• « Passepartout » disions-nous ! Toute notre vie se passe à chercher des clés et surtout des passepartouts pour ouvrir les portes qui nous enferment et qui nous empêchent d’aller où nous voulons. Nous en avons déjà trouvé comme les passepartouts de la confiance, de la connaissance réciproque, du regard neuf que nous apprenons à poser sur les évènements et les personnes. Mais sont-ils suffisants ? Car quand on parle de portes fermées, cela veut dire aussi qu’il y a des murs qui nous bloquent et nous divisent, et ces murs sont bien plus terribles en soi qu’une porte fermée.

    La solution pour pouvoir passer partout, la solution radicale, serait donc de ne pas même avoir de murs. Sans murs il n’y aurait plus besoin de portes et encore moins de clés pour les ouvrir. Je suis en train d’exagérer bien sûr, comme d’habitude. Nous savons bien que les murs sont souvent nécessaires, pour nous protéger d’abord du froid et de la pluie, du bruit et de la confusion, pour nous permettre de vivre avec une certaine paix ou une certaine intimité. Cela va de soi. Mais ne trouvez-vous pas qu’une foule de murs sont aussi inutiles et même malfaisants ? Depuis les murs réels come le fameux mur de Berlin, qui s’est heureusement écroulé, ou tous les murs qui sont encore en train de se construire de tous côtés au Moyen Orient, jusqu’aux murs psychologiques, politiques ou culturels que nous érigeons chaque jour, soi-disant pour nous protéger des autres qui nous dérangent ou nous menacent, et qui finalement nous emprisonnent nous-mêmes.

    Je voudrais parler ici des murs que sont les cercles vicieux, ces cercles maléfiques desquels il est presque impossible de sortir, car un cercle fermé est la manière la plus simple, la plus radicale d’empêcher pour toujours de sortir. Et ce qui est pire c’est que ces murs des cercles vicieux ne sont absolument pas nécessaires ou indispensables, c’est nous qui nous les créons artificiellement en pensant ainsi résoudre nos problèmes, alors qu’au contraire nous les augmentons. Ces cercles vicieux c’est la manière de vouloir résoudre un mal par le même mal. On essaye ainsi de résoudre la violence par la violence, la peur des armes par la multiplication des armes, le mensonge par d’autres mensonges, la corruption par d’autres formes de corruption. On pense éliminer ceux qui tuent en les tuant, sans penser que nous finirons par être tués nous aussi avec la même logique.

     

    Comme le communisme mondial, espérance des pauvres, qui prétendait résoudre les injustices, mais qui en a créé finalement de plus grandes. Et combien de fois nous tombons dans le même piège ! Combien de fois nous nous mettons à juger ceux qui jugent. Combien de fois nous nous plaignons de ceux qui se plaignent ou nous crions contre ceux qui crient. Nous voulons dominer ceux qui dominent ou éliminer ceux qui éliminent, nous menaçons ceux qui menacent. Et les hommes de bonne volonté dans tout cela ne savent plus qui croire et vers qui se tourner. Tous prétendent travailler pour la paix et la paix semble de plus en plus lointaine. Il est temps de briser ces cercles vicieux qui nous enferment dans de véritables prisons. Nous essayerons bientôt de revenir plus longuement sur ce sujet, dans cette rubrique « passepartout », mais qu’en pensez-vous ?


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  • Il a quelques jours, j’ai fait la connaissance de quatre nouvelles personnes que je n’avais jamais vues auparavant. La rencontre était évidemment facilitée par les amis que nous avions en commun et qui nous avaient invités en espérant justement que cette nouvelle rencontre soit pour tous une belle découverte réciproque.

    Mais quelle qualité de relation ce soir-là tout à coup, quelle spontanéité, quelle profondeur ! Avec la simplicité d’échanger sur des problèmes personnels intimes que nous avions connus au cours de notre vie, comme si nous étions amis depuis longtemps déjà… Je suis sorti de cette rencontre émerveillé de la beauté et de la richesse de l’être humain.

    Et je me suis alors demandé pourquoi nos relations ne sont pas toujours aussi belles. La réponse est bien simple : c’est que, ce soir-là, il n’y avait entre nous encore aucune poussière. Aucun préjugé, aucune méfiance, aucune raison de ne pas croire sincèrement en l’autre. Tout était ouvert devant nous.

