• Dans notre « vision des quatre verbes » (être, accueillir, donner ou se donner, et refuser) après avoir présenté le verbe « accueillir », je pensais vous parler aujourd’hui du verbe « refuser ». Pourquoi avoir choisi un verbe si négatif, alors que tout l’esprit du blog essaye en général de voir le plus possible le positif, au moins là où il existe ?

    C’est vrai que le verbe « refuser » est parfois terriblement négatif. Refuser ce n’est pas seulement ne pas s’engager dans telle ou telle action, ne pas accueillir telle ou telle personne, c’est décider librement et consciemment de rejeter l’autre ou ses propositions. Le refus a souvent des conséquences terribles, il peut conduire à une foule de malentendus, à de la rancœur ou même de la haine. Un refus provoque souvent un autre refus, comme une réaction en chaîne.

    Mais refuser est toujours important, car il est d’abord le signe de notre liberté. Si je peux refuser, c’est que je ne suis pas obligé d’accepter ce qu’on me propose ou demande de faire. Je peux même refuser un honneur par humilité. Je peux refuser une promotion ou un cadeau pour en faire profiter quelqu’un d’autre. On doit toujours bien mettre n’importe quel refus dans son contexte avant d’y voir quelque chose de négatif.

    Mais voyons un peu plus attentivement ce que l’on peut refuser. Avez-vous remarqué que « refuser » est un des rares verbes que l’on peut utiliser pratiquement avec tous les autres verbes ? Je peux refuser de faire quelque chose, de voir ou de regarder, d’entendre ou d’écouter, de dire, de parler, de témoigner, ou au contraire de me taire. Je peux refuser d’intervenir, d’aider ou de tendre la main. Mais je peux aussi refuser de faire du mal à quelqu’un, de le juger, de le détruire. Je peux refuser d’obéir à une loi injuste, de me résigner, d’arrêter, de me rendre. Je peux refuser d’avoir de mauvaises pensées, d’imaginer le pire, comme je peux refuser de faire confiance ou d’accepter quelqu’un. Je peux aussi refuser de renvoyer quelqu’un ou de le priver de ses droits. Je peux refuser de partir, de sortir ou d’entrer. Mais inutile d’en dire plus : tous les verbes pourraient vraiment y passer.

    Ce qui est intéressant dans le verbe « refuser », c’est qu’il demande souvent du courage. Ce n’est pas toujours facile de dire non à un avis, une action qu’on voudrait nous imposer, ou auxquels nous sommes amenés pour faire comme tout le monde. Refuser demande de la volonté, de la personnalité, parfois même un esprit de sacrifice. On se fait souvent remarquer lorsqu’on refuse de ne pas faire ou penser comme tout le monde. Et si notre blog a aussi comme but de se battre pour un monde plus juste et plus harmonieux, nous devrons souvent refuser de nous laisser entrainer dans la mentalité courante qui n’est pas forcément mauvaise en soi, mais qui cherche peut-être à ce que personne ne nous dérange, qui n’aime pas intervenir dans les problèmes des autres, alors que ce serait tellement beau si nous nous aidions un peu plus à refuser la médiocrité pour des choix meilleurs. Mais il faut aussi être forts et unis pour refuser. C’est un des désirs de notre blog : courage et bonne continuation !

     

     

    Citations à approfondir :

    Hésiode a dit : 
    Donne à qui te donne ; refuse à qui te refuse.
       

    Faire une concession, c'est accorder à regret ce qu'on ne se sent pas assez vaillant pour refuser.
    Citation de 
    Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

    Quand le monde se refuse à ta compagnie, passe-toi du monde.
    Citation de 
    Henri-Frédéric Amiel ; Journal intime, le 3 avril 1869.

    Qui demande avec timidité enseigne à refuser.
    Citation de 
    Sénèque ; Hippolyte - env. 60 ap. J.-C.

