Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
Nous continuons notre voyage avec Jésus en Luc qui marche sur les chemins de la Palestine, entre des miracles toujours plus étonnants l’un que l’autre, des paroles de sagesse et de révélation qui enchantent et illuminent en même temps. Certains passages reprennent ici les chapitres 8, 11 et 26 de Matthieu, mais Luc y ajoute toujours des nouveautés qui nous portent chaque fois un peu plus loin dans le mystère.
Tout commence par le fameux épisode du centurion, dont la foi et l’humilité émeuvent profondément Jésus. « Lorsque Jésus eut achevé de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. Un centurion de l’armée romaine avait un esclave auquel il tenait beaucoup ; celui-ci était malade, sur le point de mourir. Le centurion avait entendu parler de Jésus ; alors il lui envoya quelques notables juifs pour le prier de venir sauver son esclave. Arrivés près de Jésus, ceux-ci le suppliaient : ‘Il mérite que tu lui accordes cette guérison. Il aime notre nation : c’est lui qui nous a construit la synagogue.’
Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion lui fit dire par des amis : ‘Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Moi-même, je ne me suis pas senti le droit de venir te trouver. Mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Moi qui suis un subalterne, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : ‘Va’, et il va ; à l’autre : ‘Viens’, et il vient ; et à mon esclave : ‘Fais ceci’, et il le fait.’ Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration. Il se tourna vers la foule qui le suivait : ‘Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi !’ De retour à la maison les envoyés trouvèrent l’esclave en bonne santé. » Leçon de vie et d’humanité. Ce centurion ne demande rien pour lui-même mais pour son esclave dont il apprécie la valeur. Et il sait en même temps accueillir la foi de Dieu qui doit aussi tellement le surprendre : l’amour de Dieu n’a pas de limites ni de schéma tout fait…
Et voilà que Luc nous emmène ici dans un épisode qu’il est le seul à rapporter dans son Evangile : « Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme. En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : ‘Ne pleure pas.’ Il s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : ‘Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.’ Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : ‘Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple.’ Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins. » Cet amour tellement humain et divin à la fois de Jésus, cette proximité par rapport à la souffrance de l’humanité et de chaque homme en particulier, sont peut-être encore plus impressionnants que le miracle lui-même !
Et Luc nous emmène maintenant vers Jean-Baptiste et ses disciples qui se posaient beaucoup de questions sur Jésus : « Les disciples de Jean rapportèrent tout cela à leur maître. Alors il appela deux d’entre eux, et les envoya demander au Seigneur : ‘Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?’ Arrivés près de Jésus, ils lui dirent : ‘Jean-Baptiste nous a envoyés te demander : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?’ »
Ici, Luc ajoute : « A ce moment-là, Jésus guérit beaucoup de malades, d’infirmes et de possédés, et il rendit la vue à beaucoup d’aveugles. » Et il continue, sur la même ligne que Matthieu : « Puis il répondit aux envoyés : ‘Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi !’
Après le départ des envoyés de Jean-Baptiste, Jésus se mit à parler de lui aux foules : ‘Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent… Alors, qu’êtes-vous allés voir ? Un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent des vêtements magnifiques et mènent une vie de plaisir sont dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis ; et bien plus qu’un prophète ! C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager au-devant de toi, pour qu’il prépare le chemin devant toi. Je vous le dis : Parmi les hommes, aucun n’est plus grand que Jean ; et cependant le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. » Et Luc ajoute ce passage original : « Tout le peuple qui a écouté Jean, y compris les publicains, a reconnu la justice de Dieu en recevant le baptême de Jean. Mais les pharisiens et les docteurs de la Loi, en ne recevant pas ce baptême, ont rejeté le dessein que Dieu avait sur eux. »
Et Luc termine ces quelques lignes consacrées à Jean de la même manière que le chapitre 11 de Matthieu : « A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? A qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent entre eux : ‘Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé. Nous avons entonné des chants de deuil, et vous n’avez pas pleuré.’ Jean-Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : ‘C’est un possédé !’ Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : ‘C’est un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.’ Mais la sagesse de Dieu se révèle juste auprès de tous ses enfants. »
Notre chapitre va se terminer maintenant par l’épisode du pardon à la femme pécheresse : Matthieu l’avait rapporté juste au début du récit de la passion au chapitre 26 de son Evangile ; pour Luc nous en sommes encore bien loin, c’est aussi cela qui fait la beauté de la variété des Evangiles synoptiques.
« Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui, Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux, plein de parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum. En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : ‘Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse.’ » Le récit de Luc est tout de même bien différent de celui de Matthieu. Chez Matthieu, Simon était un lépreux, chez Luc, c’est un pharisien. La place du récit chez Matthieu, juste avant le récit de la passion a poussé Jésus à dire que ce parfum versé sur lui était déjà en vue de son ensevelissement. Chez Luc nous en sommes bien loin, mais l’essentiel est le même : le pardon à cette pécheresse qui a démontré tout cet amour.
Mais la fin du récit de Luc est complètement originale et assez extraordinaire pour expliquer le fond du cœur de Jésus par rapport au péché de l’humanité. « Jésus prit la parole : ‘Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître.’ Jésus reprit : ‘Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l’aimera davantage ?’ Simon répondit : ‘ C’est celui à qui il a remis davantage, il me semble. – Tu as raison’, lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme en disant à Simon : ‘Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête, elle, elle m’a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour.’ Puis il s’adressa à la femme : ‘Tes péchés sont pardonnés.’ Les invités se dirent : ‘Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ?’ Jésus dit alors à la femme : ‘Ta foi t’a sauvée. Va en paix !’ »
Luc nous emmène déjà en profondeur dans le cœur de la miséricorde divine que l’on retrouvera encore aussi abondante dans les paraboles du chapitre 15, comme celle du fils prodigue sur laquelle nous nous attarderons aussi avec joie…