• Marc 4

    Ce nouveau chapitre est extraordinaire. Je ne sais pas ce qu’il vous dit quand vous le lisez et le relisez. C’est un chapitre célèbre, celui de la parabole du semeur et de la tempête apaisée. Moi j’y vois surtout la bataille qui prend forme entre la peur et la confiance, entre la peur et la foi. C’est une bataille qui va durer jusqu’à la fin de l’Evangile, c’est aussi la bataille de toute une vie. Marc a réussi en quelques phrases, quelques tableaux et quelques évènements à nous situer tout de suite au cœur de ce drame qui se joue.

    Notre nouveau chapitre est aussi un approfondissement de notre connaissance de Jésus. On apprend encore mieux à le découvrir. Puis on découvre un peu plus l’importance de la Parole et la proximité du règne de Dieu. Nous entrons peu à peu dans cette nouvelle compréhension à travers la lenteur de l’esprit des apôtres qui ont bien du mal à saisir le sens de tout ce qui se passe. Ils ne comprendront que plus tard que la Parole et le Règne de Dieu, c’est encore Jésus Lui-même qui se révèle sous d’autres aspects.

    Notre épisode se termine avec une nouvelle manifestation de la puissance de Dieu en Jésus qui crée la confusion dans l’esprit des apôtres : « Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : ‘Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?’ » Jésus a simplement interpellé le vent « avec vivacité » et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » et la tempête s’est calmée aussitôt. Il y a bien évidemment le doigt de Dieu dans cette intervention aussi nette. Mais pourquoi les apôtres sont-ils « saisis de crainte » au lieu de se réjouir ? Qu’ils aient peur de la tempête, c’est bien compréhensible, mais pourquoi ont-ils peur de la puissance de Dieu qui vient les délivrer ? Pourquoi nous-mêmes continuons à craindre l’intervention de Dieu dans notre vie ?

    Mais revenons au début de notre chapitre. Aujourd’hui Jésus enseigne. Il enseigne à la fois à la foule et aux disciples. On commence à voir la distinction entre les apôtres qui comprennent quelque chose, même si c’est avec une immense lenteur, et la foule qui est fascinée, mais qui est complètement dépassée, qui ne comprend rien. « C’est à vous qu’est donné le mystère du royaume de Dieu, mais à ceux qui sont en dehors tout se présente sous l’énigme des paraboles, afin que se réalise la prophétie : ... ils pourront bien écouter de toutes leurs oreilles, mais ils ne comprendront pas. ». Pourquoi cela ? Jésus a-t-il décidé de choisir quelques privilégiés et d’abandonner le reste de la foule à son triste sort ? Evidemment pas : tout l’Evangile nous montre le contraire. Jésus aime la foule, il a pitié d’elle, il se donne à elle continuellement, il va donner sa vie pour elle à la fin de tout. Mais il sait qu’il faudrait trop longtemps pour qu’elle comprenne et le temps de Jésus sur cette terre est compté. Alors il doit se contenter pour l’instant de former ces quelques disciples et ce sont eux plus tard qui s’occuperont directement d’enseigner la foule. Et en attendant, combien faut-il de patience à Jésus pour enseigner aux disciples eux-mêmes : « Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? »

    Au moins les disciples sont-ils  à l’écoute. Cette écoute est la base de notre accueil du message de Jésus. « Ecoutez ! » « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » « Faites attention à ce que vous entendez ! » Mais il ne suffit pas, bien sûr, d’écouter et d’entendre, il faut essayer de comprendre le sens du message. Ce n’est pas si facile, mais au moins les apôtres sont-ils dans l’attitude positive à la fois passive, qui écoute, et active qui veut s’investir complètement dans cette nouvelle réalité qui s’ouvre à eux : « Les Douze l’interrogeaient sur les paraboles. » « Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre. »

    Mais venons-en finalement à nos paraboles. Elles sont à la fois toutes simples, images de la nature et de la vie de tous les jours comme elle se déroulait déjà il y a 2000 ans et comme elle se déroule encore de nos jours, et d’une profondeur et d’une sagesse inouïes. On pourrait se demander tout de même au premier abord si ce semeur n’est pas un peu trop bon ou simplement trop naïf. « Voici que le semeur est sorti pour semer... Du grain est tombé au bord du chemin... Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux... Du grain est tombé aussi dans les ronces... Mais d’autres grains sont tombés sur la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent pour un. » Jésus explique ensuite que cette semence c’est « la Parole. ».