    Il n'est pas homme qui ne sait dire non.
    Citation de 
    l'Italie ; Recueil de proverbes italiens (1872)

    Il est plus aisé de donner que de refuser de bonne grâce.
    Citation de 
    Simon de Bignicourt ; Pensées et réflexions philosophiques (1755)

    Que celui qui refuse d'obéir à la justice ne s'en prenne qu'à lui lorsqu'il sera contraint d'obéir à la force.
    Citation de 
    Nicolas Massias ; Rapport de la nature à l'homme (1823)

    Une âme noble rend justice même à ceux qui la lui refusent.
    Citation de 
    Nicolas de Condorcet ; Pensées et maximes (1794)

    Mépriser, c'est refuser de comprendre.
    Citation de 
    Marcel Aymé ; Pensées et anecdotes (1902-1967)

    À bon demandeur, bon refuseur.
    Citation de 
    Dicton français ; Les dictons rimés de l'Anjou (1858)

    Ce n'est qu'en refusant de payer ses factures que l'on devient immortel dans la mémoire des commerçants.
    Citation de 
    Oscar Wilde ; Aphorismes (1854-1900)

    L'amour qui refuse la vie est un amour faux, un amour triste.
    Citation de 
    Francis Picabia ; Lettres à Christine (1945-1951)

    Si la fortune nous refuse les occasions de bien faire, au moins évitons soigneusement de nuire.
    Citation de 
    Samuel Johnson ; Le paresseux (1760)

    Aimer la littérature, c'est refuser que la beauté soit mise entre parenthèses.
    Citation de 
    Claude Roy ; Le commerce des classiques (1953)

    On se donne, ou l'on se refuse ; mais se refuser et moraliser, il y a double peine.
    Citation de 
    Honoré de Balzac ; Le lys dans la vallée (1836)

    Rien n'est jamais joué si l'on se refuse à subir.
    Citation de 
    Françoise Giroud ; On ne peut pas être heureux tout le temps (2001)

    L'honneur commence à refuser les honneurs.
    Citation de 
    Malesherbes ; Pensée et maximes (1721-1794)

    Les femmes sont comme les grands seigneurs : pour donner du prix à ce qu'elles accordent, elles commencent d'abord par le refuser.
    Citation de 
    Adolphe Ricard ; L'amour, les femmes et le mariage (1857)

    Pas de pitié pour qui refuse la grâce, pas d'excuse aux péchés de l'esprit !
    Citation de 
    Georges Bernanos ; Le crépuscule des vieux (1956)

    On ne refuse pas à ceux qui ont peu.
    Citation de 
    Robert Sabatier ; Le lit de la merveille (1997)

    Refuse tout agrément qui ne comporte aucune utilité.
    Citation de 
    Démocrite ; Fragments - IVe s. av. J.-C.

    C'est trop difficile de refuser le pardon à un enfant.
    Citation de 
    Claire Martin ; Dans un gant de fer (1965)

    Être poète, c'est multiplier la dialectique temporelle, c'est refuser la continuité facile de la sensation.
    Citation de 
    Gaston Bachelard ; La dialectique de la durée (1936) 

    Ne refuse pas sans entendre, n'accorde pas sans examiner.
    Citation de 
    Anne Barratin ; Pensées in Œuvres posthumes (1920)

    Il ne faut point refuser pour refuser, mais pour faire valoir ce qu'on accorde.
    Citation de 
    Jean-Jacques Rousseau ; Émile, ou De l'éducation (1762)

    Qui nous refuse un regard, parfois nous désire.
    Citation de 
    Louis Scutenaire ; Mes inscriptions (1943-1944)

    Rêver, c'est refuser de choisir entre ce qui est et ce qui n'est pas.
    Citation de 
    Jean Éthier-Blais ; Le manteau du Rubén Dario (1974)

    À jamais rien se refuser, l'être humain s'avilit.
    Citation de 
    Claire Martin ; Moi, je n'étais qu'espoir (1972)

    Refuser d'aimer, c'est déjà aimer dans une certaine mesure.
    Citation de 
    Claire Martin ; Moi, je n'étais qu'espoir (1972)

    Qui peut promettre tout, ne veut rien refuser.
    Citation de 
    Thomas Corneille ; La mort de l'empereur Commode, II, 2 (1657)

    Je verse mon âme dans la vôtre, ne la refusez pas.
    Citation de 
    Martine Le Coz ; Céleste, Prix Renaudot en 2001.

