• Au bout de soi-même

    Combien de gens autour de nous se plaignent de leur vie triste ou médiocre. Ils auraient peut-être tous les talents, tous les ingrédients pour vivre une aventure pleine de saveur et de passion et ils sont là à se morfondre. Nous-mêmes ne sommes nous pas souvent entrainés par ce courant négatif? Pourquoi nous contenter d'une vie à moitié, alors que nous pourrions nous entraider à aller finalement au bout de nous-mêmes?

  • Oui, c’est très beau de parler de s’ouvrir sur les autres, un bel idéal, mais n’est-ce pas souvent de l’inconscience, de la naïveté dangereuse, ou simplement une belle utopie ?

    Il y a quelques jours, j’avais publié une phrase qui pouvait sembler sympathique à certains, mais qui a sans doute fait peur à d’autres, lorsque je disais : « On gagne toujours à s’ouvrir sur les autres de tout son cœur. »

    Une de mes plus fidèles lectrices, avec laquelle le dialogue est toujours vrai et transparent, et je l’en remercie, a eu la simplicité de me répondre : « Souvent mais pas toujours. »

    Alors, que penser ? Je comprends bien ce qu’a voulu dire mon amie. Chacun de nous a eu dans sa vie des expériences difficiles avec des personnes qui nous ont fait du mal alors que nous nous étions justement ouverts à elles en toute sincérité. Faut-il donc se méfier, donner notre confiance ou notre amour au compte-goutte, pour ne pas risquer ensuite d’être trahis ou déçus ?

    Je crois que la vérité est toujours simple et sans détour. La vie est complexe, mais elle n’est pas compliquée, si nous ne la compliquons pas nous-mêmes. Et je voudrais expliquer un peu mieux ici ce que j’ai voulu dire.

    Je n’ai pas dit qu’il faut « toujours » s’ouvrir aux autres, ce serait alors vraiment de l’inconscience. La sagesse est toujours un équilibre entre l’audace et la prudence, entre le risque et l’assurance, entre l’amour pour l’autre mais aussi l’amour de soi-même.

    Il est évident que l’on ne va pas s’ouvrir à l’autre n’importe quand et n’importe comment. On doit apprendre à se connaître et à se découvrir progressivement dans la réciprocité.

    Ce que j’ai voulu dire se résume en deux attitudes. Lorsqu’on s’ouvre à l’autre, lorsqu’on a décidé que le moment est bien venu de le faire, on doit le faire « de tout son cœur », sans hésiter, sans réserve, sans tenir en nous des angles cachés pour nous y réfugier au premier danger ressenti. Car l’autre sentirait tout de suite que nous ne sommes pas complètement transparents avec lui et cela gâcherait la confiance réciproque dès le premier pas.

    Il est important d’être forts et convaincus dès le départ dans notre amour ou notre amitié, si l’on veut que l’autre trouve en nous une assurance qui est parfois si rare dans notre société en crise.

    Si l’on se jette dans les bras de l’autre sur de telles bases, alors, oui, c’est mon expérience, on y « gagne toujours ». Car en général, une telle attitude va vraiment ouvrir le cœur de l’autre dans la réciprocité. Et si parfois, il y a tout de même des accidents de parcours, si nous rencontrons des personnes qui portent en elles des blessures plus ou moins profondes et qui réagissent peut-être mal devant notre ouverture sincère et qui nous blessent à notre tour, nous allons tout de même y gagner. Oui, y gagner en maturité, y gagner en simplicité, y gagner en détachement et donc en liberté intérieure. Et y gagner en expérience, car cela va nous aider par la suite à savoir mieux aimer les personnes qui ont souffert plus que nous et qui ont peut-être du mal à s’ouvrir.

    Si nous avons le courage à ce moment-là de ne pas nous refermer sur nous-mêmes, nous aussi, par réaction, notre amour va devenir encore plus fort, plus vrai, prêt à « conquérir » des personnes encore plus difficiles. Et cela donne une joie immense, car cette relation d’amour ou d’amitié réciproque va dépasser la relation entre deux personnes, cela va être bientôt toute une communauté de personnes qui s’aident les unes les autres à s’épauler et à se porter réciproquement dans les moments difficiles et cela fait tache d’huile et l’on ne se sent plus seul. Et c’est là qu’on va vraiment y gagner pour toujours jusqu’à la fin de notre vie, lorsqu’on s’aperçoit que l’on n’est plus jamais seul à « s’ouvrir à l’autre de tout son cœur »…


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  • Le mois dernier nous citions de belles phrases de Jean d’Ormesson dans notre rubrique « Des mots pour de bon ». Mais cette fois-ci j’ai eu envie de réagir à une nouvelle phrase de notre écrivain, publiée il y a deux jours comme « la phrase du jour » d’un site de citations célèbres, et qui m’a fait bondir.