    La comparaison n’est donc qu’une image à ne pas prendre au pied de la lettre. Mais on peut se demander tout de même pourquoi toute cette semence semée n’importe où, au bord du chemin, sur du sol pierreux et dans les ronces. Bien sûr, la Parole de Dieu est infinie, elle ne cesse jamais, le semeur n’a pas besoin de calculer, il lui en restera toujours, mais n’est-il pas trop bon de semer là où il est presque sûr de ne pas porter de fruit ? C’est là que commence la révolution de l’Evangile. L’amour de Dieu est sans limites, il donne et se donne toujours sans aucun calcul. Dieu espère toujours, il croit que même au milieu des ronces, des pierres et au bord du chemin il peut se trouver un peu de bonne terre pour donner du fruit.

    Mais la véritable révolution dans la compréhension de cette parabole est sans doute encore plus subtile. Malheur à nous, bons lecteurs de la Parole, si nous interprétons ces quelques phrases en classant déjà les personnes que nous rencontrons chaque jour en « bord du chemin », « sol pierreux », « ronces » ou « bonne terre » et si nous-mêmes nous pensons être la « bonne terre ». On ne peut comprendre notre parabole que si on essaye de regarder soudain tous les hommes avec le regard de Dieu. C’est Lui qui nous a créés, il sait bien la valeur de chaque homme, il sait bien qu’en chaque homme il y a de la bonne terre, puisque c’est Lui qui a mis en chacun cette bonne terre. Il sait aussi que « Satan survient et enlève la Parole » qui est semée en nous. Il sait qu’il y a en nous tellement d’obstacles et de faiblesses de toutes sortes. Mais il a donné sa vie pour que nous vainquions ces obstacles. Il a vaincu le monde, pour toujours. Voilà pourquoi il continuera pour l’éternité à semer partout la Parole. A nous de décider seulement, en toute liberté, si nous voulons vraiment être du côté de la bonne terre, si nous voulons être de ceux qui « entendent la Parole, l’accueillent et portent du fruit. »

    Et c’est ici que se situe la bataille entre la peur d’une part et la foi et la confiance d’autre part. Il faut bien reconnaître que notre société chrétienne a véhiculé pendant des siècles une mentalité malade, faite de complexes de culpabilité, de peur du péché et de l’enfer. Notre monde moderne a cru devoir sortir de l’Eglise pour se libérer enfin de cette peur, de cette angoisse qui l’opprimait, alors que la solution était tout simplement dans l’Evangile si on se donne la peine de l’écouter vraiment. Nous avons fait du christianisme une religion de la peur. Et l’on peut continuer à comprendre tout notre chapitre avec cette même mentalité malade. « Rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir au grand jour. » Ce sera alors la peur panique que l’on vienne à savoir toutes les bêtises cachées que j’ai commises ? Et pire encore : « Celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » On peut lire tout l’Evangile en pensant avec angoisse au jour du jugement qui va nous condamner pour l’éternité.

    Et pourtant Jésus a dit aux disciples, après avoir apaisé la tempête : « Pourquoi avoir peur ? comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » La peur ne vient jamais de Jésus. Jésus n’est pas venu pour nous juger ou nous condamner, mais pour nous sauver. Sinon pourquoi aurait-il donné sa vie pour nous sur la croix ? Et l’on peut relire alors les deux autres paraboles de notre chapitre avec une immense espérance. « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » Mais oui, il suffit de se mettre en route avec Jésus et lui fait le reste, même quand nous dormons, même si nous ne savons pas comment. Et puis le règne de Dieu est aussi « comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. ». Et en fin de compte quel optimisme nous devons avoir, car « celui qui a recevra encore » et nous, nous « avons » puisque Dieu nous a tout donné, à moins d’avoir sciemment refusé ce don de la Parole, ce don du règne de Dieu parmi nous, mais qui ferait une chose pareille en toute conscience ? Jésus est venu nous libérer. Ce n’est pas grave si, chaque jour, nous retombons encore dans quelques faiblesses, si nous ne sommes pas toujours pleinement ressuscités, mais la Parole est là en nous et au milieu de nous et elle a vaincu le monde ! Ce n’est pas grave si nous tombons dans les mêmes bêtises que les apôtres, cela fait du bien à notre humilité et cela nous empêche surtout de nous croire arrivés : la route est longue encore devant nous, mais elle est belle, elle est pleine de vie qui nous attend à chaque instant pour toujours.

