Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
« ‘Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c'est ma chair.’ Là-dessus, les Juifs se disputaient vivement entre eux : ‘Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?’ demandaient-ils. Jésus reprit : ‘Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous.’ » (Jn 6,51b -53)
Je n’arrive pas à quitter ces quelques phrases qui continuent à résonner au fond de moi : ce Dieu qui nous invite à le manger ! Comment a-t-il fait pour inventer une telle folie ? C’était sans doute pour être sûr de mieux nous pénétrer. Ce qui est évident, c’est que Dieu ne sait pas posséder, dans le sens de dominer une réalité, ou un objet, ou une personne de l’extérieur. Dieu ne sait pas faire autre chose que d’aimer avant tout de l’intérieur, cœur à cœur, et toujours dans la réciprocité. C’est en fait que, lorsque nous le mangeons, c’est lui à son tour qui nous mange, car il se met à nous transformer en lui : Jésus nous fait devenir Jésus à notre tour.
Alors je me demande si tout cela n’est pas au fond une des caractéristiques de l’amour qui vit à l’intérieur de la Trinité de toute éternité. Il faudrait le demander à des théologiens sérieux, mais je n’ai pas le temps de le faire ici, alors je me mets à rêver avec vous à la vie du paradis. Peut-être que le Père et le Fils sont déjà habitués à se manger l’un l’autre réciproquement dans l’Esprit. Dans le sens que le Père invite le Fils à l’accueillir au cœur de lui-même, à le manger en quelque sorte, pour pouvoir être présent à l’intérieur du Fils et pouvoir ainsi donner au Fils toute sa vie divine de Père qui puisse le transformer encore plus. Et le Fils à son tour invite le Père à le manger dans l’Esprit…
Et qu’adviendra-t-il de nous au Paradis, est-ce que nous nous laisserons nous aussi manger par Dieu, pour vivre la réciprocité de l’unité parfaite que Jésus a demandée au Père peu avant de remonter au Ciel ? Est-ce que nous nous mangerons nous aussi les uns les autres ? C’est peut-être exagéré de poser la question de cette manière. Mais Dieu qui veut tout nous donner dans son amour infini doit être heureux que nous nous posions des questions pareilles…