• Passepartout

    Combien de portes se ferment chaque jour devant nous, nous empêchant de continuer notre chemin. Ne pourrions-nous pas nous aider à trouver des passepartout assez souples pour nous dépanner?

  • Il y a deux jours, je publiais cette phrase pour mes lecteurs : « Plus nous faisons confiance à l’autre, plus l’autre a envie de nous faire confiance à son tour. C’est une loi de la nature. »

    J’ai reçu plusieurs « j’aime », ce qui veut dire que cette phrase leur a plu. Mais j’ai reçu aussi la critique d’une lectrice fidèle qui commente : « Pas avec tout le monde. »

    Je remercie vraiment cette lectrice, d’abord d’avoir pris le temps de me répondre, ensuite d’avoir été sincère et surtout de m’avoir poussé à continuer ce dialogue.

    En tous cas c’est bien vrai que, assez souvent, lorsque nous faisons du bien à quelqu’un ou que nous lui faisons confiance, il répond mal à nos attentes ou parfois il ne répond même rien du tout, comme si nous avions un mur en face de nous.

    Ma première considération, fruit de toute une vie d’expérience, c’est que nous perdons beaucoup de temps à attendre une réponse de l’autre et que nous finissons ainsi trop souvent par être déçus.

    Mais je voudrais expliquer peut-être un peu mieux ici ce que j’appelle l’autre. Ce n’est pas une personne précise à laquelle je pense. En fait « l’autre » veut dire pour moi tout autre ou toute autre, n’importe quelle personne que je rencontre au cours de la journée, et finalement toute l’humanité.

    Si je commence à faire confiance à l’autre, que ce soit une personne que je connais bien depuis longtemps, ou quelqu’un que je n’avais jamais vu auparavant, cette confiance va devenir source d’eau vive à l’intérieur de nos relations. Cela va d’abord me libérer de mes peurs. Ces peurs d’être incompris par l’autre, d’être exploité par lui ou ignoré. Car ces peurs finissent par nous replier sur nous-mêmes et par nous paralyser. Chaque rencontre, chaque relation devient alors un problème et nous en arrivons à perdre même la confiance en nous-mêmes et c’est là le début d’une grande catastrophe dont il sera difficile de se relever.

    Tandis que, quand je fais confiance à un parent, un collègue et même un inconnu, et que je le fais de plus en plus souvent au cours de mes journées, je m’aperçois que mon interlocuteur ou mon interlocutrice est agréablement surpris. Car la confiance véritable est finalement assez rare dans ce monde : apprendre à faire confiance, sans y mettre de conditions, sans calculer à chaque pas…

    Et cela donne tellement de courage à ce moment-là de se souvenir de tous les moments où des gens nous ont fait confiance et nous ont vraiment libérés, nous ont aidés à nous jeter à l’eau pour toujours !

    Alors, lorsque nous avons goûté à certains miracles, de personnes qui étaient blasées, ou dégoûtées de tout et qui ont décidé d’essayer à leur tour d’être positives, cela donne tellement de joie qu’on n’arrivera même plus à s’arrêter en chemin.

    Et je continue à penser que la confiance doit obligatoirement faire tache d’huile, c’est vraiment une loi de la nature… à condition de lui ouvrir nos portes.

    Chacun de nous est comme la chambre d’une grande maison qui se trouverait orientée vers le sud, là où le soleil tape toute la journée. Si nous ouvrons nos volets, nos fenêtres et nos portes au soleil de la confiance, si nous nous laissons envahir par la chaleur et la lumière de cette confiance, nous pouvons commencer à transmettre cette chaleur et cette lumière aux pièces voisines qui ne voient peut-être pas le soleil. Et peu à peu ces autres pièces s’habituent elles aussi à cette confiance qui rayonne.

    Le problème c’est que chaque pièce est libre de nous ouvrir ou non ses portes. Il y a même des chambres frigorifiques, toutes glacées de l’intérieur, qui refusent de s‘ouvrir à la chaleur. L’important c’est d’attendre le moment où ces chambres vont ouvrir un instant leurs portes et y glisser un peu de notre lumière. Ce sera difficile au début, parce que nous allons être refroidis d’un seul coup par cette température glacée qui va nous pénétrer. Il s’agit de rester bien accrochés à notre soleil qui va finalement l’emporter.

     

    Et puis même le soleil va disparaître de temps en temps, car la nuit reviendra régulièrement et semblera gagner la bataille, ou en plein jour derrière des nuages tout noirs. Cette bataille de la confiance n’est pas une aventure facile. Mais nous savons que le soleil reviendra toujours à un moment ou à un autre, car c’est lui le plus fort.


