• Marc 12

    L’Evangile est vraiment extraordinaire ! C’est vraiment la Parole de Dieu ! Si on le lit de manière superficielle, on ne va pas se rendre compte des trésors qui y sont cachés. Ce chapitre 12, assez bref, ne semble pas apporter de grandes nouveautés, à première vue. C’est ici la dernière fois que Jésus enseigne dans le Temple. On y trouve la parabole des vignerons homicides, une foule de gens qui viennent provoquer Jésus pour lui tendre des pièges : les pharisiens, les hérodiens, les sadducéens et les scribes. On voit que le conflit entre Jésus et ses ennemis arrive à son paroxysme. Jésus reste serein, il répond tranquillement à ses adversaires, faisant voir par-là que sa sagesse est inépuisable. Et le chapitre finit avec l’épisode, apparemment banal, de l’obole de la veuve.

    Et pourtant, si l’on prend le temps de s’arrêter vraiment sur chaque phrase et de s’y plonger entièrement, on va y retrouver toute la synthèse de ce qui a été dit depuis le premier chapitre, avec quelques nouveautés en plus. Ce Dieu Trinité que Jésus nous a révélé, qui vit en lui-même dans ce mouvement perpétuel et en même temps toujours nouveau de l’accueil et du don réciproques dans l’amour de l’Esprit et qui est descendu sur terre pour emmener l’homme dans cette aventure trinitaire, ce Dieu Amour vient parachever son travail avant de parvenir au conflit final qui va entraîner sa mort et sa résurrection.

    On a le souffle coupé si l’on saisit vraiment l’enjeu de ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Un Dieu qui a tout donné, qui veut faire à l’homme le cadeau de ce qu’il y a de plus cher en lui et l’homme qui le refuse, qui veut même le tuer, s’en débarrasser. Un Dieu qui demande seulement à l’homme de s’arrêter un instant et de l’écouter : « Ecoute, Israël » Il suffirait parfois d’écouter simplement pour que toute la vie change. Parce que, quand on écoute, on peut finalement comprendre ce qui se passe en nous et autour de nous, toute la vie prend son sens. Tandis que, si l’on refuse d’écouter, on reste pour toujours replié sur soi-même, son égoïsme, son orgueil, ses fausses idoles et l’on court à la catastrophe.

    Accueillir et donner, disons-nous toujours, ces deux verbes qui sont comme les deux aspects complémentaires de l’être dynamique qui apporte la vie. Il suffirait d’accueillir de tout son cœur ce Dieu qui se donne à nous et de nous donner à lui à notre tour. C’est ce que la pauvre veuve a bien compris : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. » Et ainsi elle est entrée dans l’amour de Dieu.

    Il y a bien la foule qui « était nombreuse » et qui « l’écoutait avec plaisir ». Mais on ne peut s’empêcher de penser que cette même foule va bientôt demander de crucifier Jésus. Et les disciples, ils semblent presque invisibles, même si c’est bien à eux que Jésus fait son observation sur la pauvre veuve. Dans les deux prochains chapitres Jésus va se retrouver pour la dernière fois avec ses disciples, pour un dernier enseignement, la dernière cène et la nuit d’agonie au Gethsémani, puis ils vont s’enfuir à l’approche de la grande épreuve.

    Et pourtant Jésus semble paisible, souverain, sa force, sa sagesse et sa confiance ont leur source dans une autre dimension qu’il est encore bien difficile de comprendre sur cette terre. La pauvre intelligence des ennemis de Jésus ne va pas bien loin, en tous cas. Ils sont tellement aveuglés par leurs habitudes et leurs pensées qu’il ne voient même pas la bêtise de leurs pauvres calculs maléfiques. Ils essayent de faire tomber Jésus dans des contradictions. En essayant par exemple d’opposer son annonce du Royaume aux réalités terrestres de l’empire romain. Opposer Dieu à César. Mais ils n’ont pas compris que le Dieu de Jésus-Christ ne sera jamais un Dieu qui veut écraser l’homme. Dieu nous aime trop pour ne pas respecter notre liberté : « A César, rendez ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