    Pourquoi nos relations deviennent-elles souvent si difficiles, même en famille, ou parfois surtout en famille ? C’est tout simplement parce que la poussière s’est installée. Notre regard a perdu sa pureté de la première rencontre. Nous croyons désormais connaître l’autre et l’autre croit nous connaître, alors que nous nous sommes en réalité arrêtés à tel ou tel petit accident qui a un jour ou l’autre entaché notre relation et qui a tout bloqué ou bloqué en grande partie la belle ouverture initiale.

    Que faire pour guérir de cette maladie ? Là aussi la réponse est toute simple, même si cela ne veut pas dire que la vérité soit ensuite toujours facile à vivre. C’est que notre soi-disant connaissance de l’autre est devenue une fausse connaissance. Nous savons très bien que la vie évolue sans cesse. Nous ne serons jamais plus ce que nous étions encore hier. Si nous voulons donc vraiment connaître l’autre, nous devons apprendre à le connaître aujourd’hui. Nous devons « faire connaissance » avec lui aujourd’hui. Les éléments d’hier peuvent évidemment servir, comme ces amis communs qui nous aident à nous rencontrer. Mais ces éléments d’hier ne sont qu’une indication qui peut nous aider, mais surtout pas nous bloquer et nous empêcher de découvrir maintenant la nouvelle beauté de l’autre.

    Belles paroles, impossibles à mettre en pratique ? J’imagine tout de même que chacun a déjà essayé. C’est sûr qu’avec certaines personnes c’est plus facile qu’avec d’autres. Alors profitons de ces relations privilégiées pour apprendre vraiment à faire chaque jour de nouveau connaissance, dans la réciprocité, à regarder nos frères et nos sœurs en humanité chaque jour avec des yeux nouveaux. Et cela nous donnera le courage d’ouvrir de plus en plus ce regard neuf à un plus grand nombre de personnes, comme l’ont fait ces gens extraordinaires que nous citons souvent dans notre blog, comme Gandhi, Martin Luther King ou Jean Vanier.

    Ce qui est sûr, c’est que continuer à regarder l’autre de l’extérieur, ou dans le passé qui n’existe plus, ou dans l’avenir où nous imaginons des problèmes qui n’auront peut-être jamais lieu, ne servira qu’à nous compliquer bien inutilement la vie. Tout n’est pas rose dans nos relations, c’est évident. Mais là où il y a un problème, essayons d’en parler simplement dans la vérité d’aujourd’hui, essayons de voir comment notre interlocuteur essaye probablement lui aussi de s’en sortir et nous verrons qu’il y a peut-être de nouvelles solutions positives surprenantes. N’oublions jamais, comme nous le disions l’autre jour que « l’autre attend » lui aussi : ne le décourageons pas comme nous-mêmes avons risqué de nous décourager. (Voir la rubrique « Découvertes »)

     

     


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  • La souffrance est certainement un grand mystère, un mystère dont on se serait passé bien volontiers. On ferait tout pour éviter certaines souffrances, nos souffrances personnelles bien sûr pour commencer. Mais ce qui dérange parfois le plus c’est la souffrance des autres. On se trouve démuni, impuissant devant la souffrance des autres. L’image de cet enfant mort noyé sur les côtes turques a fait le tour du monde et il semble qu’elle a finalement ouvert comme par enchantement un tas de portes en Europe. Des gouvernants réticents à accueillir des réfugiés, il y a de cela seulement quelques semaines, et qui changent tout à coup leur discours. Des manifestations de soutien à ces pauvres êtres persécutés et qui n’ont plus d’avenir nulle part.

    La souffrance serait elle aussi un bon passepartout ? Peut-on jouer sur la souffrance pour ouvrir les portes et les cœurs ? C’est déjà une technique utilisée depuis toujours par les mendiants qui peuplent les trottoirs de tous les pays du monde où l’on voit de pauvres femmes exposer à la foule la misère ou le handicap de leurs enfants, sans pudeur, en espérant recueillir ainsi un peu plus d’argent. Cela est fait bien sûr par intérêt et c’est pire encore lorsqu’on apprend que cette pauvre femme doit partager ensuite l’argent reçu avec des chefs de bandes qui profitent de la situation...

    Mais, qu’on se serve bien ou mal de la souffrance, qu’on soit sincère ou qu’on agisse par intérêt, il faut bien convenir que la souffrance unit le plus souvent. Entendons-nous bien. Lorsqu’il s’agit d’un tremblement de terre, d’un accident d’avion, d’une inondation, c’est sûr que tout le monde se sent concerné et prêt à agir. Même si aucun de nos êtres chers n’est concerné directement par la catastrophe, ce n’est pas difficile de penser qu’un jour ou l’autre nous pourrions nous aussi nous trouver dans une situation semblable et que nous serions bien heureux de voir le monde autour de nous se mobiliser pour nous venir en aide. Combien de chaînes de solidarité pour un enfant malade qu’une opération délicate et coûteuse peut sauver de la mort si chacun décide de se priver de quelque chose pour partager avec cette famille démunie et désespérée qui serait incapable toute seule de s’en sortir !