    On est toujours maître de refuser.
    Citation de 
    Mirabeau ; Discours Assemblée nationale, 1er octobre 1789.

    Toute belle et honnête femme ne refuse jamais louange qu'on lui donne.
    Citation de 
    Brantôme ; Les vies des dames galantes (1600)

    Savoir ce qu'on pense, c'est savoir ce qu'on refuse et savoir ce qu'on souhaite.
    Citation de 
    Louis Pauwels ; La liberté guide mes pas (1984)

    Si tu refuses de discuter avec les sots, tu ne discuteras plus avec personne.
    Citation de 
    Félix Leclerc ; Le calepin d'un flâneur (1961)

    Savoir refuser est d'aussi grande importance que savoir octroyer.
    Citation de 
    Baltasar Gracian ; L'homme de cour (1646)

    L'homme libre est celui qui sait refuser une invitation à dîner, sans donner de prétexte.
    Citation de 
    Jules Renard ; Journal du 25 novembre 1895.

    Refuser toute dépendance, c'est mettre l'homme au sommet de l'être.
    Citation de 
    Jean Guitton ; Mon testament philosophique (1997)

    Quand on refuse tout, on peut se permettre tout.
    Citation de 
    Jacques Chardonne ; Propos comme ça (1966)

    C'est le meilleur de ne rien désirer et ne rien refuser.
    Citation de 
    Saint François de Sales ; Entretiens spirituels.

    Un homme digne refuse ce qu'on lui refuse, plus que ne le lui refusent ceux qui le lui refusent.
    Citation de 
    Paul Valéry ; Mélange (1934)

    On ne refuse rien à l'épouse qu'on aime.
    Citation de 
    Charles-Guillaume Étienne ; L'Intrigante, I, 9, le 6 mars 1813.

    La sympathie ne se refuse qu'à celui qui ne l'inspire pas.
    Citation de 
    Antoine de Rivarol ; L'esprit de Rivarol (1808)

    La main n'atteint pas ce que le coeur refuse.
    Citation de 
    Thomas Fuller ; Gnomologia (1732)

    Dans la politique, toute poésie est un mensonge auquel la conscience se refuse.
    Citation de 
    George Sand ; Lettre à Joseph Mazzini - Septembre 1850.

    On doit à autrui tous les services qu'on ne peut lui refuser, sans ressentir une secrète honte.
    Citation de 
    Simon de Bignicourt ; Pensées et réflexions philosophiques (1755)

    L'amour ne peut rien refuser à l'amour.
    Citation de 
    André le Chapelain ; De Amore, XXVI - XIIe siècle.

    Que la nature lui en refuse le don, et c'est l'indignation qui dictera au poète ses vers.
    Citation de 
    Juvénal ; Satires - env. 120 ap. J.-C.

    Il ne faut rien accorder aux sens quand on veut leur refuser quelque chose.
    Citation de 
    Jean-Jacques Rousseau ; Les confessions (1765-1770)

    De la Bible :

    Au matin, Balaam se leva et dit aux princes envoyés par Balaq : « Partez pour votre pays, car Yahvé refuse de me laisser aller avec vous. » (Nb 22,13)

    Mais si elle refuse la paix et te livre combat, tu l'assiégeras. (Dt 20,12)

    Car Yahvé Dieu est rempart et bouclier, il donne grâce et gloire; Yahvé ne refuse pas le bonheur à ceux qui marchent en parfaits. (Ps 84,11)

    Ne refuse pas un bienfait à qui y a droit quand il est en ton pouvoir de le faire. (Pr 3,27)

