• Matthieu 1

    Et nous voilà de nouveau en route, dans le long voyage où Matthieu va nous emporter maintenant à travers son Evangile. On connaît le premier chapitre presque par cœur. On aurait la tentation de passer vite à la suite, pour ne pas perdre de temps, mais ce n’est pas de cette manière qu’on peut pénétrer dans les profondeurs de la Parole de Dieu.

    Alors, commençons à nous arrêter : « Voici la table des origines de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham : Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères… Jessé engendra le roi David… Josias engendra Jékonias et ses frères à l’époque de l’exil à Babylone… Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ (ou Messie). » « Le nombre total des générations est donc : quatorze d’Abraham jusqu’à David, quatorze de David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze de l’exil à Babylone jusqu’au Christ. »

    On connaît tellement bien cette histoire que l’on finirait par oublier qu’il s’agit d’un évènement unique, inouï, extraordinaire, qui va changer toute l’histoire de l’humanité. L’Etre de Dieu, Dieu lui-même dans son infinie puissance, le créateur de toutes choses, a décidé de devenir une simple créature parmi nous, de descendre dans nos faiblesses et nos fragilités, de passer par la vie qui s’écoule normalement dans la nature et en particulier la nature humaine. Ce verbe « engendrer » qui se répète comme le déferlement progressif des vagues de la mer, est déjà le signe de la vie qui s’accueille, qui se reçoit et qui se donne pour se perpétuer à l’infini. C’est le sens même du mystère de la création qui se récrée continuellement, mais avec cette surprise de taille que Dieu lui-même va se laisser engendrer.

    Dieu, que ne peut contenir ni l’espace ni le temps, va se laisser couler dans l’espace d’un peuple qu’il va appeler « son peuple », et d’un temps bien précis dans le déroulement de l’histoire de ce peuple. Et Dieu ne va pas s’inquiéter si ce peuple est digne ou non de cet honneur. Il va entrer dans une histoire très belle et difficile à la fois, où se mêle la gloire de David ou de Salomon aux épreuves comme celle de l’exil à Babylone et aux fragilités humaines. Ces fragilités symbolisées en particulier par le rappel de ces unions avec quatre femmes, Thamar, Rahab, Ruth et la femme d’Ourias, presque toutes irrégulières ou avec des femmes étrangères, qui montrent que Dieu a l’esprit bien plus large que ce qu’on aurait pu imaginer.

    « Voici quelle fut l’origine de Jésus-Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. » Matthieu ne va pas entrer ici dans beaucoup de détails comme le fera Luc, avec l’annonciation et tout l’Evangile de l’enfance de Jésus. Il nous dit seulement l’essentiel. Un tableau rapide avec seulement trois protagonistes : l’Esprit Saint, Joseph et l’ange. Marie est seulement nommée comme celle qui va « mettre au monde » Jésus. Et Jésus est simplement là, il est arrivé, il est venu, le voilà parmi nous pour toujours.

    L’histoire sort tout de même complètement de l’ordinaire. Et Joseph y a une part d’une importance extrême. Lui qui aurait pu refuser de recevoir Marie et son fils, dans ces conditions bizarres, va les accueillir finalement de tout son cœur. « Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : ‘Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.’ »

    Tout semble presque normal, naturel, dans l’Evangile et pourtant si l’on se met à la place de Joseph c’est déjà un premier saut absolu dans le vide sans lequel rien n’aurait été possible. Cela donne le vertige de penser que ce Dieu infiniment puissant s’est abaissé jusqu’à faire dépendre tout son projet merveilleux de la réponse positive ou non de notre humanité. Quel risque il a pris tout de même… et il continue à prendre chaque jour avec nous !

    Il est frappant de noter aussi l’importance des noms dès ce premier chapitre. Le nom dans la Bible est déjà une comme une enveloppe mystérieuse qui renferme un trésor, tout en le laissant déjà transparaître et inonder de sa lumière. Ce « fils d’Abraham et de David » est Jésus, « le Seigneur qui sauve ». Le Christ (ou le Messie) est celui qui est oint par Dieu tout puissant, son envoyé sur terre parmi nous.  Mais il y a aussi « Emmanuel » : « Dieu avec nous ».

    « Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : ‘Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : ‘Dieu-avec-nous’. Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il n’eut pas de rapports avec elle ; elle enfanta un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »

     

    Comme elle est importante cette « parole du Seigneur » ! Comme ils sont importants ces noms prononcés devant nous et au milieu de nous, car ils ne sont pas de simples mots qui pourraient rester vides, mais ils portent en eux toute la magie et la puissance infinie d’un projet d’amour que Dieu a conçu en son sein de toute éternité et qu’il commence maintenant à « accomplir ». Les mots de Dieu, les paroles de Dieu ont en eux-mêmes la force de l’accomplissement. L’homme lui-même, malgré sa pauvreté et ses limites est déjà une preuve tangible de l’accomplissement concret de la création de Dieu qui se déroule dans le temps et à laquelle la venue de Jésus va donner maintenant un sens tellement plus profond et inouï, pour lequel on n’en finirait plus de contempler et de remercier. Le niveau de Dieu qui se révèle va maintenant se mêler au niveau de l’humanité qui progresse et se développe. Il n’y a plus Dieu d’un côté qui pourrait nous faire peur et nous écraser de sa grandeur et le pauvre homme de l’autre. L’homme est désormais habité par Dieu pour toujours… et nous n’en sommes encore qu’au premier chapitre de notre nouveau voyage !


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