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Devant la nuit qui traverse toute l’humanité, l’Orient n’est-il pas aussi une source d’espoir capable de nous éclairer dans l’obscurité ? Nous sommes sûrs que l’Orient (ce fameux soleil levant symbole d’une aube nouvelle) peut aussi aider à trouver l’harmonie d’une relation renouvelée entre l’Orient et l’Occident qui apportera la sérénité et la paix au monde qui y croit encore.

Croire ensemble

Oui, j’ai récemment écrit sur les réseaux sociaux : « C’est beaucoup plus facile de croire ensemble ». Et je voudrais m’expliquer un peu aujourd’hui, ou du moins commencer à le faire, car c’est là le sujet et le défi de toute une vie que nous n’allons pas cerner en quelques mots…

J’ai souvent réagi contre l’idée parfois répandue que la foi est un dépôt ou une assurance, une acquisition du passé sur laquelle nous nous appuyons pour aller de l’avant, une foi que nous posséderions et que nous pouvons donc « perdre » à tout moment. Je pense que la foi est bien plutôt un mouvement de confiance et d’amour de celui qui se jette dans l’instant présent dans ce futur à construire qui s’ouvre à lui et qui est tout de même chaque fois un saut dans l’inconnu : c’est le sens de la parole sémitique « amen » qui a toujours été un symbole de notre foi.

La foi véritable se vit beaucoup plus vers l’avant, elle s’invente à nouveau chaque jour. Car c’est la foi en un Dieu que nous sentons peut-être parfois tellement présent, mais que nous ne voyons pas encore face à face : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu », a dit Jésus. Au ciel la foi et l’espérance n’existeront plus, car nous baignerons en Dieu pour toujours et seul l’amour restera.

La foi est bien sûr un mouvement de l’âme éminemment personnel. Mais cela ne veut pas dire que chacun est isolé tout seul à la vivre dans son coin. Cet individualisme formidable, qui a envahi en particulier notre occident malade, nous fait penser que nous sommes chacun plus nous-mêmes quand nous agissons et nous décidons tout seuls sans l’aide des autres. Pourquoi cette aide des autres nous empêcherait-elle d’être pleinement nous-mêmes ?

Si nous sommes entrés dans la démarche de foi, nous le devons d’abord au témoignage de personnes qui nous l’ont transmise d’une manière ou d’une autre, à commencer en général par nos parents. Puis notre foi s’est intériorisée, personnalisée et est devenue plus adulte au fil du temps. Mais d’abord la foi véritable n’est jamais elle-même toute seule dans un coin de notre âme, indépendante de toute la dynamique de notre vie intérieure qui se construit peu à peu autour de cet amour de Dieu que nous recevons et que nous partageons. L’Evangile de Saint Jean est extraordinaire en ce sens, où la foi et l’amour sont tellement interdépendants qu’on pourrait souvent les confondre.

Ce que nous ne pensons pas assez, c’est que quand je prie, quand je crois, c’est déjà toute la Trinité qui s’invite à le faire en mon cœur et en mon âme, le Père, le Fils et l’Esprit qui coopèrent sans cesse à me faire avancer vers eux et en eux. Mais comme cette foi n’est pas seulement une foi théorique en Dieu, mais aussi un mouvement de confiance en ce Dieu présent dans nos frères, ou par exemple une découverte de chaque instant de la présence de Jésus sur la croix de nos souffrances et de la souffrance des autres, le mouvement de la foi en nous devient une sorte de chasse au trésor de Dieu qui se cache un peu partout. Dans nos frères, dans la nature, en nous, dans son Eglise, dans les plus faibles et les plus pauvres, dans tous les signes qu’il nous a laissés à commencer par l’eucharistie et la parole de l’Ecriture…

La foi investit en même temps notre esprit, notre cœur, notre âme, notre volonté et tout cela se fait bien sûr chacun personnellement, mais avec en nous la présence de ceux que nous aimons et qui nous aiment et même la présence mystérieuse de Dieu que nous avons deviné, qui se trouve caché et enfoui peut-être sous la cendre, même chez ceux avec qui la relation est difficile. La vie de foi est en quelque sorte comme l’avancée en haute mer au milieu des vagues de nos compagnons de voyage qui tour à tour nous poussent, nous soulèvent, nous heurtent peut-être et nous freinent mais qui finalement nous portent de l’avant. Si la liturgie latine récite chaque dimanche le « je crois en Dieu », j’aime beaucoup ces liturgies orientales qui disent le « nous croyons en Dieu ». Ce ne sont pas deux mouvements opposés, mais au contraire harmonieusement entrelacés. Et la conséquence positive, c’est qu’un jour nous y voyons moins clair et ce sont nos amis qui continuent à croire pour nous et demain ce sera nous qui les aiderons à avancer. Nous serons alors beaucoup plus sûrs que notre foi et notre prière seront celles de ces « deux ou trois unis au nom de Jésus » qui attirent sa présence au milieu d’eux qui les portera directement au Père dans l’Esprit. Vouloir se débrouiller orgueilleusement tout seul ne sera jamais une bonne solution.

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