    Mon fils, ne refuse pas au pauvre sa subsistance et ne fais pas languir le miséreux. (Si 4,1)

    Aime dans ton cœur l'esclave intelligent, ne lui refuse pas la liberté. (Si 7,21)

    Pas de bienfaits à qui persévère dans le mal et se refuse à faire la charité. (Si 12,3)

     

    Mais ce sont vos fautes qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu. Vos péchés ont fait qu'il vous cache sa face et refuse de vous entendre. (Is 59,2)

     

    Que s'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s'il refuse d'écouter même la communauté, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain. (Mt 18,17)

     

    A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre ; à qui t'enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. (Lc 6,29)

    Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui. » (Jn 3,36)

    Mais si je suis réellement coupable, si j'ai commis quelque crime qui mérite la mort, je ne refuse pas de mourir. Si, par contre, il n'y a rien de fondé dans les accusations de ces gens-là contre moi, nul n'a le droit de me céder à eux. J'en appelle à César ! » (Ac 25,11)

     

    C'est pourquoi je ne manquerai pas, si je viens, de rappeler sa conduite. Il se répand en mauvais propos contre nous. Non satisfait de cela, il refuse lui-même de recevoir les frères, et ceux qui voudraient les recevoir, il les en empêche et les expulse de l'Église. (3 Jn 1,10) 


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  • (Sage chinois du VIe siècle avant Jésus Christ)

    [Certaines phrases sont vraiment surprenantes. Quelle sagesse dont notre monde aurait encore tellement besoin aujourd’hui !]

     

    « Pour vivre pleinement sa vie, il n'est pas nécessaire d'agir.
    Pour vivre pleinement sa vie, il est indispensable d'être. »

    « Celui qui sait ne parle pas.
    Celui qui parle ne sait pas. »

    « Parce que je suis désintéressé, mes propres intérêts sont préservés. »

    « Plus le sage donne aux autres, plus il possède. »

    « Ta vie est un bloc d'argile :
    ne laisse personne le modeler à ta place. »

    « Je m'observe moi-même et c'est ainsi que je réussis à connaître les autres. »

    « Le sage peut découvrir le monde sans franchir sa porte. Il voit sans regarder, accomplit sans agir. »

    « Quand on a réglé un grand différent, il reste toujours quelques griefs, et la paix ne peut être rétablie que par la bonté. »

    « La seule façon d'accomplir est d'être. »

    « Le voyage de mille lieues a commencé par un pas. »

    «  Comment les enfants apprennent-ils à corriger leurs erreurs? En regardant comment tu corriges les tiennes. Comment tes enfants apprennent-ils à surmonter leurs échecs? En regardant comment tu surmontes les tiens. Comment les enfants apprennent-ils à se traiter avec indulgence? En te regardant te pardonner à toi-même. »

    « Il n'y a point de chemin vers le bonheur : le bonheur c'est le chemin. »

    « Sois content de ce que tu as : 
    Réjouis-toi de la réalité telle qu'elle est.
    Quand tu comprends que rien ne manque, 
    Le monde entier t'appartient. »

    « Emplis ton bol à ras bord
    et il débordera.
    Aiguise ton couteau sans relâche
    et il s'émoussera.
    Cours après l'argent et la sécurité
    et ton cœur ne s'apaisera jamais.
    Soucie-toi de l'approbation des gens
    et tu seras leur prisonnier.
    Fais ton travail, puis retire-toi.
    La seule voie vers la sérénité. »

    « Les couples qui atteignent la seconde lune de miel (celle qui ne disparaît pas) ne sont pas des êtres extraordinaires. [...] Ces couples ont finalement appris à s'accepter profondément l'un l'autre. Ils se voient l'un et l'autre avec clarté et ne ressentent plus le besoin de faire pression sur leur partenaire pour qu'il change. »

    « Chaque vague sait qu'elle est la mer. Ce qui la défait ne la dérange pas car ce qui la brise la recrée. »

