• Matthieu 3

    Il est tellement important ce troisième chapitre de Matthieu, c’est déjà le début de la vie publique de Jésus. Comme nous l’avons déjà trouvé en Marc, Matthieu nous présente d’abord Jean Baptiste, le précurseur. Ce sont à peu près les mêmes images. « En ce jour-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : ‘Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.’ Jean est celui que désignait le prophète Isaïe : ‘A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.’ »

    Puis on retrouve la même description de Jean vêtu « de poils de chameau »… qui « se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. » « Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. »… « Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. »

    Mais il y a du nouveau en Matthieu : déjà la première apparition des pharisiens et des sadducéens ! La bataille commence tout de suite. « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : ‘Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n’allez pas dire à vous-mêmes : « Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »

    Et, un peu plus loin, Jean Baptiste va dire encore de Jésus : « Il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. » Paroles terribles, effrayantes, une description de Jésus qui pourrait choquer, mais c’est encore Jean Baptiste qui parle.

    L’apparition de Jésus est tellement différente au début, tellement simple et humble. Et, ici aussi, on trouve une nouveauté par rapport à Marc : le rapport entre Jean et Jésus. « Alors Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : ‘c’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi !’ Mais Jésus lui répondit : ‘Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.’ Alors Jean le laisse faire. »

    Et notre chapitre se termine, comme chez Marc, par l’évènement exceptionnel qui suit le baptême de Jésus : la première manifestation de la Trinité. « Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour.’ »

    Ce chapitre rapide est donc très clair. Peu de protagonistes : seulement Jean Baptiste et Jésus, puis toute la Trinité. En arrière-fond, on entrevoit les pharisiens et les sadducéens et toute la foule. Les principales nouveautés sont le langage terrible de Jean Baptiste contre ces personnalités tellement influentes de la religion juive : une bataille est en train de commencer, un drame qui finira avec la mise en croix de Jésus. Mais Jésus lui-même a une relation tellement surprenante avec l’humanité en laquelle il vient de s’incarner. Lui qui est Dieu, le Créateur, se présente comme la plus humble des créatures : il semble venir d’en bas et non pas d’en haut, comme on pourrait l’attendre du maître du monde. C’est aussi là une révolution totale qui est en train de se déclencher. Bataille et révolution sont déjà deux volets de notre aventure évangélique.

    Notre vision des quatre verbes (être, accueillir, donner ou se donner, et refuser) va nous aider déjà à y voir clair. L’être, c’est Jésus lui-même qui vient d’entrer au cœur de l’humanité, c’est le Royaume des cieux qu’il représente en personne, avec toute la Trinité, qui vient habiter parmi nous. Et cet être trinitaire qui se dénoue en deux mouvements incroyablement complémentaires et réciproques de l’accueil et du don, vient se donner à nous, se laisser accueillir parmi nous, tout en étant le premier à nous accueillir. Car Dieu en Jésus n’entre pas chez nous et en nous avec toute sa puissance, mais sur la pointe des pieds, il passe par le baptême de Jean qu’il accueille comme n’importe quel pécheur, alors qu’il ne devrait pas en avoir besoin. Ce Dieu est bien déroutant dès sa première apparition. Et c’est sans doute ce qui va pousser bien des gens, comme les pharisiens, à le refuser. Dieu respecte notre liberté : nous ne sommes pas obligés de l’accueillir et de nous donner à lui. Dieu respecte notre dignité d’hommes libres. Nous ne pourrons entrer dans la dynamique trinitaire, dans ce mouvement d’amour entre le Père et son Fils bien-aimé, que si nous le décidons en toute conscience et confiance. Quelle aventure fascinante Dieu nous propose, sans nous l’imposer ! Essayons de nous laisser faire, si nous le voulons, et nous allons bientôt découvrir où tout cela va nous mener.


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