• Notre "propre vie"

    Il circule vraiment de tout sur les réseaux sociaux, du positif comme du négatif, beaucoup de recherche tout de même d’un monde meilleur, il faut le dire. Mais ce monde soi-disant meilleur est bien souvent d’un niveau tellement bas qu’on ne peut pas lire ou écouter de telles affirmations sans réagir. Voyez ma dernière découverte, d’il y a quelques jours :

    « Une personne équilibrée ne s’occupe pas de la vie des autres, ni n’est curieuse à pister, fouiller, fouiner, tracer les autres. Une personne équilibrée s’occupe de sa vie et fout la paix aux autres. Elle n’a pas le temps pour passer ses journées à parler des autres, elle sait qu’elle a suffisamment à faire en s’occupant de sa propre vie. » (Selon le site « Source du savoir »)

    A première vue, il y a une certaine sagesse là-dedans : passer son temps en commérage sur ce que font et disent les voisins, n’est certainement pas un grand idéal de vie, celui qui a inventé ces quelques phrases a bien raison. Mais quel remède propose-t-il à la place ? Cela ne vole pas bien haut non plus…

    « Une personne équilibrée ne s’occupe pas de la vie des autres… » Mais comment cela ? Toute notre vie se passe avec les autres, en collaboration, en service, en dialogue, en partage, et pour être équilibré je devrais tout à coup me cacher dans mon coin et ne plus m’intéresser aux autres ?

    Autant me suicider tout de suite ! Car le sens profond de la vie est justement d’essayer de voir ce dont les autres ont besoin, comment je pourrais les aider, alléger leurs souffrances, leur donner un coup de main quand ils sont en difficulté, et surtout créer des relations d’amitié, un climat de famille avec tout le monde, au travail ou même dans la rue. Bien sûr que je m’occupe des autres, pas pour en profiter ou pour leur faire du mal, mais pour construire avec eux une famille humaine plus harmonieuse, plus pacifique. Sinon dans quel but me lever chaque matin ?

    Et la phrase finale dit au fond à peu près la même chose : « … elle sait qu’elle a suffisamment à faire en s’occupant de sa propre vie. » Là les bras vous en tombent. J’aimerais bien savoir ce que signifie « sa propre vie » pour la personne qui a écrit une telle bêtise. Mais quand je me lève le matin, que je me lave et que je prends un peu de force avec mon petit déjeuner, c’est pour moi que je le fais ? Quand je vais au travail, c’est pour moi que je le fais, pour gagner de l’argent pour moi, pour pouvoir m’acheter ensuite ce que je veux, pour rentrer le soir à la maison pour moi, me payer ensuite des vacances et une retraite pour moi ? Ce serait l’idéal d’une vie ?

    Cette personne voulait peut-être dire pour sa propre famille, ce qui serait déjà un peu mieux que seulement pour soi-même, mais tout de même ! Mais tous les commerçants que je rencontre, du boulanger, à l’épicier, au marchand d’habits, au pharmacien, toutes les personnes dont j’ai besoin en cours de la semaine, du médecin, à l’électricien ou au plombier, tous mes fournisseurs, tous mes collègues, ils sont tous là occupés seulement à leur « propre vie », à leurs propres intérêts ?

    Ne va-t-on pas chez le même marchand parce qu’on l’a trouvé sympathique, par ce qu’on voit qu’il se met en quatre pour nous trouver le produit le meilleur, avec les meilleurs conseils, parce qu’il se fatigue avec toute sa bonne volonté pour que nous soyons contents ? Ce n’est pas l’intérêt qui construit la société, mais la qualité des relations, sinon nous ne serons bientôt plus qu’une jungle d’animaux sauvages qui font semblant de se servir les uns les autres mais qui essayent seulement de se dévorer entre eux. Je sais qu’il y a des gens qui ont cette mentalité, mais ils sont quand même de pauvres exceptions.

    Je pense que notre vie trouve son sens, toute sa beauté, le jour où nous nous levons pour nous occuper des autres du matin au soir. Parce que si nous passons notre temps à nous donner aux autres de tout notre cœur, à leur faire confiance et à leur donner confiance, nous allons certainement nous fatiguer dans ce service et ce partage continuels, mais comme nous aurons essayé de rendre meilleure la vie de centaines de personnes, voilà que ces centaines de personnes courront pour nous aider quand nous serons nous-mêmes dans le besoin. C’est une loi de la nature, comme le principe des vases communicants. Et si cela ne marche pas, c’est sans doute que nous nous sommes repliés sur nous même en cours de route : alors ne perdons pas trop de temps à nous remettre dans la bonne direction…


  • Commentaires

    1
    nicole
    Samedi 26 Janvier à 15:26

    c'est tres profond ce que tu ecrit merci Roland

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