• Marc 11

    L’Evangile est étonnant. C’est vraiment la Parole de Dieu. A la fois simple, concrète, profonde et en même temps rapide dans son essentialité. Jésus et l’évangéliste sont en train d’aller droit au but. « Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, de Bethphagé, près du mont des Oliviers. »

    Jésus est encore en mouvement, mais ce mouvement qu’il est lui-même, ce mouvement qu’est Dieu qui pénètre dans l’histoire de l’humanité (« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur… ») va bientôt s’arrêter. Jésus ne va plus parcourir la Galilée et la Samarie, la Décapole ou la Phénicie. Il a fait ce qu’il devait faire. Le voilà qui rentre à Jérusalem, car son heure est proche.

    Peu de mots, quelques descriptions, peu d’actions. Les personnages du drame qui arrive à sa fin ne sont plus que Jésus et ses disciples d’un côté et les grands prêtres, les scribes et les anciens de l’autre, avec la foule au milieu qui va sembler prendre définitivement le parti de Jésus, pour le trahir presque tout de suite après.

    Mais revenons encore à ce mouvement extraordinaire, Dieu qui vient nous visiter, qui ne cesse de se déplacer, qui nous donnerait presque le tournis. « Ils partent… » « Ceux qui marchaient et ceux qui suivaient criaient… » « Jésus entra à Jérusalem. » « Ils quittèrent Béthanie… » « Ils arrivèrent à Jérusalem. Alors Jésus entra dans le Temple… » « Jésus et ses disciples s’en allaient hors de la ville… » « …en passant… » « Jésus et ses disciples reviennent à Jérusalem. Et comme Jésus allait et venait dans le Temple… » Oui, Dieu est mouvement, sans doute parce qu’il est amour et l’amour ne peut pas un instant s’arrêter, car il est là continuellement en train d’accueillir et de donner.

    La première description est un peu originale. La recherche de cet ânon qu’on va amener à Jésus pour qu’il monte dessus. Ce qui est étonnant ici, c’est que les disciples vont prendre cet ânon qui ne leur appartient même pas et personne ne va rien leur dire. On dirait que Jésus joue avec ses disciples. Cela ne se fait pas d’aller prendre un âne dans la rue sans même le dire à son propriétaire, mais Jésus lit dans la pensée des gens, il sait comment les disciples vont faire pour s’en tirer. C’est un peu comme le figuier que Jésus maudit un moment plus tard et qui va se dessécher définitivement. Ce sont encore des signes, des clins d’œil de Jésus à ses disciples, à travers lesquels il leur enseigne encore son message. « Et ses disciples écoutaient ». Jusqu’au dernier moment ils essayent de comprendre, sans peut-être y parvenir beaucoup, mais ce sera là l’occasion d’un enseignement supplémentaire. Rien n’est fait au hasard. Jésus n’est pas en train de faire des caprices pour le plaisir. Il accumule les signes pour que ses disciples n’aient plus de doutes.

    Les principaux tableaux de ce chapitre sortent tous encore plus de l’ordinaire. L’acclamation de la foule à l’entrée de Jésus à Jérusalem montre que Jésus aurait vraiment pu devenir le roi des Juifs s’il l’avait vraiment voulu, mais ce n’était pas dans le plan de Dieu. Les disciples « amènent le petit âne à jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus. Alors beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d’autres des feuillages coupés dans la campagne. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : ‘ Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni le Règne qui vient, celui de notre père David. Hosanna au plus haut des cieux !’ » Une sorte de rêve qui sera de bien courte durée. Avec Jésus on rêve toujours à ce qui serait arrivé s’il s’était servi de ses pouvoirs divins : mais c’est justement cette tentation du diable qu’il a rejetée lorsqu’il était tout seul au désert. Le destin de Jésus est un autre et cela va vite devenir bien clair.

