• Blessures d'amour?

    En ouvrant hier Facebook, je suis tombé sur cette phrase qui m’a fait mal au cœur : « Quand tu as bon cœur, tu aides beaucoup, tu fais trop confiance, tu donnes sans compter, tu aimes infiniment, et c’est toi que l’on blesse le plus. Partage si tu es d’accord. »

    Je me suis empressé de dire que je n’allais certainement pas « partager », parce que je n’étais pas d’accord. Cette phrase est une des nombreuses phrases publiées chaque jour par le site « Santé-Magazine », un site intéressant, souvent plein d’une certaine sagesse concrète, mais une sagesse qui est parfois un peu trop terre à terre et recroquevillée sur des intérêts un peu égoïstes qui risquent d’étouffer au lieu de faire respirer.

    Je suis content d’avoir ici l’occasion de dire vraiment ce que je pense. C’est important si on ne veut pas vivre la vie à moitié seulement. Et ce genre de phrase empêche littéralement de voler, vous ne pensez pas ?

    Mais voyons un peu : avoir « bon cœur » serait déjà un handicap. Excusez-moi, mais si quelqu’un « a du cœur », comme on dit, j’espère bien que c’est un « bon cœur », sinon il aurait alors un « mauvais cœur » ? Ou bien l’on a un « bon cœur », ou bien on n’a pas de cœur du tout, ou une pierre à la place du cœur…

    Aider « beaucoup » serait aussi dangereux : alors le mieux serait d’aider seulement à moitié, en partie, d’abandonner nos amis au milieu du chantier et qu’ils se débrouillent tout seuls ? J’espère bien que quand on aide, on le fait de tout son cœur, jusqu’au bout, et « beaucoup », sinon ce n’est pas la peine de commencer.

    Faire « trop confiance » : là encore, comme si la confiance pouvait être de trop. La confiance doit être totale ou bien elle ne laissera que des blessures à l’autre qui va s’apercevoir qu’au fond j’ai peur de lui faire confiance. Entendons-nous bien, je peux faire confiance à un ami pour certaines choses et pas pour d’autres pour lesquelles je sais par exemple qu’il n’a pas la compétence, mais quand je fais confiance, je ne retourne pas en arrière, ce serait tragique. Personnellement je suis devenu ce que je suis aujourd’hui, avec toute la joie de vivre qui est la mienne, j’ai réussi à sortir de mes malheurs parce que j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont vraiment fait confiance, au-delà des apparences, qui ont cru en moi bien plus que moi-même j’avais le courage de le faire. Et maintenant je m’amuserais à faire confiance aux autres seulement à moitié ?

    « Donner sans compter » : là c’est peut-être le pire ! Mais si je donne en comptant, en calculant, en me méfiant, en faisant attention à ne pas trop donner, en attendant par exemple tel ou tel résultat, en donnant par intérêt, ce n’est plus du don, c’est du commerce. Je n’ai rien contre le commerce qui est nécessaire, mais quand je donne, je donne ! Il y a une gratuité dans le don qui en fait sa noblesse et sa beauté !

    Aimer « infiniment ». C’est le comble ! Il faudrait aimer en bridant déjà notre cœur au départ ? Car donner, est déjà extraordinaire, mais aimer c’est se donner soi-même, c’est ce qu’on peut imaginer de plus beau dans les relations humaines et je commencerais tout de suite par mettre des limites à mon amour ? Non, ou bien l’amour est ouvert, au moins comme intention, à 360 degrés, ou bien c’est un piège qui ne va provoquer que des déceptions et des rancœurs réciproques.

     

    Et le résultat de cette aide, de cette confiance, de ce don et de cet amour soi-disant démesurés, ce ne serait que des blessures qu’on aurait bien mérité par notre imprudence ? Pauvre humanité serions-nous, tellement renfermée sur ses peurs et ses calculs ! Mais là aussi entendons-nous. Il ne s’agit pas de donner et d’aimer n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment. Il y a une sagesse à savoir toujours trouver le moment et les circonstances adaptées pour chaque relation, mais quand on se donne, il s’agit de le faire pour de bon, sans plus revenir en arrière et de tout notre cœur. C’est sûr que nous rencontrerons quelques blessures en chemin, mais nous rencontrerons surtout une foule de gens avec qui partager en plénitude la joie de vivre sur cette terre. Et si, parfois, certaines personnes nous semblent ingrates, ne comprennent pas notre amour, nous oublient ou même nous font du mal comme récompense, c’est sans doute que ces personnes sont pleines de souffrances cachées que nous pouvons aider un peu à éponger, comme des amis l’ont fait sans doute avec nous quand nous allions mal. Ce n’est certainement pas une excuse pour remettre tout en question et aller nous cacher dans notre chambre où, tout seuls, nous n’aurions peut-être pas de blessures, mais notre vie serait bien triste !


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  • Commentaires

    1
    Hayat Fallah
    Dimanche 2 Juillet à 09:25
    Ça c'est la sagesse...Quel bel équilibre ! Aide, don , confiance , compréhension jusqu'au bout , sans crainte pcq'avec sagesse !
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