    Mais écoutez plutôt : « Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps. » J’imagine que Jean d’Ormesson a voulu par là nous provoquer, ce qui est toujours une bonne chose. Et encore faudrait-il remettre cette phrase dans son contexte qui nous manque. Mais ne trouvez-vous pas qu’il exagère un peu… ou beaucoup ?

    Je crois que la beauté de notre vie d’homme, c’est que nous sommes en relation avec d’autres hommes, avec la société, avec la nature, avec le temps et l’espace. Et ce sont ces relations qui forment peu à peu la belle personnalité que nous sommes, que nous le voulions ou non.

    Chacun désire, comme le dit justement le titre de notre rubrique, aller « au bout de soi-même », être chaque jour un peu plus ce qu’il a envie d’être, devant soi-même et devant les autres. Et chacun imagine cette recherche de soi-même comme une conquête toujours plus grande de liberté à la fois intérieure et extérieure. Mais c’est là que commencent nos grands malentendus. Car la mentalité courante nous fait croire que pour être libres nous devons couper les liens qui nous attachent aux autres et à tout le monde extérieur, alors que ce sont ces liens assumés harmonieusement qui vont nous procurer finalement notre vraie liberté.

    Sinon, tout deviendrait pour nous une prison. Notre corps lui-même, pour commencer, ne serait-il pas une cage dont nous aurions envie parfois de nous échapper ? Ne sommes-nous pas tentés de temps en temps de fuir notre cerveau qui tourne en rond et nous donne des idées noires ? La vie toute entière ne finirait-elle pas par être une chambre obscure dans laquelle on nous a enfermés sans nous demander notre avis ?

     

    La vérité profonde, c’est que tout ce qui est relation est vie et ce qui est séparation est mort. Cette relation est souvent difficile et pleine d’épreuves, mais ce n’est pas en fuyant les épreuves que nous trouverons la vie, mais en les affrontant. Accepter la vie, telle qu’elle se présente au fil des jours avec ses bons et ses mauvais côtés et se convaincre que tout peut contribuer finalement à notre épanouissement, c’est le secret du bonheur. Passer son temps à se plaindre et présenter notre vie comme une prison, une punition, une mauvaise plaisanterie, ou tout ce qui peut nous passer par la tête de négatif, c’est le début du suicide. Nous sommes toujours libres de choisir l’un ou l’autre, si nous ne sommes pas complètement malades.  


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  • Oui, l’amour est certainement ce qu’il y a de plus beau au monde, et en même temps de plus délicat. Depuis que l’homme a commencé à s’exprimer, il revient sans cesse sur le même sujet, comme s’il était continuellement attiré et dépassé par l’amour, transformé et pourtant blessé, heureux et si souvent malheureux.

    Ce qui est sûr c’est qu’avant d’aimer nous avons commencé à recevoir l’amour, de la part de nos parents, de toute notre grande famille et peu à peu de tous les amis qui se sont mis à créer ce cercle intime qui a forgé notre personnalité.

    Quelle joie d’être aimé, accepté, apprécié, reconnu et de découvrir peu à peu que nous pouvons nous aussi aimer à notre tour ! Chacun de nous a en lui cette capacité extraordinaire de pouvoir donner aux autres de l’affection, de l’amitié, tout son cœur et finalement toute sa vie.

    Nous apprenons à le faire bien sûr avec prudence, avec discernement, car c’est en effet une réalité qui peut faire autant de mal que de bien, si elle est vécue de travers ou au mauvais moment.

    Mais la plus grande difficulté c’est d’avoir le sentiment d’avoir tout donné à l’autre et que l’autre ne nous le rend pas, ou bien n’apprécie pas le don que nous lui avons fait et que nous continuons à lui faire. Car l’amour a besoin de réciprocité… ou c’est au moins ainsi qu’il est en général compris et vécu.