     

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    Perles de la Parole

     

    « Ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les hommes d’un moment ; quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils tombent aussitôt. » (4,17)

    C’est toujours la même bataille de notre chapitre 4 : cette phrase tellement claire doit-elle nous faire peur ou au contraire nous rassurer ? D’un côté elle est terrible : lorsqu’arrive la détresse intérieure ou la persécution extérieure qui sont parfois liées l’une à l’autre, il n’y a plus grand chose à faire ; si nous avons des racines nous ne craignons rien, mais si nos racines sont trop petites, fragiles, desséchées, alors c’est sans doute trop tard, on ne peut plus rien faire.

    La première chose à faire, tout au long de notre vie, est donc d’abord de fortifier nos racines pour qu’au jour de l’épreuve nous tenions le coup. Et il y a mille manières de fortifier ces racines, en « écoutant » justement la Parole, en la laissant porter du fruit en nous, jour après jour, en laissant ce « règne de Dieu » germer en nous et grandir sans lui faire obstacle.

    Ensuite nous rappeler que nous ne sommes pas « les hommes d’un moment ». C’est vrai que l’Evangile nous enseigne à nous abandonner à Dieu dans l’instant présent, mais cela ne veut pas dire que nous sommes « les hommes d’un moment ». Bien au contraire nous sommes les hommes de toute une vie. Nous sommes une parole née de Dieu de toute éternité, semée sur cette terre avec un dessein d’amour de Dieu tout particulier sur chacun de nous. Au jour de l’épreuve, il est important de se souvenir de tout l’amour de Dieu dont nous avons été inondés depuis notre naissance et de tout cet amour qui nous attend encore ici-bas, puis au paradis pour toujours. Ce n’est pas un moment d’épreuve, de faiblesse ou d’échec qui peut nous impressionner.

    Enfin nous ne sommes pas seuls. Si Dieu est avec nous et il est notre racine, nous faisons également partie d’une famille, d’une communauté et nous n’affrontons jamais ou presque les épreuves ou les persécutions tout seuls : ne jamais l’oublier !

    Et puisque « celui qui a recevra encore » nous devons être persuadés au plus profond de nous-mêmes que nous « avons » une racine. Cela fait partie de ce dessein d’amour de Dieu sur nous. Il serait impensable d’imaginer un Dieu amour qui nous ait lancés méchamment dans l’aventure de la vie sans nous avoir procuré d’abord de bonnes racines. Encore une fois faisons-lui confiance... Soignons seulement ces racines de tout notre cœur, mais soyons tranquilles qu’elles sont bien là et, si nous les avons négligées pendant une partie de notre vie, il suffit de nous remettre de nouveau à les arroser, à en prendre soin, car le passé, dès l’instant où nous le décidons, est dans la miséricorde de Dieu qui couvre tout et repart avec nous comme si de rien n’était.

     

    « Les soucis du monde, les séductions de la richesse et tous les autres désirs les envahissent et étouffent la Parole qui ne donne pas de fruit. » (4,19)

    Notre monde n’a pas beaucoup changé en 2000 ans. On parle beaucoup de la société de consommation qui semble une invention de notre monde moderne, mais elle existait sans doute dans le cœur de l’homme depuis toujours. Ici aussi le message est bien clair : ne pas étouffer la Parole. La bataille est donc avant tout à l’intérieur de nous. Ce ne sont pas tellement les obstacles extérieurs qui sont dangereux, mais le risque de tout perdre si la Parole en nous ne parvenait plus à respirer. Comme elles sont belles ces images que Jésus emprunte encore une fois à la nature !