    « Produire et faire croître, 
    produire sans s'approprier, 
    agir sans rien attendre, 
    guider sans contraindre, 
    c'est la vertu suprême. »

    « Savoir se contenter de ce que l'on a, c'est être riche. »

    « Il y a quelques petites choses que tu dois savoir pour devenir un parent sage. Tu dois savoir que tu vas mourir, car ainsi tu pourras vivre véritablement. »

    « Tu dois savoir quand tu as assez, car ainsi tu seras satisfait. Tu dois savoir rire, car ainsi tu sauras guérir. »

    « Il y a beaucoup de choses que tu n'as pas à savoir. Tu n'as pas à savoir tout ce que pensent ou font tes enfants. Tu n'as pas à connaître leurs rêves secrets et leurs espoirs. Tu n'as pas à savoir de quelle manière se déroulera leur vie, ni la tienne.

    Vis ta propre vie, de tout ton cœur, de toutes tes forces, et avec toute ton âme. Tu n'as pas besoin de vivre la leur. Ils le feront merveilleusement eux-mêmes. »

    « Connaître le Non-savoir est élévation. Ignorer cette Connaissance est une maladie. Cependant souffrir de cette maladie c'est par là même n'être plus malade.
    Le Saint-Homme n'a pas cette maladie, car il en souffre. Cela étant, il n'est plus malade. »

    « Plus tu as d'armes, moins les gens seront en sécurité. »

    « Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous ensemble. »

    « La nature fait les choses sans se presser, et pourtant tout est accompli. »

    « Rien n'est plus souple et plus faible que l'eau,
    Mais pour enlever le dur et le fort, rien ne la surpasse
    Et rien ne saurait la remplacer. »

    « Être bon à l'égard des bons
    et bon aussi envers ceux qui ne le sont pas,
    c'est posséder la bonté même. 
     Avoir confiance en des hommes de confiance
    et aussi en ceux qui ne le sont pas,
    c'est posséder la confiance même. »

    « La bonté suprême est comme l'eau qui favorise tout et ne rivalise avec rien. »

    « Si tu veux être entier,
    laisse-toi aller partiel.
    Si tu veux être droit,
    laisse-toi être tordu.
    Si tu veux être plein,
    laisse-toi être vide.
    Si tu veux renaître,
    laisse-toi mourir.
    Si tu veux que tout te soit offert,
    renonce à tout ce que tu as… »

     

     


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  • A une époque où les frontières s’ouvrent de plus en plus, au moins dans les médias, où les cultures du monde entier apprennent à s’entrepénétrer et à s’enrichir mutuellement, il est impressionnant de constater combien de personnes ont encore peur, terriblement peur d’être envahis par les autres. Combien d’hommes politiques à la courte vue pensent gagner les élections en promettant à leur électorat qu’ils les protégeront contre ces « autres » qui veulent les envahir. Et le pire c’est que beaucoup de gens les élisent pour cela.

    Mais ici, je voudrais être très clair : mon article ne voudrait surtout pas s’adresser au Liban et aux Libanais qui ont été depuis longtemps envahis : Arméniens, Palestiniens, Irakiens, Syriens… Les Arméniens ont heureusement eu le temps de s’intégrer ainsi que certains Syriens, mais la plupart des autres sont là comme une charge bien lourde pour ce petit pays. Et tant que les grands de ce monde ne voudront pas s’accorder pour résoudre ensemble tous les problèmes du Moyen Orient, la situation restera écrasante pour un pays qu’on appelait il n’y a pas si longtemps la Suisse du Moyen Orient…

    Non, mon intention aujourd’hui est une autre : me moquer de mes compatriotes français et de mes frères d’Europe qui ont peur d’ouvrir leurs frontières. « Me moquer », entendons-nous, il n’y a rien de méchant pour moi dans ce mot : les vrais amis ont le droit et le devoir de se moquer gentiment de ceux qui risquent de faire une grosse bêtise, si on ne les réveille pas à temps. C’est une des plus grandes « batailles » que nous devons mener aujourd’hui.