    Mais, en passant, Jésus a le temps d’expliquer dans toute sa clarté le piège du mal dans lequel ses ennemis sont en train de tomber. Ses ennemis sont tellement avides de gloire, de pouvoir, de richesse, de réalités terrestres, qu’ils sont prêts à tuer celui-là même qui leur a donné la vie. Au lieu d’accueillir le maître de la vie en le remerciant et en essayant de faire fructifier cette vie comme le plus beau des talents, ils vont maintenant essayer de le tuer pour devenir eux-mêmes les seuls maîtres de l’univers. « Ces vignerons-là se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier : allons-y ! tuons-le, et l’héritage va être à nous ! » Ils sont tombés complètement dans le piège du démon et ne se rendent pas compte qu’ils vont ainsi accélérer la victoire de Dieu sur le mal.

    Cette victoire de Dieu sur le mal va se réaliser par la résurrection de Jésus après sa mort. Là est la grande nouveauté du chapitre : la résurrection. Une partie des juifs croyaient en la réalité de la résurrection, même s’ils se demandaient comment cela pouvait se faire. Certains n’y croyaient pas, comme les sadducéens qui se moquaient donc de Jésus : « A la résurrection, quand ils ressusciteront (les sept frères qui ont eu l’un après l’autre la même femme comme épouse), de qui sera-t-elle l’épouse puisque les sept l’ont eue pour femme ? » « Jésus leur dit : ‘N’êtes-vous pas dans l’erreur, en méconnaissant les Ecritures, et la puissance de Dieu.’ Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux. Quant à dire que les morts doivent ressusciter, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au récit du buisson ardent, comment Dieu lui a dit : Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes complètement dans l’erreur. »

    Voilà bien là une révolution totale dans la manière de comprendre la vie et la mort. Et Jésus qui est avec le Père et l’Esprit la source de la vie, sait bien que cette vie, une fois née, ne pourra plus s’arrêter. Comment va-t-elle continuer après la mort, c’est bien difficile à imaginer. Mais la résurrection de Jésus même dans sa chair va déjà faire entrevoir aux disciples et donc à tous ceux qui accepteront le message de Jésus, le mystère de notre propre résurrection à nous, les hommes pour qui Dieu a donné sa Vie !

    Alors tout devient tellement plus simple. Le mystère de la vie, de l’amour et de la mort sont illuminés pour toujours d’une lumière nouvelle. La vie, c’est ce mouvement en Dieu de l’accueil et du don réciproques qui ne s’arrêtent jamais. Le mal c’est ce désir fou d’arrêter le mouvement de l’amour pour le détourner pour soi-même et ses intérêts égoïstes. « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés. »

    Mais le comble du mal, ce n’est pas de détourner seulement provisoirement le mouvement de l’amour, mais c’est de vouloir arrêter cet amour pour toujours, l’empêcher de passer et de se reproduire, comme un cancer qui empêche les cellules vivantes de se renouveler. C’est la folie homicide des mauvais vignerons. Et il ne reste à l’amour que deux solutions évidentes. Ou bien réussir à dissoudre ce mal à la chaleur de l’amour avant qu’il ne devienne un mur trop robuste, ou bien aller se fracasser contre ce mur et y mourir apparemment définitivement. Mais c’est là que Dieu interviendra dans sa toute puissance, fera ressusciter l’amour et vaincra le mal pour toujours. A ce moment-là, tout ce que le mal aura tenté de rejeter aura la place d’honneur, comme la pauvre veuve et la fameuse pierre angulaire : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! »

     

    A l’homme de ne pas tomber dans le piège et de suivre désormais chaque jour le mouvement de l’amour par la mise en pratique des deux commandements, tellement simples au fond que Dieu y a ouvert une porte immense sur son royaume, où tout homme de bonne volonté pourrait entrer désormais sans trop de difficulté. Le premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. » « Voici le second : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandements plus grands que ceux-là. » Le message de Jésus est vraiment extraordinaire dans cette simplicité ! 


  • Commentaires

    1
    Hayat
    Jeudi 19 Janvier 2017 à 22:52
    Waouhhhh je n'avais jamais saisie la ligne conductrice, l'unité de ce chapitre !
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