    Bien sûr, il y a les souffrances provoquées par le mal qui est dans le cœur de l’homme, les guerres pour commencer, guerres militaires, mais aussi guerres financières, psychologiques, guerres de toutes sortes qui ne cessent de diviser le monde entre oppresseurs et opprimés. Ces souffrances-là divisent évidemment plus qu’elles unissent, mais il y a toujours une partie de la population, du même bord, qui apprend à se sentir solidaire, à tout partager.

    Alors devrions-nous rêver que la vie serait mieux si elle était autrement ? Ce n’est pas nous qui avons inventé ou demandé cette vie et encore moins cette souffrance. Nous devons convenir tout de même que, bien souvent, nous avons augmenté la souffrance des autres au lieu de l’alléger. Alors, ce que nous avons certainement de mieux à faire, comme pour toute chose dans notre brève vie sur cette terre, c’est de chercher à tout prix le positif de ce qui nous arrive, comme on cherche un trésor. Et on s’aperçoit que vraiment la souffrance peut devenir le plus puissant de tous les passepartouts, qui ouvre les portes, qui ouvre les frontières et les cœurs. D’autres utilisent cette souffrance pour leurs propres intérêts ? Ils sont malheureusement libres de faire. Mais moi je suis libre aussi de décider une bonne fois pour toutes que je passerai le reste de ma vie à alléger les souffrances de mes compagnons de voyage sur cette terre, en m’unissant à tous ceux, héros connus ou inconnus, qui ne m’ont pas attendu pour faire de cette souffrance une perle précieuse pour illuminer l’humanité.


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  • Je suis tombé, il y a quelques jours sur un article absolument ahurissant. J’ai pensé un instant écrire mes impressions dans la rubrique « Désorientés », parce que j’ai été vraiment choqué pendant un moment, ou dans la rubrique « Batailles », car il y a vraiment de quoi se battre si l’on veut aider l’homme à se réaliser ailleurs que dans des caprices superficiels. Puis j’ai finalement décidé de me jeter dans la rubrique « Passepartout », puisqu’il s’agit là de trouver de manière un peu plus définitive la clé du bonheur, un « passepartout » pour le bonheur qui ne dépende pas des situations extérieures changeantes dans lesquelles nous sommes amenés chaque jour à nous trouver au gré des caprices du temps ou de la bonne ou mauvaise volonté des gens avec qui nous vivons.

    Mais jetons un coup d’œil au moins sur le début de l’article, publié dans le Monde du 14 août :

     

    Etre parent pour la première fois serait pire qu’un divorce ou un licenciement

      

     

    [La naissance d’un enfant, surtout s’il n’est pas désiré, peut faire chuter le bonheur. AFP/DIDIER PALLAGES

    Si devenir parent est vécu – ou attendu – comme un heureux événement, la réalité est parfois plus compliquée qu’on ne l’imaginait.

    En fait, selon une étude menée sur 2 016 jeunes parents, la première année – avec le premier enfant – peut avoir des conséquences vraiment horribles sur le moral, « pires qu’un divorce, qu’un licenciement, voire que la mort d’un conjoint », explique The Washington Post.

    Les chercheurs Mikko Myrskylä et Rachel Margolis ont mené leur étude sur 2 016 Allemands sans enfants, qui sont devenus parents. Ils ont tous donné une note de 0 à 10 à la simple question : « Etes-vous satisfaits de votre vie ? »]

     

    J’arrête là ma citation pour faire simplement une ou deux considérations rapides. Mon but n’est surtout pas ici de juger des gens qui se trouvent sans doute dans des situations difficiles, mais au moins de les plaindre s’ils en sont arrivés à de telles aberrations. La première idée à combattre de nos jours est la conviction, qui gagne de plus en plus de terrain dans les médias, que la souffrance empêche le bonheur. C’est complètement faux : ce sont deux réalités qui se présentent sur deux niveaux qui sont certes liés entre eux, mais tout de même bien différents. Je ne voudrais pas entrer ici dans des considérations trop spirituelles qui pourraient déranger certains lecteurs. Mais prenons simplement le domaine du sport : ne voyons-nous pas que plus il y a de souffrances et même de sacrifices dans le sport et plus il y a, à l’arrivée, de joie et de bonheur ? L’homme serait-il stupide et masochiste ou bien le sport nous ouvre-t-il sur des horizons qui changent complètement le sens de la souffrance ? Ce serait à approfondir... peut-être dans un prochain article.

