• Matthieu 10

     

    Ce nouveau chapitre est étonnant, surprenant, effrayant et rassurant à la fois, presque contradictoire si on prend les phrases de Jésus séparément les unes des autres en les enlevant de leur contexte. C’est le deuxième discours de Jésus après le discours extraordinaire de la montagne qui nous a tellement bouleversés. Ici Jésus s’adresse seulement à ses disciples. Le Royaume des cieux a commencé sur terre, puisque Jésus a déjà fait des disciples et cette petite semence ne mourra plus jamais. Mais ce n’est pas une petite histoire. Si l’on pense avoir trouvé en Jésus un refuge ou un remède, un repos contre les tracas du monde, c’est peut-être mieux d’aller chercher ailleurs. On dirait que Jésus jette à la face de ces pauvres disciples toute la responsabilité de cette humanité complètement perdue.

    Et le voilà qui les prépare à la bataille. C’est la bataille finale entre le bien et le mal, ce mal qui se trouve désormais partout sur la terre et qui n’épargne personne. Ce mal qui est au cœur de chaque famille et finalement au cœur de chacun d’entre nous. Car la bataille entre le bien et le mal ne va certainement pas être entre les bons et les méchants, comme on essaye encore parfois de déformer le message du Christ, car nous sommes tous des bons et des méchants quelque part.

    Et ce mal fait peur car il s’attaque à tout et à chacun et en particulier à ceux qui ont choisi de suivre le Christ. Si nous mettons ce Dieu à la première place dans notre vie, si nous l’aimons plus que notre père et tous les membres de notre famille, si nous sommes prêts à tout pour lui, nous n’aurons plus jamais la paix. « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. »

    Jésus envoie donc les Douze en mission. Nous avons déjà vu cela chez Marc. Mais l’envoi des disciples en mission va prendre chez Matthieu une tout autre dimension. On y retrouve ces pouvoirs exceptionnels de guérir, de chasser les démons et même de ressusciter les morts. Mais cela ne veut pas dire que de tels pouvoirs vont leur rendre la vie facile comme par magie. « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » « Méfiez-vous des hommes, ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi. » « Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. Vous serez détestés de tous à cause de mon nom… » « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. » « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur… Si le maître de maison s’est fait traiter de Béelzéboul, ce sera bien pire pour les gens de la maison. » « Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. »

    Mais pourquoi tout cela ? Jésus est-il vraiment venu pour entraîner l’humanité dans une guerre ? Non, bien sûr. Il est venu nous donner la vie du Ciel. Mais cette vie divine est tellement en contradiction avec le mal qui règne sur la terre que les deux ne peuvent pas se toucher sans que tout explose. On était peut-être plus tranquille dans la situation précédente. Car on s’habitue au mal, ou au moins à la médiocrité. On préfère une situation un peu triste mais apparemment plus commode à cette bataille qui ne va plus jamais nous laisser en repos.

    Mais cela n’est qu’une vision extérieure des choses. Car en fait, devant ce tableau qui pourrait nous remplir d’épouvante, Jésus réussit à nous convaincre que tout va bien se passer… pourvu que nous le suivions, bien sûr. Et il est assez étonnant de l’entendre dire et répéter tout au long de son discours qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur. « Quand on vous livrera, ne vous tourmentez pas pour savoir ce que vous direz… » « Ne craignez pas les hommes… » « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme… » « Est-ce qu’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde. »

    On pourrait se demander ce qui se passe. On nous décrit une guerre sans merci, sans pitié, généralisée à toute l’humanité et on nous dit en même temps qu’il n’y a aucune raison de craindre. Mieux encore, le discours de Jésus se termine sur l’importance de donner un verre d’eau fraîche aux disciples de Jésus. La terre est en train de s’embraser de tous les côtés et Jésus veut nous rassurer avec un verre d’eau fraîche ?

    Alors, il faut relire notre chapitre de nouveau, à la lumière de tout ce que Matthieu nous a déjà fait découvrir, en particulier depuis le discours des béatitudes et la prière du Notre Père et l’on va être sidéré par la logique merveilleuse et divine qui se trouve implicitement à chaque pas où il nous entraîne…

    D’abord Jésus revient toujours sur la venue du Royaume. « Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. » Et ce Royaume, nous l’avons déjà bien connu, c’est la Trinité qui est descendue sur la terre et qui va nous accompagner à chacun de nos pas. L’Esprit Saint pour commencer : « … ne vous tourmentez pas pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » L’Esprit est donc déjà là avec le Père. Et le Père ne va plus cesser de nous prendre sous sa protection, comme nous venons de le lire à propos des hommes et des moineaux. Et puis, il suffit de choisir le Christ pour que le Père soit avec nous pour toujours. « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. » Ce Père que nous avons si bien appris à prier.

    Mais pour s’attacher au Père, au Fils et à l’Esprit Saint, voilà que Jésus nous demande de nouveau de nous attacher les uns aux autres. Notre salut viendra de Dieu, bien sûr, mais si nous nous mettons ensemble en cordée, si nous nous aimons les uns les autres, si nous savons nous accueillir les uns les autres en commençant par accueillir ceux que Jésus nous envoie. C’est pour cela que ce « verre d’eau fraîche » devient le symbole d’une réalité tellement importante qui va tout changer. Nous allons gagner la bataille avec Jésus, mais pas chacun tout seul dans son coin. « Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. » On va toujours au Père en passant par Jésus et le prochain. Et alors tout devient étonnamment simple. « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense. »

    Depuis le début de notre recherche sur l’Evangile, nous avons toujours pris cette clé de lecture qui parle d’accueillir et de donner et nous y revoilà de nouveau. Après ces descriptions terribles à vous faire dresser les cheveux sur la tête, voilà que Jésus nous dit tout simplement : pensez à accueillir de tout votre cœur et tout le reste vous sera accordé par surcroit. Vous serez entraînés avec moi dans le Royaume et vous commencerez à goûter à la « récompense » qui vous attend déjà en partie sur cette terre et puis ensuite au Ciel pour l’éternité. On croirait rêver et pourtant tout est bien réel. Les « perles de la Parole » que nous allons choisir maintenant pour approfondir encore la pensée de Jésus de ce chapitre 10 vous nous étonner encore un peu plus, mais lire l’Evangile et l’accueillir de tout notre être, c’est toujours passer de surprises en émerveillements !

     


  • Commentaires

    1
    Hayat
    Mardi 3 Septembre 2019 à 20:23
    J'ai eu l'impression d'être emportée dans une spirale de joie vers un ciel d'un bleu-paradis
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