    Le monde, comme la nature, avance, progresse, même si cela semble parfois à reculons, mais ce qui est sûr c’est que le passé n’existera plus jamais et qu’il faut bien s’adapter aux nouvelles réalités. On peut le faire avec la mentalité de quelqu’un qu’on conduit à l’abattoir pour y être achevé, ou avec la passion de celui qui sait que dans toute évolution de l’humanité il y a toujours de bonnes surprises, des éléments positifs.

    Trouverait-on aujourd’hui quelqu’un qui préférerait revenir vivre au Moyen Age ou au temps de l’empire romain ? Est-ce simplement parce que nous avons maintenant l’électricité, nos voitures, la télévision ou internet ? Ou est-ce aussi que beaucoup de valeurs de respect de la personne, d’écoute et de dialogue, de progrès relationnel ou social rendent notre vie de maintenant plus humaine, plus harmonieuse qu’autrefois, malgré toutes les contradictions que nous devons affronter ?

    Il faudrait voir maintenant les causes réelles de notre peur d’être envahis. Si ce sont seulement des causes matérielles, la peur que des gens venus d’ailleurs viennent partager nos richesses, alors nous avons sans doute raison d’avoir peur et c’est bien mérité : si nous ne commençons pas volontairement à partager les richesses que nous nous sommes accumulées depuis surtout deux siècles, souvent sur les dos des autres, nous serons bientôt obligés de le faire par la force et la violence : c’est mieux de s’y mettre aujourd’hui de tout notre cœur en comprenant ceux qui se sentent lésés.

    Mais si notre peur est de perdre notre identité, notre personnalité, il y a là effectivement un problème de fond à examiner. Nous y reviendrons prochainement dans un autre article, mais aujourd’hui je voudrais simplement lancer quelques pistes provocatrices.

    -          Si j’ai peur que l’autre m’envahisse et m’impose sa personnalité et son identité, c’est peut-être que j’ai une bien pauvre idée de moi-même : à approfondir.

    -          Si je pense que l’autre risque de me donner ses valeurs, cela veut dire que je n’ai rien compris aux valeurs, car les valeurs ne s’imposent jamais par la force, elles entrent en nous seulement par l’expérience et la conviction, sinon ce ne sont pas des valeurs.

    -          Si je pense que l’autre va me voler mes valeurs, c’est que je n’ai pas compris que les valeurs sont faites pour être partagées.

    -          Si je pense que celui qui va m’envahir n’a pas de valeurs, c’est que je suis un pauvre homme raciste ou qui vit sur la lune. Tout peuple a des valeurs et c’est beau de les mettre en commun, tout le monde y gagne : voyez la beauté d’un peuple comme le peuple brésilien.

    L’exemple du peuple libanais va m’aider à me faire comprendre. Les Libanais souffrent car la situation de leur pays est intenable. Ils sont victimes d’une grande injustice internationale. Si l’on pense que le nombre de personnes d’origine étrangère qui vivent sur le sol Libanais arrive au moins aux deux tiers de la population totale du pays, c’est comme s’il y avait en France 40 millions de personnes d’origine étrangère installées depuis la fin de la seconde guerre mondiale. On ne parle pas ici de recevoir quelques milliers de réfugiés. Et bien je vois qu’avec toute cette situation parfois dramatique, les Libanais sont toujours les Libanais, ils ont leur identité, leur âme libanaise, leurs valeurs, leur personnalité qui est différente de celle des Palestiniens, des Syriens, des Irakiens (qui ont eux aussi leurs valeurs et leurs richesses, différentes). Ils sont parfois tentés eux aussi d’émigrer ailleurs, mais ils sont toujours eux-mêmes et ils n’ont pas peur de l’être.

