• « Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : ‘Relevez-vous et n’ayez pas peur !’ » (Mt 17, 6-7)

    Ces deux petites phrases sont à la fois toutes simples et tout de même étonnantes. C’est Dieu le Père, mais Jésus en même temps dans la manifestation inouïe de leur lumineuse divinité qui ont plongé d’un coup Pierre, Jacques et Jean dans une immense frayeur. Dieu est trop grand, trop puissant, pour que l’homme ose s’en approcher et l’on pensait autrefois qu’essayer seulement de regarder Dieu en face et c’était la mort certaine…

    Mais voilà que ce même Dieu, mais qui est descendu maintenant parmi nous et devenu homme parmi les hommes, « s’approche » des disciples apeurés, les « touche » simplement et leur dit de se relever, et toute leur peur s’en va, comme par enchantement. Le Dieu lointain et inaccessible est devenu un Dieu de tendresse et de proximité. Et l’homme se retrouve aussitôt libéré de ses angoisses, heureux et fort, car Dieu est passé de son côté.

    La Bonne Nouvelle n’est pas seulement une question de paroles et de vérité, elle est aussi une affaire d’amour concret et incarné, de présence physique rassurante. C’est une nouvelle leçon que Jésus nous donne ici encore. Si du matin au soir, nous passions notre temps à faire sentir à nos compagnons de voyage sur cette terre toute cette proximité et cette tendresse de Dieu, par un geste délicat, un sourire, une écoute, un silence bienveillant ou une caresse qui vienne apaiser, consoler, encourager, libérer, l’humanité méfiante ou sceptique se laisserait peut-être enfin convaincre que Dieu existe et qu’il nous attend et qu’il nous aime…

     

     


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  • « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! » (Mt 17, 5)

    C’est toujours la même logique. Quand le Père voit qu’enfin quelqu’un a commencé à comprendre Jésus, son Fils bien-aimé, et qu’il l’aime de tout son cœur et qu’il est prêt à tout pour lui, alors il sort de son ciel et il intervient dans l’histoire des hommes. C’est ce qui s’est passé un peu plus tôt lorsque le Père a décidé de souffler à l’oreille de Pierre la véritable identité de Jésus, « le Fils du Dieu vivant », et cela recommence maintenant avec Pierre, Jacques et Jean, tous ensemble.

    C’est que l’histoire avance et se précipite. Nous ne sommes plus très loin de l’ « heure » de Jésus, de sa passion et de sa résurrection, et le Père avec Jésus et en lui doit préparer les apôtres pour qu’ils ne soient pas pris complètement au dépourvu. Ce n’est pas si facile que cela, car le divin est tellement fort et éblouissant que notre pauvre humanité risque d’être choquée par son apparition qui pourrait l’écraser au lieu de la faire respirer, si elle arrive d’un coup sans prévenir. Nos trois apôtres sont d’ailleurs pris d’une grande frayeur au premier abord.

    Mais la révélation du Père, une fois la peur passée, va les marquer pour toujours. Ce Dieu tout puissant est avant tout un Dieu Amour. Et le Père aime son Fils bien aimé de « tout son amour » ! Cela laisse sans voix : un Dieu qui donne « tout son amour » ou, mieux encore, qui se donne de « tout son amour ». Cela va bien au-delà de toutes nos pauvres catégories humaines, mais, une fois rassurés sur les intentions de Dieu, cela devrait nous donner pour le reste de notre vie une paix, une sérénité, une assurance incroyables, une foi indéfectible.

    Car la révélation de Dieu est au fond tellement simple. Dieu est Dieu et son amour n’a pas nos limites humaines, il ne fait pas de calculs, il sait seulement se donner tout entier. Mais alors ce n’est plus seulement son amour pour Jésus qui se révèle ici si merveilleux, mais cela va être aussi son amour pour chacun de nous. Le Père, comme le Fils et l’Esprit, ne sait pas se donner à moitié ou en partie. Vous imaginez qu’à certaines personnes il se donne plus qu’à d’autres, selon nos mérites par exemple ou nos péchés. C’est ce que l’homme a cru si souvent. Mais ce n’est pas dans la nature de Dieu de jouer un tel jeu. Ce Dieu qui fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants, va donner pour toujours « tout son amour » à chacun des enfants de l’homme, pourvu seulement que l’homme sache accueillir cet amour inouï, car Dieu respectera toujours notre liberté. Mais cela ne vous fait pas rêver ?


