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Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.

Matthieu 23

Cette fois-ci, nous approchons de la fin. Les deux prochains chapitres seront ceux du cinquième et dernier discours de Jésus qui précèdera directement le récit de la passion et de la résurrection. Le climat entre Jésus et ses adversaires devient de plus en plus tendu. Nous avions déjà vu en Marc un passage bien clair où Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés. » (Mc 12, 38-40)

Mais ici tout le chapitre 23 est consacré à cette condamnation impressionnante de l’action et des paroles des scribes et des pharisiens. La première partie de cette violente diatribe contre ces chefs religieux qui ont décidé de se débarrasser de lui est presque tout entière originale chez Matthieu, tandis que le reste du discours se retrouve presque tel quel chez Luc. Mais pourquoi ce véritable déchaînement contre ses adversaires ?

Il faut encore une fois remettre tout le discours dans son contexte. Le Jésus de Matthieu n’a pratiquement jamais rien dit contre les méchants de ce monde, comme les envahisseurs romains, à peine quelques phrases contre Hérode, rien non plus contre les païens ou les samaritains. Jésus n’est pas venu sur terre pour juger l’humanité malade, mais pour préparer son Royaume dès ici-bas sur cette terre.

On comprendra en fait que son intention n’est même pas de juger ou de condamner les scribes et les pharisiens comme personnes. Dans quelques années nous savons que Jésus, sur le chemin de Damas, ira jusqu’à appeler un de ses pires ennemis pour en faire en Paul le plus grand des apôtres. Jésus n’est pas un homme, homme Dieu, acculé, qui voudrait régler ses comptes.

En fait si l’on relit maintenant tout ce que nous avons déjà appris de Jésus dans l’Evangile de Matthieu, on se convainc bien vite que Jésus, comme le Père et l’Esprit ne sont jamais « contre » personne. Et c’est cela la clé de lecture essentielle qu’il ne faut jamais oublier. Notre Dieu Amour n’a pas envoyé son Fils bien-aimé pour juger ou condamner les hommes, mais pour les sauver. Même cette violence apparente que l’on a déjà rencontrée quand Jésus a chassé les marchands du Temple, n’était pas contre les personnes, mais contre leurs actions et pour libérer la maison de Dieu de ceux qui s’en étaient emparés pour leurs propres intérêts…

Du début à la fin de son Evangile, Jésus ne parle que de pardon, de réconciliation, d’amour pour les ennemis. Et si sa colère semble se déchaîner ici, c’est une colère pédagogique. Il veut seulement que tout soit clair pour ses disciples et pour tous ceux qui vont le suivre pour les siècles des siècles, pour l’Eglise qui va bientôt naître. On peut toucher à tout pour Jésus, il sait que l’homme est faible, malade, pécheur, et il ne semble pas trop s’en scandaliser. Mais il ne peut pas supporter qu’on se fasse le porte-parole de Dieu, son Père, en vivant exactement le contraire du message de Dieu. Il y a la une supercherie, un mensonge, un détournement de la vérité que Jésus avant de mourir sur la croix veut déraciner pour toujours.

« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes… (comme ce que disait Marc justement) … ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.

Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur la terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler docteurs, car vous n’avez qu’un seul docteur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. 

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le Royaume des cieux devant les hommes ; vous-mêmes n’y entrez pas, et ceux qui essayent d’y entrer, vous ne leur permettez pas d’entrer !

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand vous y avez réussi, vous en faites un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous ! »

Ces paroles sont tellement claires quand on repense à l’idéal du disciple dont parlait Jésus quelques chapitres plus tôt, ces hommes appelés comme Jésus à servir les autres hommes et non pas à être servis. C’est l’éternelle tentation de l’homme qui détourne pour son propre intérêt et son propre pouvoir ce qui était justement la plus belle mission de donner sa vie comme Dieu pour l’humanité.

Et Jésus continue : « Malheureux êtes-vous, guides aveugles, vous qui dites :’ Si l’on fait un serment par le Temple, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’or du Temple, on doit s’en acquitter’. Insensés et aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’or ? ou bien le Temple par lequel cet or devient sacré ? » Et la même chose encore pour l’autel et les offrandes qui sont dessus. La religion devient ainsi une caricature du message divin, un obstacle pour comprendre l’amour de Dieu au lieu de nous porter à lui, comme devrait être sa mission première…

« Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qu’il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité [ou la ‘bonne foi’ selon une autre traduction]. » Une religion qui a perdu son âme en quelque sorte.

Et de pire en pire : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance ! Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe afin que l’extérieur aussi devienne pur.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures. C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal. » Une religion qui devrait être au service de la lumière de la vérité de Dieu et qui devient un immense mensonge pour tromper l’humanité.

« Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites… vous êtes bien les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes. Eh bien, vous, achevez donc ce que vos pères ont commencé ! Serpents, engeance de vipères, comment éviteriez-vous le châtiment de la géhenne ? C’est pourquoi, voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes ; vous tuerez et crucifierez les uns, vous en flagellerez d’autres dans vos synagogues, vous les poursuivrez de ville en ville ; ainsi retombera sur vous le sang des justes qui a été versé sur la terre… amen, je vous le dis, tout cela retombera sur cette génération. » Ces chefs religieux se sont tellement détournés de leur mission, que non seulement ils n’aident pas les gens à aller vers Dieu, mais ils les empêchent d’y parvenir et ils finissent même par aller ouvertement contre Dieu et ses envoyés, c’est le comble du mal, tout proche certainement du péché contre l’Esprit que Jésus disait impossible à pardonner…

Et la fin du discours de Jésus est poignante, triste et en même temps pleine d’espérance car toute cette hypocrisie va être balayée par cette pierre d’angle dont parlait Jésus à peine quelque temps auparavant, sur laquelle tout ce mal va finir par se briser. Mais malheureux l’homme qui se compromet lui-même avec toute cette hypocrisie, car il sera le premier à être écrasé par la victoire de la vérité.

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu. Maintenant Dieu abandonne votre Temple entre vos mains, et il restera désert. En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez plus jusqu’au jour où vous direz : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur’. »

Oui, la mort est proche. Si nous ne savions pas que la résurrection est tout de suite passée par là, il y aurait de quoi être désespérés. Mais c’est là que l’Amour infini de notre Dieu tout puissant apparaît encore plus immense… Nous reprendrons encore quelques phrases comme « perles de la Parole » car elles sont une leçon merveilleuse de lumière et de sagesse pour l’éternité !

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