    Et là aussi il n’y a pas de panique à avoir. D’abord la Parole ne meurt jamais, puisqu’au fond c’est la présence même de Dieu en nous. Elle peut sembler étouffée un instant, mais en Dieu tout peut recommencer l’instant d’après. Ce n’est pas pour rien qu’il a vaincu la mort et le monde et qu’il est avec nous jusqu’à la fin des temps.

    Cela aussi donne confiance. La Parole de Dieu en nous n’est pas comme un habit que nous pouvons perdre ou déchirer, comme un objet précieux qui peut soudain disparaître à nos yeux. Non, la Parole semée en nous est notre respiration même. La perdre voudrait dire que nous avons cessé de respirer et que nous sommes donc morts. Cela arrivera un jour sur cette terre et Dieu prendra bien soin de notre passage à l’au-delà. Mais tant que nous vivons ici-bas, que nous respirons, c’est que la Parole est bien vivante en nous. C’est sûr que l’air qu’elle respire risque d’être parfois bien pollué et malsain si nous oublions de nous ouvrir à Lui chaque jour et à chaque instant. Mais, avec son aide, il est toujours possible d’ouvrir de nouveau toutes grandes les fenêtres et les portes de notre cœur et de notre âme pour laisser passer la brise légère de son amour.

     

    « Est-ce que la lampe vient pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? » (4,21)

    Cette phrase m’a fait rire un instant quand je pense à toute cette fausse propagande laïque qui prétend cantonner notre relation avec Dieu au seul cercle de notre vie privée. La lumière que Dieu nous donne est toujours faite pour être donnée. Encore une fois c’est la dynamique de la Trinité. Accueillir, recevoir pour donner aussitôt, ne jamais rien garder égoïstement pour moi.

    L’autre ne voudra peut-être pas que je lui donne cette lumière ? Ce n’est pas grave, je le la lui donnerai sans qu’il s’en aperçoive. Il y a mille manières de donner la lumière de Dieu. On peut la raconter bien sûr, mais si mon frère ne veut pas écouter, je la lui donnerai par un geste, un acte d’amour, un service, un conseil, le partage d’une souffrance où il se trouve... La Parole de Dieu en nous est toujours pleine d’imagination.

    Mais ce qui est sûr c’est que c’est là le sens même de notre vie dans la société des hommes. Nous ne sommes pas seuls. Tout ce que Dieu nous donne est fait pour circuler aussitôt. Ce qu’on ne donne pas risque de moisir dans un coin. La semence que nous venons de recevoir et que nous ne mettons pas tout de suite dans la bonne terre de l’autre risque de ne jamais germer et de ne plus porter de fruit.

    Mais là est peut-être le vrai défi : croire toujours qu’en l’autre, mon prochain, il y a quelque part de la bonne terre. Je ne la vois peut-être pas, mais Dieu la voit puisque c’est Lui qui l’a mise dans ce prochain. Alors nous pensons peut-être comprendre les choses mieux que Dieu lui-même ? Nous avons peur de semer et que notre semence tombe seulement sur des cailloux et des épines, ou au bord du chemin. Nous oublions déjà ce que Dieu a fait avec nous quand nous l’avions laissé de côté ? Laissons-nous prendre par son appel : accueillir, recevoir et donner, donner sans réserve : Dieu lui-même s’occupera du reste !

     

    « Celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » (4,25)

    Toujours et encore la même logique ! La logique du don et du centuple ! Alors que souvent nous pensons qu’en donnant nous allons nous priver de quelque chose, Dieu nous fait entrer dans la dynamique de la Trinité où nous recevons parce que nous donnons et que l’autre accueille notre don et nous donne à son tour dans la réciprocité. Nous voulons recevoir ? Alors donnons, donnons avec plus de force et d’enthousiasme encore.

