• Matthieu 12

    Nous voilà dans un chapitre de transition, avant le troisième discours en paraboles du chapitre 13. Ce n’est pas non plus un chapitre très original, puisque nous y retrouvons des passages presque identiques à certaines phrases de Marc et de Luc. Mais il y a tout de même des phrases nouvelles et les enchaînements sont parfois différents. L’Evangile est de toute façon la Parole de Dieu qui nous entraîne et la voir se répéter n’enlève rien à sa flamme qui brûle tout sur son passage.

    Au début, nous revoyons le conflit entre Jésus et les pharisiens qui se trouvait en Marc dès le chapitre 2, à propos du sabbat. Quelques mots nous apportent tout de même un air de nouveauté : «… N’avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute ? Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. » Une phrase à mettre sur le même plan que deux autres phrases de Jésus, un peu plus loin dans le même chapitre, et sur lesquelles nous reviendrons : « … et il y a ici bien plus que Jonas. »  « … et il y a ici bien plus que Salomon. »

    Puis nous passons à différents épisodes déjà rencontrés dans le chapitre 3 de Marc. Et d’abord celui de la guérison de l’homme à la main paralysée, elle aussi faite le jour du sabbat. On y voit ce passage étonnant : « Mais il leur dit : ‘Si l’un d’entre vous possède une seule brebis, et qu’elle tombe dans un trou le jour du sabbat, ne va-t-il pas la saisir et la faire remonter ? Or, un homme vaut tellement plus qu’une brebis ! Il est donc permis de faire le bien le jour du sabbat’ »

    Comme en Marc et en Luc, Jésus continue à se déplacer dans tout le pays et à guérir les malades, mais on trouve ici un autre passage très beau et original : « Ainsi devait s’accomplir la parole prononcée[RP1]  par le prophète Isaïe : ‘Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement. Il ne protestera pas, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher le jugement. Les nations païennes mettent l’espoir en son nom. »

    Ensuite, après la guérison du possédé aveugle et muet, revoilà les accusations des pharisiens : « Cet homme n’expulse les démons que par Beelzéboul, le chef des démons. » Comme en Marc et en Luc, Jésus n’a pas de mal à expliquer le ridicule de cette accusation, puisque « tout royaume qui se divise devient un désert… » Mais, ici encore, Matthieu va plus loin : « Et si c’est par Beelzéboul que j’expulse les démons, vos disciples, par qui les expulsent-ils ? C’est pourquoi ils seront vous-mêmes vos juges. Mais si c’est par l’Esprit de Dieu que moi j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est survenu pour vous. » Et, un peu plus loin une autre phrase originale et terrible : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. »

    Mais, à ce point-là, après avoir dit comme Marc et Luc que le péché contre l’Esprit Saint ne peut pas être pardonné, voilà que Matthieu se déchaîne : « Engeance de vipères ! Comment pouvez-vous dire des paroles bonnes, vous qui êtes mauvais ? Car ce que dit la bouche déborde du cœur… Je vous les dis : toute parole creuse que prononceront les hommes, ils devront en rendre compte au jour du Jugement. Sur tes paroles, en effet, tu seras déclaré juste ; sur tes paroles, tu seras condamné. »

    Et, alors que certains scribes et pharisiens lui adressent quand même la parole (« Maître, nous voudrions voir un signe de toi. »), Jésus va encore plus loin : « Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne lui sera donné que celui du prophète Jonas. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération et ils la condamneront… »

    Et, pour nous effrayer encore plus, cette description terrible : « Quand l’esprit mauvais est sorti d’un homme, il parcourt les terres desséchées en cherchant un lieu de repos, et il n’en trouve pas. Alors, il se dit : ‘Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti.’ En arrivant, il la trouve disponible, balayée et bien rangée. Alors, il s’en va, il prend avec lui sept autres esprits, encore plus mauvais que lui, ils y entrent et s’y installent. Ainsi l’état de cet homme est pire à la fin qu’au début. Voilà ce qui arrivera à cette génération mauvaise. »

    Et pour finir, au moment où tout semble tellement noir, tout le contexte change. Quelqu’un dit à Jésus : « Ta mère et tes frères sont là dehors qui cherchent à te parler. » Et Jésus répond : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » « Puis, tendant la main vers ses disciples, il dit :’Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère.’ »

    Encore une fois, on ne sait trop quoi penser après ce tourbillon effrayant qui se termine par la paix du paradis des disciples entourant Jésus dans l’amour réciproque. Ce chapitre est encore étonnant. On y a découvert un peu plus le mystère de Jésus et la force du mal qui veut lui faire obstacle. Jésus nous avertit des conséquences terribles auxquelles conduit le refus du message du Royaume. Pédagogie divine pour nous faire réfléchir…

    Mais Jésus a bien répété une nouvelle fois : « C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. » Il est là pour nous emmener avec lui. Il veut seulement que nous ne perdions pas de temps inutile loin de lui car tout est si simple quand on l’accueille et qu’on se laisse faire par lui, mais tout devient tellement compliqué quand on lui tourne le dos. Et on ne peut s’empêcher de penser qu’il ira chercher parmi ces mauvais pharisiens en la personne de Paul le plus grand de ses apôtres. Jésus est bien là pour nous donner sa vie et nous sauver, pour nous éviter le jugement et la condamnation. Mais puisqu’il nous a créés libres il doit bien aussi nous faire regarder en face la vérité…

     


     


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