• La vision des quatre verbes (suite)

    (voir l’article précédent du 27 mars)

    Elle vous a plu ma vision des quatre verbes ? Sans doute un peu, c’est assez curieux et original peut-être. Mais vous vous demandez quand même si ce n’est pas artificiel ou forcé de vouloir résumer toute une vie en quatre petits mots, aussi importants soient-ils.

    Eh bien, d’accord, je vais essayer de relever le défi. Vous allez me dire sans doute qu’un des aspects les plus marquants de notre vie de tous les jours, c’est que nous sommes constamment appelés à agir, à faire, à travailler, à nous occuper. Comment relier tout cela à être, accueillir, donner et refuser ? Vous allez voir que c’est au fond très simple.

    « Etre » d’abord : puis-je faire sans être ? C’est possible, je serais un pauvre robot dépourvu de conscience, de décision ou de volonté, manipulé par les autres. C’est certainement un des visages de l’esclavage. Il existe malheureusement encore, dans notre monde moderne, des hommes et des femmes qui travaillent comme des bêtes, sans même savoir pourquoi, mais qui y sont obligés et qui ne penseraient jamais à dire : « J’agis, donc je suis. Je fais, donc je suis. Je travaille, donc je suis. » Mais c’est seulement une déformation, terrible, car elle enlève à l’homme le sens même de son humanité. Car c’est certainement en faisant et en travaillant que nous apprenons particulièrement qui nous sommes, le sens de notre personnalité et de notre destinée.

    Mais quel rapport peut-il y avoir entre faire, « accueillir » et « donner » ou « se donner » ? C’est là l’essentiel de notre sujet d’aujourd’hui. Pourquoi l’homme est-il appelé à faire ou à travailler ? Pour gagner sa vie ? Certainement. Pour mieux organiser aussi sa vie de tous les jours : habitation, nourriture, santé, transports, éducation, culture, détente. Il y a beaucoup à faire pour que tout marche. On passe l’essentiel de sa journée à travailler. Mais comment travaille-t-on ? C’est là la question qu’on doit se poser. J’accomplis mon travail à la hâte pour qu’il finisse le plus tôt possible ? Je ne pense qu’au moment où je pourrai me reposer après le travail, prendre des vacances et finalement, dans quelques années, ma retraite ? J’évalue l’importance de mon travail en fonction du salaire que je recevrai à la fin du mois ? Il y a beaucoup de façons de se situer par rapport à son propre travail.

    Beaucoup de gens ne sont malheureusement pas heureux dans leur travail, ils le vivent comme un fardeau lourd dont ils auraient tant aimé se passer. Mais il faut reconnaître que l’on trouve tout de même des gens qui sont heureux d’aller le matin au travail, qui se sentent réalisés par la tâche qu’ils ont trouvée, qui leur permet de développer des talents, d’assouvir même parfois leurs passions. La seule manière d’ « être » véritablement en travaillant, nous allons voir que c’est en « accueillant » son travail de tout son cœur que l’on va y parvenir. Je serai véritablement homme, un homme réalisé (ou une femme réalisée), le jour où j’irai au travail pour « accueillir » la tâche qui va m’être demandée comme un don précieux, une occasion unique, une possibilité exceptionnelle. Je serai pleinement moi-même lorsque je me rendrai à mon travail comme on va à un rendez-vous amoureux, à une rencontre qui va nous combler. Alors je serai actif dans mon travail, je l’améliorerai chaque jour, je le développerai, je lui inventerai de nouveaux buts ou de nouvelles fonctions. Ce ne sera jamais monotone.

    Mais surtout je serai heureux dans mon travail lorsqu’il m’apportera l’occasion de m’y donner tout entier, de faire fructifier mes talents au service des autres et de la société tout entière. C’est vrai que le travail va me récompenser par un salaire à la fin du mois ou par des gains réguliers en cours de route.  Mais pourquoi vais-je au travail ? Pour profiter des autres et pour les exploiter ? Ou pour les servir, les faire profiter de mes capacités, leur donner la joie d’accueillir à leur tour le don que je pourrai leur faire ?

    On comprend bien par là, même si l’article d’un blog est toujours trop court pour entrer dans les nuances nécessaires, qu’accueillir et donner ou se donner, est le sel qui donne du goût à notre vie, à nos activités, à nos relations sociales. Et « refuser » dans tout cela ? C’est le sens de ma liberté, comme nous l’avons déjà vu. Je peux refuser de travailler. Mais je peux surtout refuser les conditions de travail inhumaines, pour moi ou pour les autres, qui nous empêchent de nous épanouir au travail. Il y a évidemment beaucoup à faire pour que tous les hommes soient vraiment heureux lorsqu’ils travaillent, mais la bataille pour un travail meilleur et plus gratifiant pour tous les hommes est aussi un but pour lequel il vaut la peine de se donner.


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