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  • Il y a une quinzaine de jours, j’avais repris sur Facebook le titre d’un de mes anciens articles qui disait : « La vérité n’enferme jamais ». Et j’ajoutais en commentaire cette simple question : « Pourquoi avons-nous parfois peur de la vérité ? »

    Ce à quoi une de mes lectrices les plus assidues m’avait demandé : « De quelle vérité s’agit-il ? »

    Excellente question, bien logique. On parle tellement chaque jour de la vérité à tort et à travers dans les conversations de tous les jours, dans les médias et tous les réseaux sociaux, qu’on finit par ne plus comprendre ce que ce mot veut dire en réalité.

    Je renvoie tout de même ma lectrice à mes deux anciens articles : le premier justement « La vérité n’enferme jamais » du 25/5/17 dans « Batailles » et le second « La vérité ? » du 6/5/16 dans « Passepartout », qui peuvent déjà donner de bons éléments de réponse…

    Mais je crois que le principal problème, depuis que l’homme a commencé à penser, à réfléchir, à analyser, c’est que chacun confond « la » vérité avec ses pauvres convictions, parfois belles et profondes, mais toujours tellement limitées, il faut bien se l’avouer.

    La vérité est une réalité tellement immense et mystérieuse que prétendre la contenir serait un peu ridicule. Qui peut prétendre connaître « la » vérité ? Car la vérité n’est pas une formule de quelques pauvres paroles dans laquelle j’essaye de l’enfermer. Elle n’est pas un article de journal, ni un livre savant, ni une doctrine philosophique ou un courant de pensée…

    La vérité est « la vérité » que chacun sent confusément au fond de soi, qui nous éclaire et nous attire et nous dépasse à la fois, mais sans laquelle nous ne pourrions pas continuer notre chemin. Car elle est bien là qui donne un sens à chacune de nos actions, de nos relations, de nos rêves ou de nos ambitions.

    Notre monde moderne en est arrivé à une telle crise culturelle qu’il finit par douter de tout et même de la vérité. Tout devient relatif, comme si aucune vérité n’était possible. Mais c’est là un piège dont il faut se sortir, avec humilité mais avec décision.

    Dire que nous ne pouvons pas contenir la vérité ne veut pas dire que nous sommes condamnés maintenant à rester pour toujours dans l’obscurité. Non, les reflets de la lumière de la vérité sont bien là, suffisants pour que nous puissions continuer à construire le présent et l’avenir de l’humanité de tout notre cœur.

    Et la preuve que la vérité existe, c’est que malgré toute la confusion qui règne parfois dans notre monde, l’humanité n’est pas morte, elle est malade, mais elle est toujours debout, chacun de nous a des valeurs à partager, qui sont, elles aussi, d’autres reflets de cette même vérité qui nous pousse.

    Quand des personnes se rencontrent et s’aiment et bâtissent ensemble une famille, un pays, ou la paix dans le monde, lorsque des gens se mettent ensemble pour de nouvelles découvertes qui font progresser notre vie sur la terre, lorsqu’on parvient à un tant soit peu d’unité même fragile pour avancer, c’est que la vérité est en acte, qui nous libère et nous fait respirer. Mais toute illusion de vérité qui vient au contraire nous diviser, nous opposer les uns aux autres, n’est qu’une tromperie qui disparaîtra bien vite comme elle est arrivée. Ce qui enferme et crée des conflits ne peut jamais être un reflet de la vérité.

     

     


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  • Encore sur le thème du pardon. Et aujourd’hui aussi pour répondre au commentaire d’une lectrice qui me dit : « Certaines personnes, si tu pardonnes leur méchanceté, cherchent à augmenter la dose du prochain mal. »

    C’est vrai, il existe des personnes perverses dans notre monde. Chacun a pu en connaître et en côtoyer au cours de sa vie. Je voudrais quand même dire à ma lectrice qu’il faut faire attention à ne pas toujours aller chercher des cas extrêmes quand on traite d’un sujet en quelques lignes d’un blog. 

    Le courage de pardonner, et souvent en même temps de demander pardon, reste une clé extraordinaire pour résoudre tant de malentendus et de conflits et chacun peut en faire l’expérience tous les jours.

