• Parabole de l'eau, du fer et de la pierre

    Natalia était une amie qui a passé une vingtaine d'années de sa vie en Allemagne de l'Est, au delà du rideau de fer. Elle était partie là-bas avec une équipe de médecins volontaires pour secourir ce pauvre pays d'où la plus grande partie des médecins, et souvent les meilleurs, avaient fui en Occident pour échapper au communisme, laissant les hôpitaux dans de piètres conditions.

    Malgré ce défi difficile, Natalia était toujours souriante, pleine d'espoir. Elle savait bien qu'un jour ou l'autre cette situation intenable et injuste allait se terminer et quelle joie pour elle et ses compagnons lorsque le Mur de Berlin s'est finalement écroulé.

    Un jour que Natalia était en visite chez nous, dans un de ces pays du Moyen Orient ravagés par les tensions et les divisions, un de nous lui avait demandé conseil: comment faire ici, dans ces pays où les "murs de Berlin" et les "rideaux de fer" se retrouvent presque à chaque pas, pour garder la paix dans l'âme et espérer encore qu'un jour tout le monde pourra ici aussi circuler librement là où bon lui semble.

    Natalia nous avait alors demandé ce qui était, à notre avis, le plus fort: le fer, la pierre ou l'eau? Certains penchaient pour la pierre, d'autres pour le fer, mais personne n'avait eu l'idée de dire que c'était l'eau qui était la plus forte. Et pourtant, si l'on réfléchit un seul instant, on sait bien que le fer ou la pierre, un jour ou l'autre, ne pourront résister à l'érosion ou à la rouille provoquées par l'eau. Quand on survole l'Egypte du Nord au Sud ou du Sud au Nord, au-dessus de la vallée du Nil, on reste frappé par le travail extraordinaire de l'eau qui a creusé son lit au cours des siècles et des millénaires, parmi les roches et les pierres du désert. Les marins sauront bien eux aussi nous expliquer combien leurs navires sont continuellement en danger si on ne les protège pas contre l'usure de l'eau...

    Bien sûr, l'eau ne fait pas de bruit (sauf s'il s'agit d'une mer en tempête ou d'un tsunami), elle n'agit pas avec la violence de la pierre ou du fer. Il faut une patience énorme pour attendre que l'eau produise son effet, mais en fin de compte c'est elle qui va remporter la bataille. L'important c'est qu'elle ne disparaisse pas, que tout ne devienne pas sec tout à coup, car ce serait alors une catastrophe irrémédiable. Et Natalia nous conseillait donc de veiller sur cette eau que nous avons en nous et parmi nous, cette eau qui peut être l'esprit de paix, de pardon, de solidarité, d'amour, qui ne fait pas de bruit mais qui enlève peu à peu les obstacles.

    Evidemment bien des Allemands sont morts sans voir la fin du rideau de fer. Peut-être que nous-mêmes mourrons avant de voir s'écrouler les murs du Moyen Orient et tous les autres murs, sociaux, culturels, psychologiques, quand ils ne sont pas matériels, que chaque pays porte encore en soi. Mais l'important c'est de croire que ces murs tomberont un jour parce qu'aujourd'hui, sans relâche, de simples personnes comme nous alimentent encore la source de l'eau bienfaisante.


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  • Commentaires

    1
    Hayatfallah@hotmail.
    Mardi 24 Avril 2018 à 16:02
    J'ai oublié cher Roland de te remercier pour cette parabole ! Je l'ai partagée avec plusieurs personnes et omis de te remercier... Mais mieux vaut tard que jamais !
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