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Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.

Matthieu 20

Nous voilà déjà en route pour notre dernier voyage vers Jérusalem. Le chapitre prochain sera l’entrée triomphale de Jésus dans la cité sainte et, en même temps le début de la fin… On y trouve d’ailleurs, comme une charnière de ce beau chapitre, la troisième annonce de la passion et de la résurrection, comme en Marc et Luc : « Au moment de monter à Jérusalem, Jésus prit à part les Douze et, pendant la route il leur dit : ‘Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu’ils moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et, le troisième jour, il ressuscitera.’ »

Aucun commentaire sur ces quelques phrases qui sont pourtant la clé pour comprendre tout l’Evangile, sans doute parce que les disciples eux-mêmes n’étaient pas encore capables de comprendre, d’imaginer même une toute petite part de ce qui allait réellement se passer. Ces pauvres disciples, après tout ce que Jésus leur avait déjà dit et montré, n’avaient encore presque rien compris. Au lieu de se préoccuper de ce qui allait arriver à Jésus, ils en étaient encore là à penser à eux-mêmes, à se regarder, à se comparer les uns aux autres avec des regards de jalousie, à se demander qui était le plus grand parmi eux.

C’est déjà pour eux, et en même temps pour chacun de nous qu’en Matthieu nous trouvons la parabole si originale du maître de la vigne. « Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec un salaire d’une pièce d’argent pour la journée, et il les envoya à la vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : ‘Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste’… Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?’ Ils lui répondirent : ‘Parce que personne ne nous a embauchés.’ Il leur dit : ‘Allez, vous aussi, à ma vigne.’

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux qui n’avaient commencé qu’à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent eux aussi, chacun une pièce d’argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : ‘Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !’ Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ? Prends ce qui te revient et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?’ Ainsi les derniers seront premiers et les premiers derniers. »

Il y a ici une logique déconcertante qui révolutionne complètement les plus simples catégories que nous avons d’ordinaire au sujet de la justice. Notre pauvre justice humaine est surtout basée sur la comparaison entre la manière dont sont traités les autres et celle dont nous sommes nous-mêmes traités. Car c’est nous et nos revendications qui sommes la base de tous nos raisonnements. Jamais il ne nous viendrait à l’idée que le bon patron peut avoir des raisons connues peut-être de lui seul pour traiter les autres selon leurs besoins et non d’après leur comparaison avec nous. L’autre a peut-être une grande nécessité dont je ne suis pas au courant : pourquoi me méfier tout de suite de la bonté du patron, au lieu de me réjouir de la joie de l’autre que le patron a si bien traité ? Quand c’est l’autre qui est le critère de base et non plus mon moi égoïste, bien des perspectives changent. Et probablement, 2000 ans après le passage de Jésus sur la terre, nous n’avons pas encore compris grand-chose à cette parabole…

Et voilà justement que les disciples tombent tout de suite dans ce piège de la comparaison, de la jalousie, de l’égoïsme qui risque de gâcher toute la belle atmosphère que Jésus est en train de créer avec ses disciples. Alors que Jésus vient à peine de leur annoncer de nouveau la passion prochaine, ses disciples commencent à se disputer pour savoir comment ils pourront profiter des avantages du futur royaume. Cette fois-ci, ce ne sont même pas Jacques et Jean qui font cette requête à Jésus, comme en Marc et en Luc, c’est leur mère qui veut profiter de la situation pour s’assurer de l’avenir de ses fils : « ‘Voilà mes deux fils : ordonne qu’ils siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ton Royaume.’ Jésus répondit : ‘Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ?’ Ils lui dirent :’Nous le pouvons.’ Il leur dit : ‘Ma coupe, vous y boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder ; il y a ceux pour qui ces places sont préparées par mon Père.’ »

Vraiment, il y aurait de quoi se scandaliser devant l’attitude de ces disciples et de leur mère, si nous ne pensions pas humblement que nous aurions peut-être fait la même chose à leur place. Et l’attitude des autres disciples n’est pas bien différente : « Les dix autres avaient entendu, et s’indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et leur dit :’Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.’ » Encore une révolution totale de l’Evangile par rapport à la mentalité courante du monde. Nous en avions déjà longuement parlé en commentant ce même passage chez Marc…

Et pour finir, l’épisode de la guérison de Jéricho, comme en Marc et Luc, sauf que chez Matthieu il y a deux aveugles, alors que les deux autres évangélistes nous parlaient d’un seul aveugle, dont Marc citait même le nom : Bartimée, fils de Timée. Mais pour le reste, c’est encore à peu près la même histoire. « ‘Seigneur, aie pitié de nous, fils de David !’… ‘Que voulez-vous que je fasse pour vous ?’ » Bartimée avait dit à Jésus : « Rabbouni, que je voie ! » En Matthieu, les deux aveugles demandent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent. » Et Matthieu ajoute ici que Jésus a été alors « saisi de pitié ». Et la conclusion est identique : « Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils se mirent à voir, et ils le suivirent. »

Désormais les déplacements de Jésus sont presque terminés. Jéricho est déjà tout près de Jérusalem. La Galilée est loin. Cette vie merveilleuse de la petite communauté de Jésus avec les disciples va bientôt prendre fin. Jésus va encore donner toute son énergie pour son ultime séjour à Jérusalem, avant que son heure arrive. On sent que les apôtres sont bien loin d’être préparés pour ce qui va être le plus grand évènement de l’histoire de l’humanité. Mais la Parole de Dieu n’est pas pour un temps plus que pour un autre. La Parole du Verbe incarné est éternelle. Jésus sait bien que son enseignement, même s’il est si mal compris sur le moment, servira ensuite pour les siècles des siècles jusqu’à nos jours et jusqu’à la fin des temps. A nous de nous préparer à notre tour le mieux possible, en profitant de tous ces passages importants, en relisant notre vie à la lumière de cet immense dessein d’amour qui est en train de se révéler au monde pour toujours…

 

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