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  • « Son visage devint brillant comme le soleil… » (Mt 17, 2)

    Cette fois-ci, nous sommes en présence d’un des moments les plus forts de l’Evangile. Une manifestation de Dieu tellement inouïe et au-delà de toutes nos pauvres catégories humaines que Pierre, Jacques et Jean ont eu bien peur et n’ont pas très bien compris ce qui leur arrivait.

    Et c’était tellement incroyable que nos pauvres évangélistes (qui n’étaient d’ailleurs pas eux-mêmes présents : Jean, qui était présent n’en parle pas dans son Evangile !) ont dû avoir beaucoup de mal à trouver des mots pour décrire ce qui s’était réellement passé.

    Marc dit que les vêtements de Jésus « devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. » Et Luc ajoute simplement : « Son visage apparut tout autre. » C’est-à-dire ? Le seul qui ose qualifier tout de même l’aspect de Jésus est donc Matthieu : « Son visage devint brillant comme le soleil. » Extraordinaire mais bien mystérieux tout de même…

    C’est que les disciples ont vu tout à coup Dieu en Dieu pour la première fois, au moins tel que les sens de l’homme peuvent le percevoir. Jésus n’est plus resté caché dans son humanité comme tout le reste de sa vie. Il a laissé entrevoir un instant sa beauté divine dans toute sa lumière. Jésus que l’on nous présente toujours comme le « bon » ou le « vrai » (« Je suis la voie, la vérité et la vie »), apparaît ici comme le « beau ». La beauté de Dieu que tant d’artistes ont essayé plus ou moins bien de représenter, s’est révélée tout à coup sans voile, comme elle peut être au paradis.

    Jésus qui est donc le « Verbe », la « Parole », est devenu ici un « visage ». Le visage, c’est la partie du corps humain qui est le plus capable de communiquer, en commençant par les yeux, que l’on appelle le miroir de l’âme, et toutes les expressions que nous connaissons qui donnent en particulier le sourire de la bonté ou de la tendresse, de la compassion ou de la consolation…

    S’il y a ici une indication qui pourra nous servir toute la vie, c’est peut-être l’encouragement à saisir sur le visage de tous ces frères ou sœurs en humanité que nous rencontrons à longueur de journée, le visage caché et mystérieux de Jésus qui nous regarde en eux, qui nous attend et qui nous invite à l’aimer en eux. Chaque prochain pourrait devenir alors un nouveau « tabernacle » de la présence de Dieu dans le monde, une présence spirituelle bien sûr, mais en même temps tellement incarnée, puisque Jésus est venu aussi pour nous montrer son visage…

     


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  • Oui, nous continuons à avancer à petits pas dans l’immense Evangile de Matthieu. Et la passion de le suivre ne diminue pas, même lorsqu’il semble redire exactement la même chose que Marc ou Luc, comme dans une grande partie de ce chapitre.

    On retrouve en effet ici, le tableau extraordinaire de la transfiguration, suivi de considérations sur le retour du prophète Elie, puis la guérison du jeune épileptique pour lequel les disciples de Jésus n’avaient rien pu faire et enfin la deuxième annonce de la passion et de la résurrection de Jésus. En Marc, c’était le chapitre 9. Chez Matthieu, nous en sommes déjà au chapitre 17 sur 28.

    Jésus continue à préparer ses disciples, à les instruire, à les avertir, et à les rassurer en même temps. Combien d’amour et de patience dans ce Fils de Dieu qui a décidé avec le Père et l’Esprit de faire confiance à l’humanité ! On sait bien que tout cela ne sera pas suffisant pour empêcher le groupe des disciples d’éclater au moment de la persécution. Mais tous ces moments passés avec Jésus reviendront à leur esprit après la résurrection de Jésus et la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte. L’humanité est en train de pénétrer pour toujours dans le Royaume. Et nous avec elle…

    Chaque évangéliste reste tout de même unique et original, et dans ce chapitre aussi, on va trouver des variations tellement riches aux textes de Marc et de Luc, dans lesquelles nous découvrirons encore de nouvelles « Perles de la Parole » qui nous feront rêver.

