Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.
Jésus vient de terminer sa terrible diatribe contre les scribes et les pharisiens en pleurant sur Jérusalem qui « tue les prophètes », en avertissant que bientôt le Temple allait rester désert et en déclarant pour finir : « Vous ne me verrez plus jusqu’au jour où vous direz : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.’ » Les disciples devaient être évidemment complètement perdus, bouleversés. Matthieu va reprendre maintenant une grande partie du chapitre 13 de Marc où Jésus s’adresse pour la dernière fois aux disciples. Pour Matthieu, c’est le cinquième et dernier discours de Jésus, qui se terminera par le fameux chapitre 25, celui du jugement dernier.
« Jésus était sorti du Temple et s’en allait, lorsque ses disciples s’approchèrent pour lui faire remarquer les constructions du Temple. Alors il leur déclara : ‘Vous voyez tout cela, n’est-ce pas ? Amen, je vous les dis : il ne restera pas ici pierre sur pierre ; tout sera détruit.’ Puis, comme il s’était assis au mont des Oliviers, les disciples s’approchèrent de lui à l’écart pour lui demander : ‘Dis-nous quand cela arrivera ?’ » Et il ajoute, par rapport à Marc : « Dis-nous quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. »
« Jésus leur répondit : ‘Prenez garde que personne ne vous égare. Car beaucoup viendront sous mon nom, en disant : C’est moi, le Messie, et ils égareront bien des gens.’ » Marc avait dit simplement : … « en disant : C’est moi. » Et commence alors, comme chez Marc, la description effrayante de cette fin des temps. « Vous allez entendre parler de guerres et de rumeurs de guerre. Attention, ne vous laissez pas effrayer, car il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin. On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume ; il y aura ça et là des famines et des tremblements de terre. Or tout cela n’est que le début des douleurs de l’enfantement. On vous livrera aux tourments. » Et Matthieu ajoute ici : « On vous tuera, vous serez détestés de toutes les nations à cause de mon Nom. Alors beaucoup succomberont ; ils se livreront les uns aux autres, se haïront les uns les autres. »
« Quantité de faux prophètes se lèveront et ils égorgeront bien des gens. » Et Matthieu ajoute : « A cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira. » Puis il continue comme Marc : « Mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin sera sauvé. Et cette Bonne nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier ; il y aura là un témoignage pour toutes les nations. Alors viendra la fin. »
Et notre Evangile continue ici avec les mêmes scènes apocalyptiques terrifiantes que Marc nous avait déjà proposées. « Lorsque vous verrez le Sacrilège Dévastateur installé dans le Lieu Saint… alors, ceux qui seront en Judée, qu’ils s’enfuient dans la montagne…Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver ni un jour de sabbat, car il y aura une grande détresse, comme il n’y en a jamais eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et comme il n’y en aura jamais plus. Et si le nombre de ces jours-là n’était pas abrégé, personne n’aurait la vie sauve ; mais à cause des élus, ces jours-là seront abrégés… Voilà que je vous ai tout dit à l’avance… Comme l’éclair qui part de l’orient brille jusqu’à l’occident, ainsi se produira la venue du Fils de l’homme… Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine [remarque originale de Matthieu] et verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec grande puissance et grande gloire. Il enverra ses anges au signal retentissant de la trompette, et ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde, d’une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. »
Et après toute cette description à couper vraiment le souffle, le ton se calme tout d’un coup et Jésus commente simplement : « Que la comparaison du figuier vous instruise : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent ses feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez tout cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront jamais. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais le Père seul. »
Et notre chapitre va se terminer avec des passages qui sont cette fois-ci nouveaux par rapport à Marc. « L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé. A cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au déluge qui les a engloutis : tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme. Deux hommes seront au champ : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée. » Marc disait alors : « Veillez donc car vous ne savez pas quand ce temps viendra. » Et Matthieu : « Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. » Matthieu continue ensuite : « Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Marc avait terminé son récit par la comparaison avec un homme qui était parti en voyage et avait donné tout pouvoir à ses serviteurs pendant son absence. Chez Matthieu, c’est à peu près la même image que l’on retrouve : « Quel est donc le serviteur fidèle et sensé à qui le maître de maison a confié la charge de son personnel pour lui donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera à son travail ! Amen, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Mais si ce mauvais serviteur se dit : ‘Mon maître s’attarde’, et s’il se met à frapper ses compagnons, s’il mange et boit avec les ivrognes, son maître viendra le jour où il ne l’attend pas et à l’heure qu’il n’a pas prévue : il se séparera de lui et le mettra parmi les hypocrites ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Marc avait simplement parlé de serviteurs endormis.
Un chapitre tout de même extraordinaire. Des descriptions terrifiantes et Jésus qui nous dit : « Ne vous laissez pas effrayer… veillez simplement. » Et quand on pense que Jésus, qui nous parle ici, avec force et conviction, vivait en même temps le drame de l’approche de sa passion et de sa mort, avec à la fois l’angoisse qui grandira jusqu’à la nuit au jardin des Oliviers, et la paix de quelqu’un qui vous dit tranquillement : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. »
Une leçon d’histoire, une clé de lecture sur le destin global de l’humanité et en même temps une lumière pour chacun de nous, lorsque nous voyons dans notre vie ou celle de nos proches se profiler à l’horizon une grande épreuve ou une catastrophe. Dieu est toujours là qui veille sur nous et qui nous aime. Toutes ces épreuves passeront et Jésus est en train de fonder son Eglise avec ses disciples. Car ses paroles ne sont pas seulement des paroles, mais la présence de Dieu en elles. Et Jésus lui-même est le Verbe, cette Parole qui est Dieu et qui continue à soutenir l’univers tout entier et chacun d’entre nous. Sans oublier que nous-mêmes sommes des paroles dans la Parole, des gouttes de ciel descendues en mission avec Jésus sur la terre et tout cela reste pour toujours, avant, pendant et après les épreuves par lesquelles nous devons tous passer, en essayant de garder notre âme, notre cœur, notre boussole intérieure toujours orientés dans la bonne direction. Cela donne tout de même à réfléchir, cela relativise d’un coup beaucoup de nos angoisses, de nos projets ou de nos désirs, en nous rappelant que le dessein de Dieu sur chacun de nous et sur toute l’humanité est sans doute tellement merveilleux, comme nous le découvrirons « le jour où le Seigneur viendra. »