Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
Le premier chapitre de Jean était une sorte d’introduction pour nous faire voir tout ce qui va suivre à la lumière du cœur de la Trinité. Mais Jean va plonger immédiatement maintenant dans l’aventure, divine et humaine à la fois, de la vie publique de Jésus. Ce deuxième chapitre va être très court, seulement 25 versets, mais il va bien nous faire pénétrer dans la profondeur du drame qui va se jouer sous nos yeux, irrémédiable, jusqu’à la passion, la mort et la résurrection de Jésus.
« Or, le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là. Jésus lui aussi fut invité à la noce ainsi que ses disciples. Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit : ‘Ils n'ont pas de vin.’ Mais Jésus lui répondit : ‘Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore venue.’ Sa mère dit aux serviteurs : ‘Quoi qu'il vous dise, faites-le.’ Il y avait là six jarres de pierre destinées aux rites juifs de purification ; elles contenaient chacune de deux à trois mesures. Jésus dit aux serviteurs : ‘Remplissez d'eau ces jarres’ ; et ils les emplirent jusqu'au bord. Jésus leur dit : ‘Maintenant puisez et portez-en au maître du repas.’ Ils lui en portèrent, et il goûta l'eau devenue vin – il ne savait pas d'où il venait, à la différence des serviteurs qui avaient puisé l'eau –, aussi il s'adresse au marié et lui dit : ‘Tout le monde offre d'abord le bon vin et, lorsque les convives sont gris, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant !’ Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »
Jésus et sa mère, qui est la veuve de Joseph, sont d’abord une famille comme les autres, bien connue dans leur petite ville de Nazareth et partout dans la région où ils ont de nombreux parents. Quoi de plus naturel que d’être invité à une noce ? La famille est toujours le centre de la formation du tissu social et c’est là que Jésus va commencer à manifester sa divinité. Mais il y a en même temps quelque chose de tellement surprenant. C’est que Jésus n’est pas tout seul. Nous devrons nous habituer à découvrir que tout ce qu’il fait, c’est en pleine unité avec le Père et l’Esprit qui sont en lui. Et le rôle de Marie est déjà une grande surprise : en tant qu’épouse de l’Esprit, elle va intervenir, poussée justement par l’Esprit, pour le convaincre que « son heure » est déjà arrivée. Marie va faire accélérer le temps.
C’est que Jésus sait bien qu’à peine dévoilée sa divinité, qui était restée cachée pendant trente ans dans la normalité d’une famille de Nazareth parmi tant d’autres, le diable va se déchaîner et le monde autour de Jésus va se diviser entre ceux qui vont l’accueillir et ceux qui vont le refuser. Une bataille féroce va commencer, qui ne pourra plus s’arrêter jusqu’à la mort de Jésus. Jésus le sait et l’on peut se demander par quelle force divine inouïe, il va suivre son chemin comme si tout était normal.
« Après quoi, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples ; mais ils n'y restèrent que peu de jours. La Pâque juive était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s'y étaient installés. Alors, s'étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, et les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : ‘Otez tout cela d'ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.’ Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera.
Mais les autorités juives prirent la parole et lui dirent : ‘Quel signe nous montreras-tu, pour agir de la sorte ?’ Jésus leur répondit : ‘Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai.’ Alors ces Juifs lui dirent : ‘Il a fallu quarante-six ans pour construire ce temple et toi, tu le relèverais en trois jours ?’ Mais lui parlait du temple de son corps. Aussi, lorsque Jésus se releva d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait parlé ainsi, et ils crurent à l'Ecriture ainsi qu'à la parole qu'il avait dite. »
Cet épisode, nous l’avons déjà rencontré chez Marc, Matthieu et Luc, mais c’était chez eux à peu près à la moitié du parcours de Jésus. Jean l’Evangéliste bouscule complètement la chronologie des faits, car il veut nous montrer que toute l’action publique de Jésus est une immense provocation qui va attirer d’un côté les vrais disciples, mais qui va faire se déchaîner d’un autre côté tous ceux qui se laissent entraîner par le diable, et cela va être une lutte sans merci.
Le chapitre se termine par une considération de Jésus sur l’homme, qui va nous faire énormément réfléchir. « Tandis que Jésus séjournait à Jérusalem, durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu'il opérait. Mais Jésus, lui, ne croyait pas en eux, car il les connaissait tous, et il n'avait nul besoin qu'on lui rendît témoignage au sujet de l'homme : il savait, quant à lui, ce qu'il y a dans l'homme. »
Oui, nous devrions méditer chaque jour sur cette pensée de Jésus, en faisant en même temps un grand examen de conscience. Car le monde dans lequel Jésus se trouve maintenant et pour toujours se divise en fait en trois catégories : ceux qui accueillent vraiment Jésus, ceux qui le refusent, mais aussi ceux qui ont envie de l’accueillir mais qui perdent en route la lumière, comme la semence de la parabole qui tombe au milieu des épines et ne peut pas porter de fruits. Ce n’est pas mauvais de se demander où en sommes-nous réellement de notre amour pour le Christ. Toute la suite de l’Evangile de Jean va être une longue préparation à plonger au cœur du mystère et à laisser Dieu travailler lui-même en nous, car nos propres forces risquent de ne pas nous emmener bien loin…