    Mais je voudrais revenir ici sur les mots secrets de notre blog : accueillir et donner. Je suis persuadé, par expérience personnelle et à travers l’expérience de nombreuses personnes qui me sont chères, que ce sont là les véritables passepartouts pour le bonheur. C’est de donner et de se donner que nous avons besoin pour découvrir un sens profond à notre vie et une joie qui ne soient pas éphémères et dépendants des circonstances extérieures. Il arrive que ce « donner » soit rempli de joie et d’euphorie, et c’est tant mieux. Mais parfois « donner » coûte et coûte même terriblement, cela entraîne des souffrances comme, évidemment, les douleurs d’un enfantement. Mais cela n’enlève rien au bonheur : au contraire une mère qui met au monde une nouvelle vie, avec tout le mystère que cela représente, ressentira encore plus la valeur de ce miracle de la nature par les souffrances (terribles mais passagères) qu’elle aura endurées. C’est cela la vie, et la souffrance n’enlève en soi rien au bonheur, mais plutôt donne à ce bonheur une dimension de générosité et d’altruisme qui fait sa grandeur et sa beauté.

    Le problème, c’est que pour être capable et content de donner et de se donner il faut d’abord avoir reçu et accueilli. Comment pourrais-je apprendre à donner si personne ne m’a appris ce que cela voulait dire en me donnant déjà à moi-même quelque chose qui m’ait changé la vie ? Bien sûr mes parents m’ont donné la vie au départ. Mais si ensuite ils n’ont pas été capables de me remplir d’affection et d’amour véritable et désintéressé, il se peut que je sois incapable de donner à mon tour. Là est toute la question. Et puis c’est aussi presque impossible de donner lorsqu’on se sent déjà seul et abandonné.

    Cet article et cette statistique (qu’il ne faut pas prendre évidemment comme un absolu, mais qui nous parlent de gens de notre société qui existent réellement) devraient nous amener simplement à nous mobiliser avec toutes nos forces pour que tous les gens que nous rencontrons fassent au moins une fois dans leur vie cette expérience de recevoir ou d’accueillir et de donner. Le reste devrait suivre tout seul. Mais combien perdons-nous d’énergie à trouver le médicament miracle qui nous empêchera de souffrir, à voter pour les candidats aux élections qui nous assureront qu’il y aura plus de sécurité dans notre pays, à chercher des lieux d’habitation ou de travail où personne ne puisse nous déranger. C’est bien normal de chercher à être en bonne santé, en sécurité et tranquille, mais si nous changions complètement la direction de notre recherche, en cherchant à guérir la santé des autres, à veiller à leur sécurité et à leur tranquillité, nous aurions passé notre vie à donner, nous aurions provoqué chez les autres beaucoup de joie et de bonheur, nous aurions reçu à notre tour cette paix et cette tranquillité qui nous serait revenues comme un boomerang. Et surtout nous ne nous serions pas arrêtés à la première souffrance ou difficulté, comme si les difficultés étaient incompatibles avec le bonheur. Affaire à suivre...

     

     


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  • Quel est le plus grand obstacle à une relation authentique, positive, pacifique entre les hommes ? Je pense que c’est la peur. On pourra discuter beaucoup et l’on trouvera certainement d’autres obstacles importants comme par exemple la haine, la violence, le manque de confiance, l’égoïsme, le goût du pouvoir, l’individualisme, mais, si on pense un seul instant, toutes ces maladies humaines sont imprégnées par la peur et parfois directement causées par elle.

    Notre « passepartout «  sera donc quelque chose qui chasse la peur, qui ne lui laisse pas le temps de nous envahir comme un poison qui vient tout gâcher. Ne pensez-vous pas que la connaissance, la vraie, celle qui crée la réciprocité entre les hommes, pourrait-être un remède admirable contre la peur ?