    Mais essayons de voir si on peut trouver une solution, même à ces cas extrêmes qui sont en général des cas pathologiques, de personnes qui sont vraiment malades. Je crois qu’il y a ici deux pistes de recherche. Si la personne qui nous fait du mal continue à vivre dans la société, c’est qu’elle peut encore être guérie quelque part. Alors il faut voir si cette personne n’est pas elle-même tellement blessée par la vie, par des violences subies, qu’elle n’a plus confiance en personne et finalement en elle-même.

    Combien on connaît de ces personnes qui ont changé complètement le jour où elles ont trouvé sur leur route, pour la première fois, quelqu’un qui les acceptait comme elles étaient, même avec le mal et la violence qu’elles portaient apparemment. Car le véritable pardon n’est pas seulement tourné vers le passé, vers le mal qu’on a reçu, mais surtout tourné vers l’avenir. Pardonner de tout son cœur, c’est croire que je peux encore faire confiance au positif que cette personne doit porter quelque part dans son cœur, même si ce positif semble bien caché. Alors ce véritable pardon peut faire des miracles. Et il peut être important de vivre ce pardon avec quelqu’un d’autre, car en unité on a beaucoup plus de force et de courage.

    Mais si ces personnes qui continuent à faire du mal, si elles sont vraiment malades et déséquilibrées, c’est sans doute mieux de les éviter. En tous cas là aussi, il faut toujours chercher à résoudre ce genre de problèmes ensemble avec d’autres. Ne jamais se trouver isolé et finalement désespéré, tout seul, enfermé dans un problème insoluble qui ne peut nous faire que du mal.

     

    Et le pardon sera alors de se dire, comme Jésus sur la croix : « Ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Allez savoir pourquoi une personne fait du mal. Dieu seul sait le mal que cette personne elle-même a subi avant d’en faire subir aux autres. Et le pardon sera ici aussi de ne jamais se permettre de juger, même le pire des criminels. Laissons le jugement aux tribunaux et soyons en nous en paix avec toute l’humanité : c’est une vertu qui se développe en s’exerçant et qui donne finalement tellement de liberté et de sérénité intérieures.


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  • Oui, j’ai bien mis ce nouvel article dans ma rubrique « Passepartout », parce que je suis persuadé que le pardon est un des plus grands passepartouts pour la paix et la liberté intérieures et même pour le bonheur !

    J’ai promis à une lectrice, il y a quelques jours, d’essayer de répondre au commentaire qu’elle venait de faire à une phrase que j’avais publié sur le pardon.

    Et je commence par demander pardon à cette lectrice si ma réponse ne la satisfait pas pleinement. Le sujet du pardon est tellement délicat. On ne pourra jamais se mettre complètement à la place de l’autre qui a subi des torts, des injustices, du mal de toutes sortes.

    Cette amie m’écrit : « Il y a des choses qu’on pardonne mais qu’on n’oublie pas… malheureusement. » C’est tout à fait vrai. On ne peut pas d’ailleurs distinguer en quelques lignes entre toutes les sortes de maux que l’on pourrait avoir à pardonner. Un malentendu peut être vite oublié, si on a réussi à se réconcilier avec l’autre. Mais il est des situations où l’on pardonne sans plus jamais pouvoir rencontrer l’autre qui est parti peut-être dans un pays lointain ou qui n’est même plus sur cette terre.

    Il est des maux qui laissent des traces, physiques ou psychologiques pour toujours. Qui peut oublier les années de souffrance d’une guerre, surtout si l’on porte dans sa chair ou sa conscience des cicatrices qui ne disparaitront jamais ?

    Mais là je voudrais dire à mon amie, que le problème n’est pas si on oublie ou non le mal qui nous a été fait. Le pardon est une sorte de miracle qui permet parfois de revoir passer devant ses yeux des moments terribles que l’on a vécus et de les transformer en positif. Je pense à un grand ami, toute sa vie sur sa chaise roulante, à cause d’une balle reçue au début de la guerre du Liban et qui lui a sectionné la colonne vertébrale. Tout le reste de sa vie, il a réussi à transformer son handicap en source d’amour pour les autres, quels qu’ils soient. Il était en paix avec lui-même, il rayonnait de bonheur et d’amour, il avait transformé ce crime qu’il avait subi et qu’il ne pouvait pas oublier, puisque chaque instant de sa vie en était conditionné, en une énergie positive qui semait la joie et le courage autour de lui.