    Affaire à suivre…

     

     

     


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  • La comparaison est sans doute un des éléments les plus importants qui permettent à l’intelligence de se développer. Combien il a été absolument primordial pour nous de commencer à distinguer au départ, en les comparant, l’amour de notre père avec celui de notre mère, la différence entre nos parents et nos frères et sœurs, entre notre famille et les gens rencontrés dans la rue, entre les hommes et les animaux, entre les animaux et les plantes, entre les plantes et les objets inanimés. Tout cela est tellement simple et évident. Mais alors pourquoi ces comparaisons qui nous ont aidés à nous frayer un chemin dans la vie, qui nous ont permis de distinguer le vrai du faux, le naturel de l’artificiel ou le positif du négatif et toutes les catégories qui forment le cadre de notre univers, deviennent parfois si terriblement destructrices, causes de malentendus, de souffrance ou même de haine. Car il faut bien reconnaître qu’il existe des comparaisons qui blessent, qui offensent, qui attristent ou même qui tuent.

    Combien de comparaisons servent seulement à provoquer la jalousie ou la méfiance. Combien de comparaisons nous servent seulement à créer des barrières entre les gens. Et nous en entendons ainsi tous les jours de toutes les couleurs. A peine a-t-on vu pendant quelques jours la photo de ce petit garçon mort sur une plage de Turquie qui a fait le tour du monde, que l’on entend des gens en Europe qui disent : « Oui, tout le monde s’émeut pour la mort de ce petit kurde de Kobané, et pourquoi ne fait-on pas le même tapage pour ce qu’on fait subir aux petits chrétiens du Moyen Orient ? » On peut comprendre la douleur d’un père angoissé qui voit que personne ne s’occupe de son enfant maltraité, mais de là à vouloir comparer la souffrance de l’un avec celle de l’autre, pourquoi ? Quelle honte ! Quel manque de délicatesse et de respect en même temps. Si vous voyez une mère atterrée par la mort accidentelle de son enfant, vous n’allez tout de même pas lui dire que votre voisine souffre bien plus qu’elle parce que son fils est en train de mourir d’un cancer à petit feu ! On ne devrait jamais comparer des souffrances et des injustices entre elles. Il est des mots, des comparaisons qu’on doit garder pour soi, si on ne veut pas détruire en peu de mots de bonnes relations que nous avons mis peut-être des années à construire.

    Ou bien lorsqu’on essaye de se justifier et de se défendre. Comme lorsque j’essaye parfois de dire à des amis en France que nous, chrétiens, avons beaucoup de choses à nous reprocher et que je m’entends dire : « Mais tu ne vois pas ce que font les communistes, ou les musulmans, ou les Chinois ? » Comme si la faute des autres justifiait tout ce qui ne va pas chez nous… C’est sans doute aussi pour tout cela que beaucoup de gens disent qu’ils n’aiment pas les comparaisons.

    Alors taisons-nous, ne faisons plus de comparaisons ? Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire. Il en va des comparaisons comme de tous les outils qui peuvent nous tomber sous la main. Avec un couteau, je peux préparer un repas exceptionnel, délier une corde qui nous empêchait d’être libres, mais aussi blesser et même tuer. Et que dire de l’eau, du feu ou des plus belles découvertes scientifiques ou technologiques de l’homme ? A moi d’avoir l’intelligence et la maturité de me servir de mes outils pour quelque chose de constructif et non pas de négatif.

     

    Les comparaisons servent à apprendre et à découvrir quelque chose de nouveau. Une comparaison peut ouvrir au lieu de fermer. Elle peut servir à unir et à harmoniser, comme elle peut servir à opposer ou à détruire. A moi de juger. Combien de comparaisons provoquent une saine émulation dans les mondes du sport, de la science, de la culture en général et font faire de grand pas à l’humanité. Tout le monde en voit chaque jour des milliers d’exemples. Comparons donc en toute liberté, mais en choisissant le bon moment et la comparaison qui libère, pas celle qui bloque, qui fâche ou qui provoque la colère, le mépris ou l’angoisse. On peut penser peut-être ce qu’on veut, mais on n’est pas libre de dire tout ce qui nous passe par la tête, sous prétexte que c’est la vérité et que la vérité doit toujours être dite. Nous parlerons encore de la vérité… mais restons-en là pour aujourd’hui.