    Je crois que là est tout le nœud de la question : que faire lorsque nous ne sentons pas de réciprocité avec la personne ou les personnes que nous aimons ? En général, on essaye quand même encore quelques temps, puis on se décourage, on est tenté de tout laisser tomber, ou d’aller chercher ailleurs. L’amour se transforme alors en déception, en haine ou en ressentiment, avec le sentiment que nous avons été trahis.

    Nous pensions avoir besoin de l’autre et cet autre n’est plus là pour assouvir ce besoin, au moins provisoirement… Et c’est là que la vie va changer. Si au lieu de nous décourager et de prendre des décisions négatives, nous regardons au fond de nous-mêmes et nous constatons qu’en nous cet amour est toujours là, blessé peut-être, mais toujours vivant. Et d’abord continuons à aimer tout au long de la journée les personnes que nous rencontrons. L’énergie positive qui est en nous ne se développe pas seulement avec une ou deux personnes privilégiées, mais avec toute l’humanité, et c’est déjà là le premier secret de l’amour.

    Et puis nous commençons à comprendre que nous n’avons pas forcément besoin de la réponse de l’autre, mais nous avons surtout besoin d’aimer l’autre. N’avons-nous jamais fait l’expérience que si nous aimons vraiment l’autre, une petite difficulté, une petite « trahison », va être au fond l’occasion de l’aimer plus encore, en se disant qu’il passe peut-être un moment difficile et qu’il a encore plus besoin d’aide que d’habitude.

    C’est là que nous découvrons si le centre de notre amour est notre « moi » égoïste qui veut posséder l’autre, ou si c’est réellement le bien de l’autre avant notre propre bien.

    Alors vraiment tout change. C’est d’aimer que j’ai besoin avant tout. J’ai seulement besoin de t’aimer pour être moi-même, car si je m’arrêtais de t’aimer je me replierais sur moi pour toujours, je me dessécherais… Et c’est là que nous allons goûter la plus grande liberté. Car notre amour ne va plus être conditionné par la réponse de l’autre. Et la surprise merveilleuse pourrait bien être que l’autre se sente tellement libre avec nous qu’il revienne finalement, car il aura compris  que notre amour était un amour vrai et désintéressé, ce qui est parfois si rare en ce monde…

     

     


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  • Je ne me plains pas des réactions à mon article sur les plaintes, au contraire, je vois que j’ai été bien compris.

    Une de mes lectrices, pleine de zèle, m’écrit même : « De temps à autre, j’essaye ce régime, 24 heures sans aucune critique, aussi insignifiante qu’elle soit. J’avoue n’avoir jamais réussi. Mais j’essayerai toujours, ça change tout. »

    Vraiment j’ai été touché par tant de courage, mais pas trop étonné en même temps par l’échec apparent d’une telle entreprise. Je crois que personne ne réussirait en s’y prenant de la sorte. Alors où est la solution, si solution il y a ?

    Le problème avec soi-même et avec n’importe lequel de nos défauts, c’est que ces défauts sont devenus avec le temps de véritables habitudes bien ancrées dont il est pratiquement impossible de se défaire d’un jour à l’autre.

    Ici aussi, je pense que la solution est dans une vision de la vie qui devienne chaque jour plus positive, ce qui n’est pas évident non plus. Il s’agit de s’habituer à chercher et à découvrir le positif en tout et en tous, en chaque personne, facile ou difficile à vivre. Il s’agit surtout d’orienter toujours plus sa vie vers l’amour. Et comment faire quand tant de courants autour de nous nous portent exactement à l’opposé de cet amour ?

    Avant tout, croire à cet amour, au moins pour quelques personnes qui seront peut-être bien peu nombreuses au début, mais qui vont se multiplier avec le temps. Et, avec ces personnes, construire la paix, l’harmonie, des relations toujours plus positives qui nous prennent peu à peu complètement l’esprit et le cœur.

    Et quand on est occupé, du matin au soir, à se donner corps et âme pour cet idéal de construction positive de l’humanité, on en arrive à un moment où tout le reste devient secondaire. On est tellement pris par cette compassion pour ceux qui souffrent, par cette joie de la réciprocité avec de plus en plus de personnes, qu’on n’a finalement plus le temps de se plaindre. On sent confusément que se plaindre devient du temps perdu qui ne sert à rien, qui ne construit rien, et on laisse aux autres, si ça peut leur faire plaisir, la fausse joie de se lamenter du monde entier.

