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Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.

Matthieu 25

Vous allez m’excuser, mais je vais vous proposer une interprétation originale de ce chapitre 25 de l’Evangile de Matthieu, le fameux chapitre qui nous parle des vierges sages et des vierges folles, de la parabole des talents et du jugement dernier. Aucune trace chez Marc de ces trois parties si importantes du dernier discours de Jésus avant sa passion, sa mort et sa résurrection. Seule la parabole des talents se retrouve tout de même chez Luc.

Une première chose qui me frappe une nouvelle fois chez Matthieu, c’est que certaines des déclarations de Jésus sont vraiment effrayantes, et nous allons commencer par elles. « Le Royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s’en allèrent à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insensées, et cinq étaient prévoyantes : les insensées avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, de l’huile en réserve. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit un cri se fit entendre : ‘Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’

Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe. Les insensées demandèrent aux prévoyantes : ‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’ Les prévoyantes leur répondirent : ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands’. Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle de noces et l’on ferma la porte. Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : ‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’ Il leur répondit : ‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’ Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » (Cette dernière phrase se trouvait déjà telle quelle au chapitre précédent.)

Tout le récit semble là pour mettre en relief le négatif. Ces pauvres jeunes filles imprévoyantes qui voient la porte fermée pour toujours devant elles, pour quelques minutes de retard. Aucune compassion ni de l’époux ni des vierges sages. Chacun pour soi et la fin est bien triste. On ne nous parle même pas de la joie des noces mais seulement du malheur des jeunes filles insensées.

La parabole des talents va être encore pire au niveau de la punition infligée au pauvre serviteur qui n’a pas su quoi faire avec le talent que son maître lui avait confié. « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit… » Nous savons tous par cœur ce que firent les deux premiers. Concentrons-nous pour l’instant sur le troisième. « Celui qui n’avait reçu qu’un talent creusa la terre et enfouit l’argent de son maître. Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes… Celui qui avait reçu un seul talent s’avança et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’ Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque, et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. [A noter que nous avons déjà lu une phrase presque identique, même si c’était dans un autre contexte, en Marc 4,25] Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ » Jésus y va fort tout de même ! Aucune pitié, aucune miséricorde. Aucune relation entre le serviteur paresseux et les autres serviteurs qui auraient pu tout de même le conseiller. Et pour finir un châtiment qui apparait tout de même disproportionné avec la faute…

Mais venons-en au jugement dernier. « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche… » Ici encore permettez-moi d’en arriver tout de suite aux « chèvres » : « Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche :’Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’ Alors ils répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’ Il leur répondra :’ Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.’ Et ils s’en iront ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Ainsi se termine le discours de Jésus à ses disciples. Une autre condamnation encore plus effrayante que les deux premières. Si l’on s’arrêtait là, on ne comprendrait plus rien à cet Evangile merveilleux qui nous a dit de pardonner soixante-dix fois sept fois, qui nous a dit que Jésus était venu pour sauver les malades et les pécheurs. On a l’impression de retourner à une religion de la peur comme on la trouve souvent dans certaines pages de l’Ancien Testament. Alors ma proposition va être de ne pas prendre trop au sérieux toutes ces menaces et je vais vous dire pourquoi : simplement parce qu’elles ne s’adressent pas à nous qui sommes en train de lire cet Evangile. Car elles ne s’adressent pas aux disciples à qui Jésus est en train de parler. Bien sûr Jésus s’adresse toujours indirectement à toute l’humanité. Il veut peut-être en passant rappeler que la vie est une chose sérieuse et qu’il y a un certain nombre de règles à respecter. Il veut peut-être faire peur aux ignorants comme on fait peur à un enfant en inventant certaines punitions terribles pour les protéger en fait afin qu’ils ne fassent pas de bêtises. Une simple peur pédagogique en somme. Et il faudrait en plus savoir se remettre dans le contexte de la mentalité de l’époque qui nous échappe certainement.