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  • Nous continuons encore notre découverte des « reflets du paradis de Chiara Lubich » avec encore une phrase de son merveilleux article sur « La résurrection de Rome », extrait du livre de Nouvelle Cité « Voyage trinitaire », p. 32 

    "Je crois que, si je laissais Dieu vivre en moi, si je le laissais s’aimer dans les frères, il se découvrirait lui-même en beaucoup et bien des yeux s’éclaireraient de sa lumière, signe tangible qu’il règne en eux. »

    Chiara est évidemment une croyante en Dieu et surtout en l’amour de Dieu. Mais elle a toujours eu un immense respect pour les personnes qui n’ont pas de référence religieuse, avec lesquels elle a établi toute sa vie un dialogue respectueux et fécond.

    Je crois qu’au-delà de ses mots, il y a surtout ici la découverte et la perception du miracle de l’amour qui est au cœur de l’homme et qu’il est impossible de ne pas sentir.

    La grandeur de la vision de Chiara est, je pense, dans cette découverte que l’amour est à la fois en moi et hors de moi, en l’autre et hors de l’autre. Lorsque j’aime l’autre et que l’autre m’aime, il y a toujours un danger énorme, celui de croire que nous sommes tous deux seuls au monde. Et cet amour souvent se détériore, il se renferme sur lui-même en se croyant tout puissant et éternel et il se dessèche et meurt, parce qu’il n’a pas su s’ouvrir. L’amour à deux est mortel. Il n’y a qu’à voir tous ces films d’amour dont nous sommes inondés toute notre vie, qui ont souvent quelque chose  de profondément réel, mais qui finissent presque toujours très mal.

    Dans la vie, seul l’amour "à trois" est viable. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’un troisième élément étrange, jaloux, voyeur ou je ne sais quoi de bizarre qu’on puisse lui attribuer, il s’agit de la respiration elle-même de l’amour qui circule au dehors pour ramener de l’air frais, tout en faisant profiter de lui-même tout ce qu’il touche sur son passage. Comme le cœur de l’homme qui laisse son sang s’écouler, irriguer tout le corps, se purifier d’oxygène, avant de se retrouver chez lui pour se sentir fort de nouveau à chaque battement, avant de repartir, dans un mouvement dynamique et perpétuel qui est le secret de notre vie et de notre existence sur cette terre. Appelons ce « troisième » de l’amour comme nous voulons : Dieu, l’humanité, l’amour lui-même, l’important c’est de ne jamais se refermer, mais de s’ouvrir toujours plus, à l’infini. 

    Lorsque nous laissons l’amour « s’aimer en nous », c’est une véritable délivrance. Nous ne sommes plus nous-mêmes le centre égoïste du monde, nous laissons l’amour être le centre. Et quelle surprise lorsque ce même amour qui part de nous va « s’aimer dans le frère », comme cet amour qui part du frère va « s’aimer en moi ». Ne voyons-nous pas qu’il y a là une libération ? Finie la peur d’être envahi par l’amour possessif de l’autre qui prétend me dominer tout en m’aimant. Finis les malentendus, les blessures, les rancœurs. Je dois seulement me mettre d’accord en moi avec cet amour qui veut mon bien en même temps que le bien de l’autre et qui va se mettre d’accord justement avec ce même amour dans le frère.

    De belles paroles loin de la réalité ? Si Chiara les a écrites, c’est qu’elle les a vécues, expérimentées, tout au long de sa vie, et en a fait profiter tous les gens qui l’ont approchée. Pourquoi ne pas croire à ces témoins d’humanité, parce que nous-mêmes peut-être n’avons pas encore réussi à faire cette expérience en profondeur ? Tant que nous ne sommes pas morts, il y a toujours l’espoir de recommencer et de découvrir encore…

     

     


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