Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
A partir de maintenant et jusqu’au chapitre 19, là où l’Evangile de la passion selon Saint Luc va rejoindre les autres Evangiles, nous allons plonger dans un univers véritablement original. Presque tout ce que nous allons lire dans ce chapitre, à part quelques petites phrases ici et là, va nous entraîner vers de nouveaux horizons qui vont nous faire respirer.
Mais nous allons ici refaire une expérience déjà vécue avec l’Evangile de Matthieu : ce chapitre est rempli de menaces et de peurs : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez comme eux. » « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. » « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?... Beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. » « Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. » « Il y aura des pleurs et des grincements de dents… quand vous serez jetés dehors. » « Il y a des premiers qui seront derniers. »
Si on s’arrête là, on ne va plus rien comprendre. Pourquoi ce Jésus qui, en Saint Luc, est tellement plein d’amour et de miséricorde veut-il en même temps autant nous effrayer ? En fait Jésus dans ces remontrances terribles ne fait que reprendre la mentalité de la loi et des commandements et les avertissements des prophètes qui faisaient peur au peuple élu pour qu’il ne se détourne plus jamais de Dieu comme il l’avait fait si souvent en chemin.
Mais si l’on regarde bien, Jésus reprend ces discours effrayants et il s’en moque presque au même moment. Il reprend la mentalité de la loi et du sabbat et il nous délivre du sabbat, comme nous allons le voir, et il le tourne même en ridicule. Il reprend ces mots du propriétaire de la vigne qui voulait couper le figuier parce qu’il ne produisait pas de fruit, mais il reprend aussitôt les autres mots du vigneron : « Seigneur, laisse-le encore cette année… peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. »
Ce chapitre 13 est un chapitre d’espoir. La porte pour entrer dans le Royaume est étroite, mais qui nous empêche d’y pénétrer ? Les gens qui avaient été invités les premiers au banquet du Royaume n’ont pas voulu accepter l’invitation ? Ils sont libres. Mais maintenant « on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. » Et « il y a des derniers qui seront premiers. » Le Royaume de Dieu semble tout petit au départ mais il a la force du grain de sénevé qui va faire pousser une plante qui grandira comme un arbre et les oiseaux du ciel feront leur nid dans ses branches. La foule l’a bien compris, « elle était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes » que faisait Jésus. La peur est encore là, mais il est temps de se laisser porter par cet espoir immense qui va transformer le monde. Et notre chapitre va même se terminer en annonçant dès maintenant le jour où nous dirons : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
Mais reprenons le récit dans son ordre. « A ce moment, des gens vinrent rapporter à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu’ils offraient un sacrifice. Jésus leur répondit : ‘Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière.’
Jésus leur disait encore cette parabole : ‘Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ‘Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?’ Mais le vigneron lui répondit : ‘Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.’’ »
Et Luc passe alors à un épisode où il décrit avec force comment Jésus est venu nous libérer du sabbat et de la loi : « Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Il y avait là une femme, possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser. Quand Jésus la vit, il l’interpella : ‘Femme, te voilà délivrée de ton infirmité.’ Puis il lui imposa les mains ; à l’instant même elle se trouva toute droite, et elle rendait gloire à Dieu.
Le chef de la synagogue fut indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat. Il prit la parole pour dire à la foule : ‘Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ce jour-là, et non pas le jour du sabbat.’ Le Seigneur lui répliqua : ‘ Esprits faux que vous êtes ! N’est-il pas vrai que le jour du sabbat chacun de vous détache de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Et cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée il y a dix-huit ans, n’est-il pas vrai que le jour du sabbat il fallait la délivrer de ce lien ?’ Ces paroles de Jésus couvraient de honte tous ses adversaires, et toute la foule était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes qu’il faisait.
Jésus disait : ‘A quoi le règne de Dieu est-il comparable, à quoi vais-je le comparer ? Il est comparable à la graine de moutarde qu’un homme a jetée dans son jardin. Elle a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches.’ (cf. Mc 4,30632 et Mt 13,31-32) Il dit encore : ‘A quoi vais-je comparer le règne de Dieu ? Il est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé.’ (cf. Mt 13,33) »
Luc nous parle ensuite de la porte étroite. Matthieu avait abordé le sujet en 7,13-14, mais Luc va le développer d’une manière beaucoup plus forte : « Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : ‘Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?’ Jésus leur dit : ‘Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas.
Quand le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’ Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.’
Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y aura des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers.’ (cf. Mc 10,31 et Mt 9,30 et 20,16) »
Et le chapitre se termine par un épisode qui en dit long sur ce que Jésus vivait au fond de lui-même à l’approche de la passion qui l’attendait. Comme un voile levé encore plus sur ce lien incroyable entre sa divinité et son humanité. « A ce moment-là, quelques pharisiens s’approchèrent de Jésus pour lui dire : ‘Va-t’en, pars d’ici : Hérode veut te faire mourir.’ Il leur répliqua : ‘Allez dire à ce renard : Aujourd’hui et demain, je chasse les démons et je fais des guérisons ; le troisième jour, je suis au but. Mais il faut que je continue ma route aujourd’hui, demain et le jour suivant, car il n’est pas possible qu’un prophète meure en dehors de Jérusalem.
Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! Maintenant, Dieu abandonne votre Temple entre vos mains. Je vous le déclare : vous ne me verrez plus jusqu’au jour où vous direz : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !’ »
On a envie de rester en silence devant un si grand mystère. Nous reprendrons maintenant un seul commentaire à une phrase de Matthieu que nous venons de retrouver dans ce chapitre de Luc, mais les autres « perles de la Parole » de ce chapitre seront toutes nouvelles. Les phrases de l’Evangile sont vraiment comme ces vagues de la mer qui vont et viennent sur le rivage, toujours semblables et jamais semblables, signes de la vie de Dieu si simple et si riche en même temps…