    C’est pour cela que Jésus va maintenant provoquer ses adversaires dans le Temple. Cette fois-ci c’est une action bien réfléchie, étudiée à l’avance. « Jésus entra à Jérusalem dans le Temple. Il inspecta du regard toutes choses et, comme c’était déjà le soir, il sortit avec les disciples pour aller à Béthanie. » Jésus s’est préparé mais il attendra le moment propice le lendemain, en pleine journée, sans doute quand il y a le plus de monde, pour agir enfin. Cette fois-ci, il ne va plus se cacher. Car il sait que sa provocation sera le début de la fin. « Jésus entra dans le Temple et se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le Temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne traverser le Temple en portant quoi que ce soit. Il enseignait et il déclarait aux gens : ‘L’Ecriture ne dit-elle pas : ‘Ma maison s’appelle maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits.’ Les chefs des prêtres et les scribes apprirent la chose, et ils cherchaient comment le faire mourir. » Son heure est venue.

    La fin du chapitre sera ce dialogue de sourds entre Jésus et les chefs des prêtres, les scribes et les anciens qui l’abordent cette fois directement, car Jésus a dépassé les bornes : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou bien qui t’a donné autorité pour le faire ? » Tout est là : une question d’autorité. Les grands prêtres et les scribes pensaient que leur autorité venait de Dieu et ils étaient tellement aveuglés qu’ils ne pouvaient pas voir que c’était Dieu lui-même qui était en train de leur parler. Voilà ce que l’homme est capable de faire du message de Dieu. Pire que ceux qui refusent Dieu, parce qu’ils n’y croient pas : ceux qui prétendent suivre Dieu, mais qui font le contraire de ce qu’il demande. Une grande leçon de l’Evangile.

    Tout cela est suffisamment clair dans ce chapitre, comme une immense caricature. Mais le message ne s’arrête pas là. En passant, en quelques mots adressés à ses disciples, Jésus va encore résumer tout le sens de la Bonne Nouvelle. On pourrait la synthétiser avec ces trois mots : foi, prière et pardon. Tout est là. Le pardon, c’est le plus grand signe de l’amour de Dieu qui n’a pas de limite. « Quand vous êtes là en train de prier, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. » Le pardon que l’homme tout seul ne pourrait certainement pas avoir la force d’exercer, il le trouve justement dans la prière qui lui permet de se laisser pénétrer par cet amour immense de Dieu qui ne juge jamais, car il est là pour donner sa vie pour nous qui sommes pécheurs.

    Mais pour prier et pardonner il faut faire le pas de se jeter un instant dans le vide : « Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : tout homme qui dira à cette montagne : ‘Enlève-toi de là et va te jeter dans la mer’, s’il ne doute pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé ! C’est pourquoi je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez déjà reçu, cela vous sera accordé. » C’est encore un autre caprice que Jésus nous fait faire dans ce chapitre parfois étrange ? Non, simplement Jésus veut nous dire que ses catégories de pensée vont bien au-delà des nôtres, nous n’arriverons jamais à tout comprendre. Mais la prière est justement la garantie qu’il ne s’agira pas d’un caprice, car dans la prière c’est l’Esprit de Dieu qui nous dira ce que nous devons demander avec la certitude de l’avoir déjà obtenu.

    J’ai déjà expliqué auparavant combien nos langues européennes sont limitées lorsqu’elles parlent d’ « avoir la foi ». Il n’y a pas de verbe avoir dans les langues sémitiques. La foi ne sera jamais quelque chose qu’on « a », qu’on « possède ». Il s’agit ici simplement de croire, c’est-à-dire de faire confiance à Dieu, même dans l’obscurité et de se jeter dans ses bras. La foi est un mouvement de l’amour de Dieu en nous que nous laissons pénétrer au plus profond de notre cœur et qui transforme notre vie, mais dans une perpétuelle donation de nous-mêmes, car la foi ne sera jamais une assurance basée sur des certitudes passées, mais l’intuition que Dieu est là qui nous attend et va nous sauver.

    La Parole de Dieu est vraiment unique. Qu’on la retourne dans tous les sens, elle nous redira toujours la même chose mais avec des nuances infinies, toujours nouvelles. Et tout tourne encore entre ces trois piliers de notre vie : moi, Dieu et le frère. Moi qui ne serais rien sans Dieu et le frère, moi qui ne peux pas me contenter de prendre Dieu pour moi tout seul en dédaignant le frère que je dois aimer jusqu’au pardon. Et ce frère qui attend que je lui transmette l’amour et le pardon de Dieu, comme moi je l’ai reçu. Trinité d’amour au ciel et sur la terre, tout cela en quelles phrases rapides, profondeur unique et insondable de la Parole de l’Evangile !

     

     


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