Mais c’est là qu’il faut reprendre le texte et lire maintenant à la suite ce qui concerne réellement les disciples et donc chacun de nous qui lisons l’Evangile aujourd’hui à la suite de tous les disciples qui nous ont précédés. Et nous allons de nouveau être émerveillés. Emerveillés d’abord par cette image de l’époux que Jésus avait déjà utilisée quand il disait que ses disciples ne jeunaient pas tant que l’époux était avec eux. On peut déjà rêver à tout ce que cela signifie.

Mais la parabole des talents va maintenant nous entraîner beaucoup plus loin. « Celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres. De même celui qui en avait reçu deux talents en gagna deux autres…. ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents, j’en ai gagné cinq autres.’ – Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup, entre dans la joie de ton maître’ » Et il en ira de même pour celui qui avait reçu deux talents et en avait gagné deux : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. »

Autant les châtiments que nous avons vus à l’instant étaient disproportionnés avec les fautes qui étaient reprochées, autant la récompense est disproportionnée avec le « peu de choses » réalisées par les bons serviteurs et qui leur vaut une récompense immense avec la joie de leur maître en prime. Cela nous rappelle le maître du chapitre précédent qui avait confié « tous ses biens » à son serviteur fidèle. C’est cela le véritable Evangile, c’est-à-dire la véritable « bonne nouvelle » que Jésus est venu apporter sur la terre. Dieu ne nous demande pas des exploits extraordinaires, mais simplement un peu de générosité, de la bonne volonté, un cœur sincère et cela lui suffit pour qu’il nous transporte déjà avec lui dans son paradis qui a déjà commencé ici-bas.

Et le récit du jugement dernier va parachever cette immense béatitude qu’est l’Evangile de Matthieu tout entier pour qui sait l’écouter, le comprendre et commencer à le mettre au moins un peu en pratique. « Le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus jusqu’à moi.’ » Et à la question posée par ces bienheureux qui sont tellement surpris de cet accueil du Roi, sa réponse toute simple : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Et cela va même suffire pour recevoir en héritage « la vie éternelle ».

C’est ici que tout l’Evangile de Matthieu s’éclaire. Nous avons découvert qu’on ne pouvait pas arriver au Père sans passer par le Fils. Mais on ne pourra jamais arriver au Fils et donc finalement au Père si l’on ne passe par nos frères. Jésus nous l’avait déjà bien dit sur tous les tons. « Qui accueille un de ces petits, c’est moi qu’il accueille. » « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » « Quand tu présentes ton offrande… va d’abord te réconcilier avec ton frère » « Pardonnez jusqu’à soixante-dix fois sept fois » « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom [ce qui veut dire dans son amour] je suis présent au milieu d’eux » « Aimez vos ennemis » Et la liste serait longue si l’on veut continuer.

Le message de Jésus est tellement simple et concret : faire la volonté de Dieu, vivre la Parole de Jésus, aimer nos frères dans les services de chaque jour en voyant en eux le visage de Dieu. Contemplation de Dieu dans la prière et action de celui qui donne sa vie pour ses frères et c’est déjà le paradis sur terre car nous sommes entrés dans la dynamique trinitaire de l’accueil et du don dans la réciprocité. Les messages effrayants que nous reportions au début ne sont vraiment pas pour nous, si nous avons commencé à comprendre le cœur de Dieu. Et quand on se rend compte en plus que ce Dieu fait homme va donner maintenant pour toujours sa vie pour nous tous et pour chacun de nous en mourant sur une croix… Jésus n’est pas descendu sur terre pour un tel sacrifice pour ne pas accomplir ensuite jusqu’au bout la réalisation du dessein d’amour qu’il porte en Lui pour chacun de nous. Comme il l’a fait pour Pierre qui l’avait trahi trois fois ou pour Paul qui était allé jusqu’à persécuter ses disciples… C’est là que son message n’aurait plus de sens. Mais il faut se mettre pour toujours dans cette logique divine en nous aimant les uns les autres et en nous aidant à répondre ensemble dignement à un tel amour divin qui dépasse toutes nos pauvres catégories humaines.

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