Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
« Ne nous laisse pas entrer en tentation. » (Lc 11,4)
Comme elle est belle cette phrase, surtout dans cette nouvelle traduction que nous a donnée récemment l’Eglise catholique ! Mais qu’est-ce au fond que la tentation ? C’est une distraction qui frappe notre esprit ou notre cœur et qui voudrait nous détourner de l’amour auquel Dieu nous appelle tout au long de la journée. Même Jésus a été tenté au début de sa vie publique et la tentation en elle-même n’est pas un péché ou une faute, car en général elle nous arrive du dehors pour essayer de freiner ou de bloquer cet amour qui nous conduit. Notre responsabilité commence lorsque nous perdons notre temps à « entrer en tentation », à voir ce qui se passe de l’autre côté de la porte, au lieu de continuer notre beau chemin avec Jésus. C’est pour cela que Jésus nous conseille de demander au Père de ne pas nous laisser « entrer en tentation ».
On pourrait maintenant écrire des pages et des pages sur les tentations de toutes sortes qui ne cessent de nous assaillir. Je voudrais ici en rappeler seulement trois qui sont en fait reliées à toutes les autres. La première tentation, c’est celle de se regarder, au lieu de sortir de soi pour aimer Dieu et le prochain. Quand on aime, on n’a même pas le temps de se regarder, on est tellement pris par ce Dieu et ces personnes qu’on aime et qui nous aiment que la vie est remplie du matin au soir par cette dynamique d’accueillir l’autre et de se donner à lui, comme ils font là-haut les Trois dans la Trinité.
Alors quand on ne se regarde pas, on n’attend rien « de » l’autre, puisqu’on attend tout « pour » l’autre, on n’est jamais déçu puisque ce qui nous arrive de l’autre est seulement une occasion de l’aimer encore plus, que la relation avec lui se soit bien ou mal passée, c’est au fond secondaire. Quand on ne se regarde pas, on ne perd pas de temps à juger l’autre, car on apprend à l’accepter tel qu’il est au premier abord, même si ensuite on pourra l’aider à aller de l’avant avec nous, mais ce sera pour lui et non pas pour nous… avec la belle surprise que ce sera ensuite l’autre qui prendra soin de nous car il aura été touché par notre amour.
La deuxième tentation, c’est de détourner pour nous tous les biens qui nous arrivent de Dieu ou du prochain et de vouloir en quelque sorte les enfermer dans notre compte en banque pour les posséder, au lieu de les donner tout de suite et de les faire circuler. L’amour circule et fait circuler, la possession arrête et bloque tout et entre dans nos relations comme un cancer qui tue. Dans la Trinité, tout ce que le Fils reçoit du Père dans l’Esprit, il le lui redonne aussitôt enrichi de sa vie de Fils, ou bien il le donne à l’humanité. Jésus ne sait pas garder ses trésors pour lui, il sait seulement les partager et les faire fructifier pour l’autre.
Et la troisième tentation, c’est de perdre la paix. Combien de fois avons-nous affronté des problèmes avec la paix intérieure, due le plus souvent à l’amour réciproque avec d’autres personnes qui nous soutiennent en même temps que nous les soutenons, et les problèmes se sont changés en de belles expériences qui nous ont enrichis. Et combien de fois, au milieu d’un problème, nous nous sommes laissés prendre par la panique, à chercher de qui c’était la faute, à juger le monde entier qui nous aurait trompés ou abandonnés, et le problème s’est aggravé ou lieu de se résoudre. Pourquoi Jésus dit-il si souvent aux personnes qu’il a guéries par miracle : « Va en paix ! » ? Car Jésus sait bien qu’avec sa paix à lui dans le cœur nous aurons toujours la lumière pour trouver des solutions. Mais pour garder cette paix et ne pas « entrer en tentation », il faut surtout cheminer ensemble en cordée, comme lorsqu’on escalade une haute montagne. C’est l’amour réciproque entre nous avec Jésus au milieu de nous qui est le meilleur moyen d’éviter la porte de la tentation.
Et si nous sommes malgré tout « tombés en tentation », si nous avons oublié un moment Dieu ou le prochain, ce n’est au fond jamais très grave : la miséricorde de Dieu est tellement infinie, il suffit de se relever le plus vite possible et de se remettre en chemin : même nos péchés ou nos bêtises ne sont jamais des excuses pour perdre la paix !