     

    Au lieu de vider notre cœur de ces lamentations éternelles, remplissons-le de cette dynamique positive qui nous attire au début et qui nous fait souffrir en même temps, car on a tellement besoin de se plaindre pour être et faire comme tout le monde. Quand on n’accepte plus de se plaindre avec chacun de toutes les situations possibles, les gens nous regardent de travers. Et la tentation est grande de revenir à nos mauvaises habitudes. Mais bientôt on se crée des amitiés tellement plus vraies, plus stables, plus profondes, car l’autre voit bien que désormais nous ne sommes même plus capables de nous plaindre de lui, et il vient à nous avec une confiance totale que jamais plus nous ne pourrons trahir. Car risquer de décevoir une amitié tellement belle, mais aussi tellement délicate, parce que l’autre découvrira que nous nous sommes plaints de lui par derrière, ce ne sera désormais plus possible. 


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  • Oui, l’homme passe beaucoup de temps à se plaindre. Sans même parfois nous en rendre compte, nous nous plaignons tout au long de la journée et tout au long de notre vie. Nous passons des heures à nous plaindre. Mais avons-nous pensé si tout cela en vaut la peine, si se plaindre sert à quelque chose, nous rapproche du bonheur ou nous en éloigne, si se plaindre aide à se comprendre avec les autres ou au contraire crée des fossés entre nous ?

    Avant de répondre à ces questions, il est bon d’être conscient qu’aucune réponse ne pourra être totalement blanc ou noir. Avant de juger si une plainte apporte ou non une énergie positive, il faut aussi remettre chaque plainte dans son contexte, en comprendre les raisons et les buts.

    Et puis de quoi ou de qui se plaint-on ? On peut se plaindre du temps ou de la nature. On peut se plaindre d’un problème de santé qui ne guérit jamais et de beaucoup de choses qui ne dépendent ni de nous ni des autres. Se plaindre est au fond parfois comme ouvrir une soupape de sécurité lorsque la douleur, le chagrin ou le stress sont trop forts. Et il est certainement mieux de se plaindre que d’exploser et de s’écrouler. On voit parfois ces joueurs de tennis à la télévision qui se plaignent à chaque coup de raquette, en poussant des « ah ! ah ! » comme si on était en train de les torturer, alors qu’ils se donnent simplement du courage pour continuer jusqu’au bout la bataille…

    Il faudrait voir aussi si je me plains tout le temps, bien assis dans mon fauteuil, comme si j’accusais la vie d’être cruelle, mais sans faire un seul pas pour changer la situation, ou bien si ma plainte est accompagnée de pas concrets pour trouver des solutions positives à ce qui ne va pas…

    Mais je voudrais parler ici surtout de ces moments, malheureusement si fréquents, où l’on se plaint des autres. Et là, chacun de nous est capable de se plaindre du monde entier. On commencera à se plaindre du gouvernement ou des voisins. On se plaint des étrangers ou de ceux qui nous paraissent trop différents. On se plaint du directeur ou des collègues de travail. Cela devient plus grave quand on se plaint de ceux qui sont les plus proches de nous.

    Et ici aussi, il nous faut bien distinguer. Si un ami a commis envers nous une injustice et que je vais me plaindre à lui de ce qu’il a fait, mais avec un ton amical de reproche, seul à seul avec lui, en lui montrant que je lui ai déjà pardonné, il va sans doute être touché par mes paroles et nous allons bien vite nous réconcilier. A ce moment-là, la plainte aura eu un effet positif.

    Mais le problème, c’est qu’en général, je me plains des autres derrière leur dos, en parlant à d’autres personnes qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe, comme pour trouver des alliés dans une bataille qui va bientôt nous diviser en clans ennemis et c’est comme cela que les familles, les communautés, l’Eglise et la société finissent par se détruire de l’intérieur en creusant des fossés entre les gens qu’on n’arrive plus jamais à combler par la suite.

     

    Alors le mieux serait de ne jamais se plaindre, mais d’affronter sereinement les problèmes sans en faire chaque fois une histoire terrible. Car il est normal d’avoir des problèmes. La vie est faite de problèmes qui donnent au fond un peu de sel ou de piment à notre routine quotidienne et qui nous unissent encore plus, une fois que nous les avons dépassés ensemble. Tandis que se plaindre est presque toujours le début d’un conflit qu’on aurait bien pu éviter si on avait pensé un instant à tout le mal qu’une petite plainte va pouvoir faire, car elle va être répétée, multipliée, amplifiée, déformée, exagérée, et il sera bien difficile à la fin de revenir en arrière sans dommage…


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