evangile nous a révélé que Dieu est Amour, de toute éternité. Cet amour éternel qui coule du Père vers le Fils et du Fils vers le Père dans l’Esprit, car l’Amour est justement l’Amour qui relie le Père avec le Fils, a dû s’adapter à la dimension du temps et du lieu que nous vivons sur la terre, ou rien justement ne peut être éternel. Alors que faire ? Se décourager, parce que les plus belles découvertes, les plus grandes joies sont toujours passagères et que rien n’est définitif ? Non, Dieu est Dieu et puisque c’est lui qui a créé pour nous le temps, il sait bien comment y faire passer aussi son amour.

    Il a donc trouvé le moyen pour que son amour ne soit pas dépendant du temps qui passe et qu’il soit en quelque sorte éternel : c’est tout simplement ce que Marie nous dit quand elle proclame : « Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » Elle vient à peine de dire : « Tous les âges me diront bienheureuse. » Dieu en Marie a vaincu le caractère provisoire du temps. Mais comment Marie, cette jeune nouvelle maman sans expérience, a-t-elle pu comprendre tant de choses si essentielles pour l’humanité, en si peu de temps, avec cette si profonde simplicité ? Sans doute encore un autre miracle de l’Esprit Saint qui est en train de la remplir…

    Mais non seulement Dieu a vaincu le temps en Marie et sera toujours avec nous « jusqu’à la fin du monde », mais il a trouvé pour nous un moyen concret de le vaincre avec lui : c’est le miracle de la mémoire. Saint Jean nous enseignera plus tard que l’Esprit Saint est le Dieu de la mémoire, celui qui nous rappelle tout ce qui est important au bon moment. Marie nous parle ici d’un Dieu qui « se souvient de son amour », qui ne l’oublie jamais. Alors que toute l’angoisse de notre vie sur terre est le plus souvent que les belles choses que nous avons vécues ou découvertes, disparaissent bien vite à cause du temps et tombent dans l’oubli. Non, l’amour de Dieu qui vient de nous envahir en Marie, porte en lui une « mémoire » qui se renouvelle chaque fois que nous nous laissons porter par lui, chaque fois que nous aimons Dieu et que nous nous aimons les uns les autres. Cette mémoire dont nous pourrions parler tellement longuement, mais qui est simplement la grâce de nous souvenir, aux pires moments de l’épreuve, que Jésus est mort et ressuscité et que sa résurrection est toujours vivante au cœur du monde et de chacun d’entre nous…


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