• Ne plus vouloir posséder

    « Plus on partage, plus on possède. Voilà le miracle. » C’est une phrase que je viens de découvrir sur Facebook et qui m’a beaucoup gêné. Elle part d’une bonne intention : dans ce monde où règne l’égoïsme, apprendre à partager nous libère de nous-mêmes, nous ouvre sur les autres et nous y gagnons certainement à la fin, à la fois au niveau matériel et surtout dans la beauté des relations humaines de communion et de solidarité, et c’est en effet un vrai miracle par rapport à la mentalité courante.

    Mais dire que le miracle, c’est de posséder, je pense qu’il y a un grand malentendu et une contradiction dans les termes de cette phrase. Le Dieu des béatitudes va nous aider à nous remettre sur le juste chemin. Nous avons été créés pour être un don les uns pour les autres, c’est la loi du ciel et celle de tous ceux qui ont découvert un jour dans leur vie qu’il n’y a rien de plus beau que d’essayer de vivre « sur la terre comme au ciel. »

    C’est aussi une loi de la nature. Les plantes, les arbres reçoivent la vie pour la redonner, jamais pour la posséder. Le cœur qui bat en nous et qui continue à partager le sang dans nos veines en nous permettant ainsi de continuer à vivre, n’imaginerait jamais un instant qu’il pourrait « posséder » ce sang qu’il distribue et qui lui revient sans cesse : ce serait arrêter brutalement la vie et provoquer une mort subite.

    Alors où est le miracle ? C’est toujours à l’image des relations trinitaires entre le Père et le Fils dans l’Esprit : accueillir et donner ou se donner. Quand je partage, c’est d’abord que j’ai reçu, que j’ai accueilli une vie ou des biens qui m’ont été généreusement donnés. Puis cette vie et ces biens, j’ai senti au fond de moi qu’ils étaient là pour être partagés de nouveau avec les autres. Me voilà donc entré dans la dynamique de la communion trinitaire où la vie ne meurt jamais car elle se donne sans cesse, pour se recevoir de nouveau et se redonner.

    Bien sûr que j’exagère. Bien sûr que concrètement je vais devoir « posséder » des biens pour construire ma vie, mon avenir, ma famille. Mais comprenons-nous. Si je garde ces biens pour moi, c’est pour en faire profiter les autres, pas pour me renfermer égoïstement sur mes possessions qu’en fait je n’aurai jamais. Car je ne possède même pas ma vie, ma santé, mon intelligence, mes talents, ma famille : ce sont tous des cadeaux que j’ai reçus pour les partager, pour semer l’amour autour de moi.

    Le jour où nous sommes convaincus que Dieu le premier n’a pas avec la vie, avec la création, l’univers ou chacun de nous, un rapport de possesseur, mais un rapport de source qui donne la vie et qui continue à l’alimenter pour toujours, tout change. Nous ne cherchons plus à « posséder », mais à orienter cette vie qui nous arrive chaque fois comme un don gratuit à partager. Alors bien sûr que partager crée des miracles. Car plus nous partageons plus les autres en font de même avec nous, et plus nous recevons continuellement en retour, et nous faisons alors l’expérience de la providence ou du centuple de l’Evangile qui nous surprend toujours. Et notre esprit devient toujours plus libre, car nous n’avons plus peur qu’on vienne nous prendre ou nous voler nos biens, puisqu’ils sont faits justement pour être partagés. Vision évidemment trop belle pour être réalisée concrètement tous les jours dans notre monde qui pense en général à prendre au lieu de donner. Vivre pour partager sera toujours pour chacun de nous une bataille. Mais quand nous sommes plusieurs avec cet idéal à vivre entre nous et autour de nous, rien n’est impossible : c’est la dynamique de communion des premiers chrétiens qui a envahi le monde, qui s’est peut-être souvent affaiblie en route, mais qui est toujours bien présente comme le feu sous la cendre qui ne demande qu’un petit effort pour brûler de nouveau.

     


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