    Exemple extrême sans doute, et ici les comparaisons ne peuvent pas servir à grand-chose, mais exemple qui nous dit que chacun a sans doute au fond de lui une clé, un passepartout pour le pardon qui peut devenir source de lumière inattendue. Facile à dire, et je sais que la réponse d’un blog est bien trop rapide pour entrer dans la profondeur d’un drame humain, mais il y a déjà là une piste de recherche. Ce qui est sûr, c’est que le pardon est même utilisé de nos jours comme technique de guérison pour des problèmes psychologiques ou spirituels. Mais comme pour toute technique de guérison, on ne trouve pas forcément le remède qui nous convient du premier coup. On doit souvent chercher, tâtonner, avant de trouver peut-être la formule miracle, si jamais on la trouve.

     

    Il est des torts subis qui nous accompagneront peut-être jusqu’à la fin de notre vie. Mais là encore, c’est en se jetant dans des relations positives avec les autres qu’on finira par s’en sortir. Pardonner c’est parfois tout simplement ne pas rester enfermé sur soi-même et le mal reçu, mais continuer à vivre de manière positive avec les autres comme si tout allait bien en nous, comme une maman qui continue à donner tout son amour à ses enfants, comme si de rien n’était, même si son mari l’a abandonnée pour toujours. Chacun porte en lui la source de sa propre guérison que sans doute personne ne pourra lui dicter de l’extérieur.


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  • J’ai une grande amie, qui vit désormais dans un pays lointain, et qui m’écrivait récemment qu’avec le choix de vie qu’elle avait fait, il ne lui restait plus qu’à se résigner, jusqu’à la fin de ses jours.

    Si encore ce choix était un mauvais choix, un choix bête ou égoïste dont on doit supporter les conséquences, mais bien au contraire, c’était le choix admirable de se sacrifier en quelque sorte pour des êtres qu’on aime, mais comme si tout cela allait nous condamner pour toujours à une vie médiocre et repliée sur soi !

    Non, je ne suis pas d’accord, et je voudrais crier de tout mon cœur à ces amis si nombreux qui se sentent eux aussi condamnés à ne plus jamais voler, à ne plus jamais rêver, à ne plus jamais réaliser leurs passions, qu’il y a toujours une solution, une porte entrouverte vers le ciel. Et qu’il y a une différence énorme entre « accepter » certains conditionnements extérieurs qu’on ne peut plus changer et « se résigner » à être les victimes passives de ces conditionnements injustes.

    Non, il y a toujours une vie en nous qui est plus grande que nos conditionnements, que les injustices qui nous tiennent enfermés comme dans une grande prison. Il y a toujours une porte de sortie, mais cette porte de sortie est en nous et en même temps dans le cœur de ceux qui ont décidé comme nous de s’en sortir.

    La première chose à faire, pour ne pas se résigner, est de se convaincre que nous ne sommes pas seuls. Nous sommes entourés de milliers et de milliers de personnes qui sont tentées comme nous de tout abandonner, parce que le combat est trop dur, mais chacun tout seul dans son coin, sans voir que le voisin de la pièce d’à côté tourne lui aussi en rond sur lui-même sans espoir.

    Puis il faut rencontrer ces gens qui cherchent comme nous, il faut s’encourager mutuellement à libérer en nous ces énergies cachées sous la cendre et qui ne demandent au fond qu’à brûler, brûler intensément. La première lueur d’espoir va être le jour où, moi qui suis presque entièrement dans le noir, j’aurai réussi à faire briller les yeux de quelqu’un qui était dans un noir encore plus terrible que le mien. Alors je vais y prendre goût peu à peu, je vais essayer encore, je vais échouer un certain nombre de fois, mais le souvenir de ma première victoire va bientôt en appeler d’autres.

     

    Je vais alors commencer à rêver de nouveau, et le rêve pousse à être attentif, et quand on est attentif, on se met à découvrir des occasions par milliers, et sur des milliers d’occasions on ne peut pas tout rater, c’est impossible, alors on relève la tête. On se sent tout à coup envahi par un courant bénéfique et contagieux qui nous emporte et qui emporte avec nous d’autres compagnons de voyage. Je sais que tout cela ce sont des mots. Mais c’est aussi le fruit d’années et d’années d’expériences où j’ai vu des handicapés redonner le bonheur aux autres, des moribonds consoler ceux qui pleuraient au pied de leur lit, des pauvres qui partageaient avec d’autres pauvres tout ce qu’ils possédaient, des gens sourire au milieu des larmes, et je n’en finirai pas de vous citer des exemples eux aussi par milliers… et je sens que cet article n’est que le début d’une longue série… jusqu’à ce que mon amie me dise que maintenant elle est vraiment convaincue. J’y consacrerai le temps qu’il faudra, mais je suis têtu, je ne suis pas du genre à baisser les bras à la première réponse négative !


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