Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
Nous reprenons notre marche dans l’Evangile de Luc. Mais nous serons désormais accompagnés jusqu’à la fin de notre voyage par Marc et Matthieu que nous croiserons continuellement sur notre route, tantôt étonnamment semblables, tantôt bien différents, comme une magnifique symphonie de la Parole de Dieu. Et nous serons en même temps tellement souvent surpris par des mots, des phrases ou des passages entiers originaux de Luc qui nous ouvriront sans cesse sur de nouveaux horizons…
Notre chapitre 4 n’échappe pas à cette magie divine. On y retrouve des phrases des chapitres 1 et 6 de Marc, mais aussi des chapitres 4, 8 et 13 de Matthieu, avec des amalgames un peu surprenants comme celui de la guérison de la belle-mère de Simon qui nous arrive soudain alors que Luc ne nous avait encore parlé d’aucun des disciples. Mais cela ne dérange pas.
Chaque évangéliste choisit les tableaux de son récit pour des raisons à la fois concordantes et complémentaires qui nous enchantent. Comme il est beau de voir ici chez Luc la présence continuelle de l’Esprit Saint, plus qu’aucun autre des Evangiles. Le Jésus de Luc qui est déjà le « Messie » et le « Fils de Dieu », est « revêtu de la puissance de l’Esprit » et sa mission d’ « envoyé du Seigneur » va bien être claire dès le début. Et en même temps le chapitre 4 est la mise en scène d’une bataille qui ne va plus quitter Jésus jusqu’à sa passion, sa mort et sa résurrection, car le diable, les esprits mauvais, mais même ses propres voisins ou concitoyens vont lui faire la guerre, car chacun sent que Jésus est venu tout bouleverser. Ses miracles attirent à la fois les foules et dérangent. Dieu est entré dans l’histoire des hommes et plus rien ne sera maintenant comme avant.
Nous reprenons Luc, ici, juste après la manifestation de la Trinité de Dieu au baptême dans le Jourdain. « Jésus, rempli de l’Esprit saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert ou, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le démon lui dit alors : ‘Si tu es le Fils de dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.’ Jésus répondit : ‘Il est écrit : ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.’
Le démon l’emmena alors plus haut, et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : ‘Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je la donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela.’ Jésus lui répondit : ‘Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras.’
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : ‘Si tu es le Fils de dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder’ ; et encore : ‘Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.’ Jésus répondit : ‘Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.’
Ayant épuisé toutes les formes de tentations, le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. » Cette dernière phrase, originale chez Luc, remet tout l’évènement des tentations au désert dans le contexte du dessein divin du Père sur la venue du Fils parmi les hommes, un dessein qui se dévoilera peu à peu au fil de notre récit.
Et Luc continue : « Lorsque Jésus, revêtu de la puissance de l’Esprit [remarque spéciale de Luc], revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait grandi. » Mais là, Luc va se remettre à nous surprendre avec un des plus beaux passages de son Evangile : « Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : ‘L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.’
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : ‘Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.’ Tous lui rendaient témoignage ; et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. » Nous reviendrons sur ces phrases étonnantes.
Luc rejoint de nouveau Marc et Matthieu : « Ils se demandaient : ‘N’est-ce pas là le fils de Joseph ?’ Mais il leur dit : ‘Sûrement vous allez me citer le dicton : Médecin guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays.’ Puis il ajouta : ‘Amen, je vous le dis : aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays.’ »
Et ici encore un passage original de Luc qui fait vraiment réfléchir. C’est Jésus qui continue son discours dans la synagogue : « ‘En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Elie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Elie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien à une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Elisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien.’ A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » Ce n’est plus seulement le diable qui veut s’opposer à Jésus, mais les gens de son propre pays, pour de simples paroles de vérité qu’il vient de leur adresser et pour lesquelles ils sont prêts à le tuer. Jusqu’où va la méchanceté et la stupidité de l’homme ?
A partir de là et jusqu’à la fin du chapitre nous allons rejoindre de nouveau Marc et Matthieu. « Jésus descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait, le jour du sabbat. On était frappé par son enseignement parce que sa parole était pleine d’autorité. Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par un esprit démoniaque, qui se mit à crier d’une voix forte : ‘Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu !’ Jésus l’interpella vivement : ‘Silence ! sors de cet homme !’ Alors le démon le jeta par terre devant tout le monde et sortir de lui sans lui faire aucun mal. Tous furent effrayés, et ils se disaient entre eux : ‘Quelle est cette parole ? Car il commande avec autorité et puissance aux esprits mauvais, et ils sortent !’ Et la réputation de Jésus se propagea dans toute la région.
En quittant la synagogue, Jésus entra chez Simon. Or, la belle mère de Simon était oppressée par une forte fièvre, et on implora Jésus en sa faveur. Il se pencha sur elle, interpella vivement la fièvre, et celle-ci quitta la malade. A l’instant même, elle se leva, et elle les servait. Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des infirmes atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. Des esprits mauvais sortaient de beaucoup d’entre eux en criant : ‘Tu es le Fils de Dieu !’ Mais Jésus les interpella vivement et leur interdisait de parler parce qu’ils savaient, eux, qu’il était le Messie. [Marc disait seulement que les esprits le connaissaient, tandis que Luc ajoute ces appellations de « Fils de Dieu » et de « Messie »]
Quand il fit jour, il sortit et se retira dans un endroit désert. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu’à lui et elles le retenaient pour les empêcher de les quitter. Mais il leur dit : ‘Il faut que j’aille aussi dans les autres villes pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé.’ Et il se rendait dans les synagogues de Judée pour y proclamer la Bonne Nouvelle. » La vie publique de Jésus est bien lancée et nous sommes de nouveau partis dans cette aventure à couper le souffle qui est toujours la même mais qui nous surprend pourtant chaque fois un peu plus…