    Essayons d’y voir un peu plus près. Il est sûr que l’homme a souvent peur de ce ou de ceux qu’il ne connaît pas. La peur de l’inconnu. La peur du différent. C’est vrai et ce n’est pas vrai. Car un enfant, à ses premiers pas, se mettra à pleurer si un individu qu’il n’a jamais vu veut le prendre dans ses bras, mais on verra pourtant le même enfant, deux minutes après, faire des sourires dans la foule à tous les gens qu’il rencontre, leur tendre la main, les attirer à lui (surtout peut-être s’il repose tranquillement dans les bras de son père ou de sa mère qui lui assurent une réelle protection).

    C’est donc sans doute cela la vérité : on est capable de ne pas avoir peur de l’inconnu si on repose sur une base qui nous assure sécurité et protection. Mais cette sécurité et cette protection grandissent lorsqu’on commence vraiment à se connaître avec l’autre, à tout partager de ce qui nous est cher. La réciprocité, qui est certainement un des sujets préférés de notre blog, vous avez dû déjà le noter, est évidemment le type de connaissance qui nous donne le plus de confiance. Lorsqu’on est amoureux on n’a même plus besoin de cacher ses défauts, ses misères, ses appréhensions pour se sentir à l’aise avec l’autre. Bien au contraire, lorsque j’ai le courage de dévoiler à l’autre mes faiblesses et que cela encourage l’autre à en faire de même, la vie devient tellement plus simple, limpide et transparente.

    Un des grands progrès de l’humanité est justement cette découverte réciproque qui fait que certaines guerres aujourd’hui ne semblent plus possibles. Les peuples français, allemands et anglais se sont ouverts réciproquement le cœur l’un à l’autre, même s’il restera toujours de saines rivalités, comme dans le sport, mais ce serait  bien difficile désormais qu’ils se laissent entraîner dans une nouvelle guerre entre eux comme il y en a eu il n’y a pas si longtemps.

    Cela n’empêche cependant pas les guerres de continuer à éclater un peu partout sur notre planète. Alors que penser ? On me dira que la peur vient parfois aussi de la connaissance. Des expériences passées négatives peuvent laisser des traces. Un brave Français moyen aura sûrement plus peur d’un Nord-Africain avec qui il a vécu des moments difficiles, qu’avec un Chinois qui reste encore pour lui lointain et mystérieux. Et combien de couples se déchirent parce qu’ils se connaissent trop et qu’ils n’arrivent plus à se supporter.

    Eh bien, vous m’excuserez, mais je voudrais dire ici de toutes mes forces que ces derniers exemples sont de la fausse connaissance. Lorsqu’on se méfie d’un voisin avec qui on a eu de violentes disputes, ou même lorsqu’on se sépare définitivement de celui ou celle avec qui on a vécu pendant de longues années et qui semble tout à coup ne plus nous comprendre, cela ne peut pas s’appeler de la connaissance. Je l’appellerais simplement un « jugement ». Et la différence est ici essentielle. Dans la vraie connaissance, celle qui est justement réciproque, on entre chacun dans le cœur de l’autre, au point de tout partager : c’est une connaissance de l’intérieur qui, peu à peu, est capable de guérir même les blessures les plus cachées, les plus secrètes.

    Lorsqu’on en arrive à se haïr parce qu’on se « connaît » trop, c’est en réalité qu’on n’arrive plus à se placer au cœur de l’autre, on l’analyse de l’extérieur, on le condamne, on le rejette de son cœur, et la réciprocité (mais ce n’en est plus une) devient alors celle du jugement et de la condamnation réciproques. Comment ne pas en arriver là pour voir gâchée en quelques mois ou quelques semaines une relation qui nous avait auparavant donné tellement de bonheur ? C’est là que devient tellement importante cette passion de l’unité à 360 degrés dont nous parlions récemment dans notre rubrique « Interdépendance ».

     Ce sera la relation pacifique et pacifiée avec d’autres personnes amies qui nous aidera à dépasser ces nuages et ce tonnerre qui soudain nous ont envahis. Et c’est là qu’on découvrira qui sont nos vrais amis. Des gens qui nous pousseront à prendre parti contre l’autre, qui nous diront : « Tu as raison, l’autre est complètement stupide, tu fais bien de le laisser tomber ! » ou ceux qui nous diront : « Mais non, tu verras, ce n’est qu’un malentendu, l’autre t’aime encore beaucoup au fond de lui, même si des circonstances difficiles ont créé des nœuds entre vous, mais avec un peu de patience tous les nœuds devraient pouvoir un jour ou l’autre se dénouer. » ? Le bon sens et la confiance sincère en l’autre peuvent bien souvent reprendre le dessus, si cette connaissance réciproque est le trésor, le passepartout qui compte le plus dans notre vie !


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