• Question de vie ou de mort

    Oui, c’est vraiment une question de vie ou de mort : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » (Mc 13,31)

    Si on y pense seulement un peu, si on laisse cette petite phrase résonner en nous, elle a quelque chose d’incroyable. Comment quelqu’un peut-il se permettre d’affirmer que le ciel et la terre vont mourir et que ses paroles vont continuer à vivre ? Mais n’est-ce pas le contraire qui se passe normalement ? Je sais bien que les paroles d’une personne morte peuvent continuer à exister à travers ses écrits et même, depuis quelques décennies, à travers les enregistrements qu’on en aura fait. Mais ce ne sont plus vraiment ses paroles : puisque lui a disparu de ce monde, comment pourrait-il encore vraiment parler ?

    Pour lancer à la face du monde ébahi une phrase pareille, c’est sans doute que les mots, les « paroles », veulent tout à coup dire tout autre chose. On entre dans une dimension qui nous était jusque-là inconnue. Et c’est cela que nous voudrions essayer de commencer au moins à comprendre maintenant.

    On confond en général la vie avec l’expression de la vie, ce qui est bien compréhensible, mais ce qui est une manière de voir encore tellement limitée. Voilà que Jésus nous entraine ici beaucoup plus loin. Ses paroles sont la vie, la vie dans son essence. Lui-même est d’ailleurs la Parole dans son essence. C’est un retournement complet de situation. Car le ciel et la terre qui forment la matière sur laquelle s’appuie normalement la parole, deviennent tout à coup de cette parole une simple expression provisoire.

    C’est la parole qui compte. Le ciel et la terre ne sont plus le support de la parole, c’est la parole qui est le support du ciel et de la terre. Et si ces deux éléments qui ont toujours servi de cadre à notre vie humaine devaient soudain disparaitre, la vie ne s’en irait pas pour autant, elle prendrait seulement d’autres formes et d’autres expressions.

    Cette vision, cette logique nous échappent complètement, elles vont bien au-delà de tout ce qu’il nous est encore possible d’imaginer et de comprendre avec nos pauvres limites humaines. Car nous voici maintenant au seuil d’un mystère, d’un mystère immense. La seule consolation pour nous, c’est que ce mystère a quand même pris une forme matérielle qui nous est familière, il est entré dans la dimension du ciel et de la terre, mais pour nous faire comprendre que, si on le laisse faire en nous, dans cette dimension que nous connaissons, il va nous transporter dans une autre dimension qui ne sera plus celle de la mort, mais de la vie. Alors il ne nous reste plus qu’à nous laisser emporter en pleine confiance et nous entrerons dans cette « vie ». Et cela dès ici-bas. La vie n’est pas seulement celle de l’au-delà, d’un paradis après la mort, elle est déjà en nous et au milieu de nous, si nous savons la laisser pénétrer au fond et au milieu de nous-mêmes. Cela donne le vertige, mais c’est l’unique réalité vraiment réelle, qui vaut la peine de se jeter à l’eau.

     

     


  • Commentaires

    1
    Hayat
    Samedi 3 Juin à 14:22
    Wawww c'est de la philosophie !!!
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