    C’est logique au fond, car si Dieu m’a mis dans une famille, une communauté, une patrie, si je me mets à donner et si tout circule, moi je pourrai peut-être faire bien peu, mais voilà que tous les autres autour de moi vont prendre soin de moi ! Vision utopique, impossible : c’est pourtant celle que nous vivrons dans quelques années au paradis. Mais, en attendant, chaque fois que nous semons un peu de paradis sur terre, celui-ci déjà commence à germer et à porter du fruit bien au-delà de ce que nous pouvions espérer : « sur la terre comme au ciel » !

    L’important c’est de ne jamais arrêter ce mouvement perpétuel de l’accueil et du don. Alors « avoir », oui, mais posséder pour moi, arrêter tout à coup ce mouvement du don pour me replier sur moi-même et les richesses que je crois avoir, non, jamais. Ce serait alors que je me ferais enlever même ce que j’ai. Et là encore, si je suis tombé dans le piège, il suffit de me remettre en route, car Dieu en moi n’a jamais cessé de recevoir, d’avoir et de donner.

     

    « Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » (4,27)

    Combien de paix cela donne de lire et de méditer cette petite phrase ! Oui, le royaume de Dieu, la Parole de Dieu, Jésus est en nous et au milieu de nous, nuit et jour, que nous nous en rendions compte ou non, que nous le sachions ou non. Mais il y a là quelque chose qui est peut-être plus extraordinaire encore, si nous réfléchissons un instant. Rien d’étonnant que Dieu agisse sans cesse en tout lieu, puisqu’il est tout puissant. Mais si la semence grandit, ce n’est pas seulement parce qu’elle est toute puissante, c’est aussi que la bonne terre continue à travailler sans que nous le sachions. Et la bonne terre, nous allions peut-être l’oublier, c’est nous ! Eh oui, la Parole toute puissante a besoin de la bonne terre pour germer, grandir et porter du fruit. Jésus a besoin de nous pour faire grandir son royaume ! Comment imaginer un amour plus fort, plus raffiné ?

    Notre travail sera simplement de prendre soin de la bonne terre en nous, d’y enlever peut-être les cailloux et les ronces qui l’empêchent d’être pleinement disponible. Mais ensuite la bonne terre en nous est capable de continuer le travail tout seul, même si nous dormons, même si nous l’avons oubliée. Combien de fois faisons-nous du bien à des personnes que nous rencontrons, par un geste, un sourire, une parole de bienveillance qui jaillissent de nous spontanément sans que nous ayons aucun effort à faire ! C’est cette vie en nous qui déborde toute seule. Pourquoi alors avoir toujours cette peur de mal faire, ce complexe de culpabilité, ce jugement constant sur nos péchés et notre médiocrité ? C’est sûr que nous sommes encore pleins de limites, mais pourquoi ne pas voir le verre à moitié plein et non à moitié vide : depuis notre naissance et notre baptême, Dieu nous a pris en main et nous avançons certainement chaque jour vers la lumière. Lorsque nous prenons conscience de ce qui ne va pas, essayons simplement de nous redresser là où nous avions commencé à dévier de notre route, mais faisons-le en toute sérénité : la Parole est là qui nous anime, nous réchauffe et nous conduit : laissons-la faire !

     

    « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas de foi ? » (4,40)

    Après tous ces commentaires, il ne reste plus grand chose à ajouter. Ce chapitre est véritablement une leçon merveilleuse de foi et de confiance. Et, encore une fois, Jésus ne fait pas cette remontrance aux apôtres pour les juger ou les condamner, sinon il aurait cessé tout à coup son travail, comme on fait lorsqu’on se décourage. Non, Jésus va continuer jusqu’au bout, il va tout donner jusqu’à la fin. S’il nous secoue de temps en temps au passage, ce n’est surtout pas pour nous faire perdre courage, mais simplement pour nous réveiller un peu, se moquer de nous gentiment, comme on le fait pour quelqu’un qu’on aime de tout notre cœur. L’amour doit être fort parfois, la lumière finale qui nous attend en vaut la peine. Et même la lumière provisoire que nous pouvons accumuler sur notre chemin. Jésus nous conseille seulement d’être attentifs, de continuer le plus possible à ouvrir nos yeux, nos oreilles, notre esprit et notre cœur pour ne pas rater les occasions qui s’offrent à nous de faire fructifier la Parole.


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