    Marc avait déjà raconté comment Jésus avait emmené avec lui Pierre, Jacques et Jean « à l’écart sur une haute montagne ». « Et il fut transfiguré devant eux. » Et voilà que Matthieu ajoute ici : « Son visage devint brillant comme le soleil. » Le visage de Jésus que tous ses parents et amis de Nazareth avaient peut-être cru bien connaître pendant ses 30 ans d’humble vie cachée, comme n’importe quel jeune de son époque, voilà qu’il laisse entrevoir tout à coup sa véritable nature…

    Pendant la transfiguration, Marc avait parlé de cette voix, venue de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Matthieu ajoute : «… mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour. » Un Dieu qui met « tout son amour », n’y a-t-il pas ici encore de quoi nous faire rêver ?

    Et Matthieu ajoute encore d’autres détails à toute la scène : « Entendant cela les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : ‘Relevez-vous et n’ayez pas peur ! » Ce divin qui surprend, qui va jusqu’à faire peur et qui en même temps rassure et nous fait même entrer dans un univers de tendresse par lequel Dieu révèle son vrai visage, plus encore peut-être que par des miracles de toute-puissance…

    Un peu plus loin, après la guérison du jeune épileptique, Jésus explique à ses disciples pourquoi ils n’avaient pas réussi tout seuls à expulser le démon qui possédait ce malade. Marc faisait dire simplement à Jésus : « Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière. » Chez Matthieu, le discours de Jésus va beaucoup plus loin : « C’est parce que vous avez trop peu de foi. Amen, je vous le dis : si vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne :’Transporte-toi d’ici jusque là-bas’, et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible. » Les horizons continuent à s’ouvrir devant nous…

    A la deuxième annonce de la passion et de la résurrection de Jésus aux disciples, presque identique à celle de Marc, Matthieu ajoute seulement : « Et ils furent profondément attristés. » Quelle préparation pour ces disciples dans laquelle Jésus fait continuellement souffler le chaud et le froid pour de pauvres hommes comme nous, qui étaient tellement loin d’imaginer ce qui était réellement en jeu, mais que Dieu avait choisis pour nous ouvrir la porte de sa maison…

    Le chapitre est presque fini, mais il va se terminer par une scène étonnante qui est unique ici en Matthieu et qui va nous pousser là encore à élargir nos pensées et nos cœurs. « Comme ils arrivaient à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les deux drachmes pour le Temple vinrent trouver Pierre et lui dirent : ‘Votre maître paye bien les deux drachmes, n’est-ce pas ?’ Il répondit : ‘Oui’ Quand Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : ‘Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l’impôt ? Sur leurs fils ou sur les autres personnes ?’ Pierre lui répondit : ‘Sur les autres’. Et Jésus reprit :’Donc, les fils sont libres. Mais il faut éviter d’être pour les gens une occasion de chute : va donc jusqu’au lac, jette l’hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes. Prends-la, tu la donneras pour toi et pour moi.’ »

    Quelle leçon, à la fois de sagesse et de malice, de simplicité, d’humilité et de discrétion qui donne une idée de toute la vie de Jésus qui voyait toujours plus loin, mais qui ne faisait jamais rien peser sur ses interlocuteurs, qui respectait le rythme et la personnalité de chacun, attendant tout de même le moment de se révéler, après s’être sans doute retenu avec une infinie patience ! Nous voilà tout de même avec quelques belles « perles de la Parole » en perspective à commenter…


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  • [Pour nous préparer à la lecture du chapitre 17 de l’Evangile de Matthieu, nous reprenons un commentaire publié dans ce blog en 2015] 

    « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le. » (Mc 9,7) (Cf. Mt 17,5 : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »)

    C’est comme lors du baptême de Jésus au Jourdain. Jésus tient à ce que nous soyons conscients que son Père est toujours là, avec Lui. Jésus est le « Fils bien-aimé du Père ». La Trinité est d’abord une histoire d’amour. Dans n’importe quelle circonstance le Père est présent dans le Fils, avec Lui, près de Lui, il ne fait qu’un avec Lui. Mais le Père est invisible. Il faut le miracle de la transfiguration pour noter enfin sa présence. Nous manque-t-il alors vraiment l’essentiel, dans notre vie de tous les jours, puisque la présence du Père est cachée ? Non, il ne nous manque rien : il suffit d’ « écouter » le Fils, c’est comme si nous écoutions le Père. La vie en Dieu est là tout entière dans l’accueil et dans l’écoute. Comme c’est simple au fond. Le Père ne nous dit pas autre chose. Si nous passions notre journée à écouter Jésus dans notre cœur, dans le cœur de nos frères et sœurs et à suivre ses indications, ses conseils, ses désirs, nous n’aurions plus rien d’autre à faire !


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